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dimanche 11 janvier 2026

 

Château d'Acquigny

Le site occupé par le château d'Acquigny ne le cède en rien aux sites ravissants de la riante vallée d'Eure. Un parc d'une longue étendue fait non seulement le charme des habitants de ce domaine, mais il réjouit l'œil du voyageur parcourant le chemin qui sépare la côte de la rivière. Non loin de là l'Iton mêle ses eaux à celles de l'Eure. De grands arbres variés, majestueux comme leur âge, procurent par leurs frais ombrages une température vraiment désirable. C'est au milieu de cette séduisante nature que s'élève le gracieux château bâti par Anne de Laval sous le règne de François 1er. Son plan est assez étrange. Le principal corps de logis se compose de deux longs bâtiments en équerre, et dans la jonction de l'angle se trouve, au-dessus de l'entrée principale, une tourelle en encorbellement, d'une construction svelte et richement décorée. Des pavillons en terrasse garnis d'une balustrade à pilastres semblent avoir été construits comme agrandissement et être d'une date plus récente que le château. Anne de Laval avait épousé Louis de Silly, seigneur de la Roche-Guyon, quand elle fit construire ce beau manoir. Elle était de l'illustre famille des Montmorency, et déjà le connétable Mathieu de Montmorency était propriétaire du domaine d'Acquigny en 1227. A la mort de François de Silly, qui fut tué au siège de la Rochelle en 1627, son cousin, Paul de Gondi, parent du cardinal de Retz, devint son héritier pour les terres d'Acquigny et de Crève-Cœur à la Croix-Saint-Leufroy; mais bientôt il vendit lui-même ces deux baronnies, la première à Leblanc du Rollet, et celle de Crève-Cœur à Jacques des Hommets; c'était en 1646.

 Dix ans après, Claude Le Roux, seigneur de Cambremont, conseiller au Parlement de Rouen, devenait acquéreur d'Acquigny pour la somme de 186000 livres. Ce domaine est demeuré la propriété de cette famille jusqu'à la fin du XIXe siècle, et il est habité actuellement par Madame la comtesse du Manoir. Esprit-Marie-Robert Le Roux d'Esneval, chevalier vidame de Normandie, baron d'Esneval et d'Acquigny, marquis de Grémonville, président à mortier au Parlement de Normandie, devenu seigneur d'Acquigny, se distingua par une munificence presque royale. D'ailleurs, disons-le en passant, la maison d'Esneval a compté plusieurs alliances avec les membres de la famille royale. Sa piété n'était pas moins grande que sa fortune. Ses vertus, sa charité pour les pauvres, ainsi que les nombreuses églises qu'il construisit ou répara, ont rendu son nom célèbre dans toute la Normandie. Il avait une grande vénération pour les saints martyrs d'Acquigny et il voulut la faire partager par toute la population. Nous savons que vers le Ve siècle, saint Mauxe, évêque d'Italie, après avoir souffert pour la foi dans son pays, s'était réfugié en Gaule, accompagné de son frère Vénérand, qui était diacre, et de deux prêtres, Marc et Etherius. Poursuivi par le consul Sabinus, il fut rejoint sur les bords de l'Eure, à Acquigny, où il eut la tête tranchée ainsi que saint Vénérand et trente-huit des soldats que le spectacle de la foi et du martyre du saint évêque avaient convertis. L'endroit où ils furent exécutés ressemble aujourd'hui à une grande nef dont les piliers sont autant de marronniers plus que séculaires, dont les branches vigoureuses forment comme une voûte d'église. Une colonne surmontée d'une croix et un autel en pierre sur lequel on place les saintes reliques le jour du grand pèlerinage, complètent ce merveilleux sanctuaire qui ne tient que de la nature sa richesse et sa majesté. Ce lieu porte le nom de Clos Saint-Mauxe, ou Clos des Martyrs. 

 Non loin du château existait un ancien prieuré, dépendant de l'abbaye de Conches, mais depuis longtemps abandonné. Le président d'Esneval s'en rendit acquéreur pour le relever de ses ruines, et sur l'emplacement du tombeau des martyrs il réédifia une chapelle, où les ossements des trente-huit compagnons de saint Mauxe sont conservés dans un autel en bois sculpté. La piété de M. d'Acquigny ne s'en tint pas là: peu de temps après il entreprit la reconstruction de l'église même d'Acquigny. Elle fut terminée en 1756 et Mgr Richard Dillon, évêque, vint en faire la bénédiction solennelle. En 1772, M. d'Acquigny ayant résigné ses fonctions de président à mortier au Parlement de Normandie, se retira dans sa terre d'Acquigny pour s'y livrer aux exercices de la piété chrétienne. Affilié aux religieux de la Trappe, il voulut rapprocher le plus possible sa vie de la leur. Il fit construire tout proche de l'église une demeure plus simple où il habitait avec son domestique. De son appartement il communiquait dans une tribune donnant sur la belle chapelle qu'il avait fait bâtir en l'honneur du Saint-Esprit, et qui s'ouvre derrière le maître-autel de l'église. A côté de cette tribune, on voit encore un petit oratoire où le vénérable président, prosterné aux pieds du Crucifix et les yeux attachés sur une tête de mort, méditait les vérités éternelles. Cette tête est celle de dom Rigobert Lévesque, mort en odeur de sainteté le 14 novembre1679, entre les bras de l'abbé de Rancé. C'est dans cette humble demeure que mourut, en 1788, le président d'Acquigny, laissant à tous les siens le modèle d'une vie chrétienne et charitable.

 Du vaste parc à la française, il subsiste l’orangerie au briques pastel avec sa collection d’agrumes, le potager verger entouré de canaux le grand miroir, de vastes perspectives, de magnifiques arbres: platanes d’orient, tilleuls et marronniers. Le parc romantique fut créé à la fin du XVIIIe siècle, le réseau de canaux rectilignes et perpendiculaires fut complété par une rivière serpentine où se reflètent dans les bassins le château, les arbres de tailles spectaculaires, exotiques, et les arbustes. Inspiré par "les rêveries d'un promeneur solitaire" de Jean-Jacques Rousseau et par Goethe, un pont romantique, un chemin de roches, des cascatelles, et une cascade monumentale agrémentent cette rêverie au fil de l'eau et de l'histoire. Conçu à la fin du XVIIIe siècle, le parc paysager a été dessiné afin de mettre en valeur le domaine. L'alternance toute en courbe des pelouses, des bosquets d'arbres, d'arbustes à fleurs pour toutes les saisons et le plans d'eau constitue un paysage harmonieux tout en douceur. Dans ce site, chaleur et eau se conjuguent pour permettre la plantation en pleine terre de plantes de régions chaudes et un développement inhabituel aux arbres, exceptionnels par leur taille et leur rareté : platanes qui atteignent jusqu'à 47 m de hauteur ou jusqu'à 8 m de circonférence, pins laricio, séquoias, cyprès de Louisiane, hêtres pourpres, et sophoras du Japon offerts par Jussieu au Président d'Acquigny en 1768... La diversité des essences est renouvelée lors des plantations par de nombreuses plantes de collection, cèdres du Liban ou de l'Himalaya, féviers d'Amérique, tulipiers de Virginie, pins parasol, agrumes en pleine terre, mûriers, micocouliers, arbousiers ou arbres aux fraises, metaséquoïa glyptostroboïdès et ginkobiloba, des variétés de bouleaux, cercidiphyllum ou arbres au caramel, arbres aux mouchoirs.

 Éléments protégés MH: le château, à l'exception des parties classées : inscription par arrêté du 17 avril 1926. Les façades et les toitures du château : classement par arrêté du 17 septembre 1946. Les façades et les toitures des communs : inscription par arrêté du 6 août 1951. L'ensemble du domaine (bâti et non bâti), y compris le réseau hydraulique, à savoir : le parc en totalité, les sols et les plantations, y compris les murs et les portails, les canaux, la rivière, les ponts et les vannages et l'enclos du cimetière, ainsi que les terres et les prairies jouxtant le château au sud et à l'ouest, les façades et les toitures du commun nord et de la ferme du château, le bâtiment de l'orangerie, en totalité, le bras canalisé de l'Iton depuis son origine, le vannage des Portelles au lieu-dit les Planches, jusqu'au pont situé dans l'axe de l'avenue de l'église: inscription par arrêté du 20 août 1993. 

 château d'Acquigny 27400 Acquigny 

 Téléphone : 02 32 50 23 31 

 

 

Château d'Amfreville-sur-Iton

Situé sur les rives de l'Iton, le château a été construit en 1775, dans le style néo-classique caractéristique de cette période. Les façades en pierre de taille ont conservé leur monumentalité (soubassement, étages nobles et attique), renforcée par l'austérité des quelques éléments de décor (fronton, corniches). L'édifice et son domaine ont fait l'objet de transformations importantes vers la fin du XIXe siècle, effectuées par un architecte de Louviers. Les travaux ont porté sur la toiture (couverture en zinc), les cheminées, et la décoration intérieure. Le parc a été aménagé à l'anglaise, selon le goût de l'époque. La maison dite chalet a aussi été construite à cette période, dans le courant néo-gothique. Elle combine habilement différents matériaux (pierres de taille, briques, colombages sculptés). Situé au creux du vallon formé par l'Iton, le château possède une vue directe sur son parc arboré et sur l'église du village (également protégée). Des vues lointaines dans le château et le parc cadrent vers les coteaux boisés et peu urbanisés... 

 Éléments protégés MH: les façades et les toitures des quatre bâtiments de la ferme : inscription par arrêté du 9 juin 1977. Le château et la maison dite chalet, les écuries-remises, la cave située sur la commune d'Acquigny : inscription par arrêté du 28 mars 1994. 

 château d'Amfreville 27400 Amfreville-sur-Iton

 

 

Château d'Andé

Le manoir existait au XVIe siècle, il a été remplacé par le château actuel, dans la deuxième moitié du XVIIe siècle, les bâtiments de la ferme peuvent avoir été reconstruits à cette époque. Château d'Andé, de style classique, construit sur une terrasse face au plateau de Vironvay. Le corps de logis central, de plan rectangulaire, possède un étage carré et un étage de comble, couvert d'une toiture en ardoise, agrémentée de cinq lucarnes de pierre. La demeure est entourée d’un beau parc, on peut encore voir un colombier circulaire en calcaire. 

 Site inscrit en 1974 

 château d'Andé 27430 Andé

   

 

Château de Beaumesnil

Au sortir de la jolie ville de Bernay, assise au confluent de plusieurs cours d'eau et à la jonction de trois vallées, dont les collines sont couronnées de bois, encadrant des villas coquettes et des châteaux de différents styles annonçant le goût et la richesse. En se dirigeant au Sud, c'est le pays d'Ouche. Il possède deux merveilles architecturales: le donjon de Thevray et le château de Beaumesnil. Quand on vient de Thevray ou de la Ferrière-sur-Risle par la route départementale qui, autrefois, de Bernay aboutissait à Paris, après la monotonie de l'immense plaine, brusquement, au delà d'un coude que forme une petite rue, on débouche dans la grande artère de Beaumesnil; alors on a devant soi la façade du château qui fait éprouver un véritable éblouissement tenant de la féerie; ce n'est plus le beau style de la Renaissance, et pourtant cela y fait songer. Cette polychromie savante, la brique rouge alternant avec la pierre restée blanche, les toitures énormes d'ardoise bleue, sur lesquelles s'enlèvent les hautes cheminées d'une élégance suprême rayant le ciel, et les merveilleuses lucarnes à frontons et à pinacles, tout forme un ensemble prestigieux. Pour ceux qui n'ont pas vu le monument ou les figurations qu'on en a faites, ils peuvent en avoir une légère idée en examinant les quatre pavillons centraux de l'ancienne place Royale (aujourd'hui des Vosges): c'est le même style, presque la même ordonnance; mais Beaumesnil l'emporte de beaucoup en grandeur, en richesse et en beauté. Place des Vosges, les pieds-droits ou les pilastres séparant les fenêtres sont en pierre plate, tandis qu'ici les angles de l'édifice comme toutes les séparations des fenêtres sont en bossages d'un relief puissant; puis ces fenêtres sont couronnées par des frontons cintrés, ornés avec profusion de flammes, de casques et de mascarons sur lesquels se produisent des jeux d'ombre et de lumière d'un grand effet décoratif.

 Le pavillon central, avec son dôme quadrangulaire terminé par une lanterne ornée d'épis, carrée, très originale et couverte aussi en dôme, est splendide. La porte du rez-de-chaussée et des fenêtres de ces trois étages ont des tympans très riches, chargés de sculptures. On a quelquefois critiqué ces sculptures, prétendant que leur exécution manquait de finesse; mais cela prouve l'extrême habileté de l'architecte; un travail trop précieux eût été perdu dans cette masse imposante à laquelle ne convenait qu'un ciseau ferme, habitué aux choses larges et robustes. C'est dans ce pavillon que se trouve l'escalier monumental avec une très belle rampe à rinceaux élégants en fer forgé; des baies énormes l'inondent de lumière, et on les a chargées des écus des anciens possesseurs: les Leconte de Nonant, les Béthune-Charost et les Montmorency-Laval. Comme beaucoup de grands manoirs et de châteaux anciens, Beaumesnil est entouré de fossés larges et profonds, et cela ajoute au charme de cette résidence princière, qui mire sa façade féerique dans des eaux limpides le soir, au coucher du soleil. Un pont moderne donne accès sur la terrasse, et remplace le pont-levis qui existait au temps du donjon féodal, dont il ne reste que des vestiges insignifiants. Un parc immense et des allées d'arbres magnifiques deux fois centenaires, complètent ce domaine si grandiose. Au milieu du XIXe siècle, à l'intérieur les appartements étaient pauvres, négligés; il y avait pourtant quelques bons tableaux de petite dimension; mais ce qui frappait le plus, c'était la chambre du duc de Montmorency, une chambre dont l'apparence était funèbre.

 Beaumesnil remonte haut dans le moyen âge; c'était une baronnie détachée, paraît-il, du grand fief de Beaumont-le-Roger, illustré par la puissante maison d'Harcourt dont voici les origines: Turchetil, second fils de Torf, seigneur de Torville et petit-fils de Bernard le Danois, gouverneur et régent de Normandie en 912; son petit-fils, seigneur de Turqueville et de Turqueraye, nommé dans plusieurs chartes des abbayes de Fécamp et de Bernay, devint gouverneur de Guillaume II, duc de Normandie (Orderic Vital). Il épousa Anceline de Montfort, sœur de Toustain, seigneur de Montfort-sur-Risle, qui lui donna trois enfants, dont l'aîné fut Anchetil, sire d'Harcourt, chevalier. Il donna quarante acres de terre à l'abbaye de Fécamp et fut présent en 1024, avec Turchetil, son père, à la confirmation des fondations de celle de Bernay par Judith de Bretagne, duchesse de Normandie. Il prit le nom de Harcourt, suivant l'usage du temps, et le transmit à sa postérité. La Roque dit qu'il épousa Eve de Boessey, dame de Boessey-le-Châtel. Il est donc avéré pour nous que les Harcourt vinrent du Nord, et qu'ils sont de la descendance des compagnons de Rollon. Vers l'an 1100, Robert, premier du nom, sire de Harcourt, de Beauficel et de Boissey-le-Châtel, surnommé le fort, bâtit le château d'Harcourt près de Brionne, d'un bon style roman, existe encore. Cette famille de Harcourt se divisa en plusieurs branches, et nous trouvons, vers le milieu du XIIIe siècle, le premier seigneur de Beaumesnil, Robert de Harcourt, de Saint-Célerin, de Bray, de Gaprée, de Biquetuit, etc. Il eut deux fils: Robert II, seigneur de Beaumesnil, et Raoul de Harcourt, seigneur de Charentonne, etc.

 N'ayant d'autres visées que le château actuel, nous n'indiquerons que sommairement les familles nombreuses qui ont possédé ce fief illustre du XIIIe au XVIIIe siècle. Les Harcourt-Beaumesnil possédèrent cette baronnie jusqu'à Robert VI qui fut tué en 1415 à Azincourt. Leur écu portait: de gueules à deux fasces d'hermines, et celui d'Harcourt-Beaumont, le chef de la famille: de gueules à deux fasces d'or. Marie de Harcourt, tante de Robert VI, hérita de Beaumesnil, et par elle il passa à Guillaume de Tournebu qui n'en jouit guère, car en février 1418, au plus fort de nos désastres, Henri V, roi d'Angleterre, le donna à l'un de ses capitaines, lord Robert de Willonghby, issu d'une grande famille. Cet Anglais si favorisé rendit, le 22 février 1418, un aveu dont une copie, délivrée en 1728 par la Chambre des Comptes, se trouve aux Archives de l'Eure. Cette pièce très instructive dit que Beaumesnil était un" plein fief de haubert ayant ce manoir, chastel, mote, colombier, court et usage à moienne et basse justice, prévotés, fieffes, moulins, rivières, bois, pâturages, terres labourables et autres grains. Et si appartient l'ostel et terres labourables de la Jennetière, en icelle terre y a rentes en deniers, grains, oiseaulx, oeufs, etc.". Le fief s'étendait sur Vieilles, Bray, Saint-Vincent-du-Boulay et Beaumesnil. Le seigneur avait le patronage des églises et chapelles de Beaumesnil, Vieilles, Pierreronde, Saint-Lambert, le Tilleul et Espiney. Après que les troupes normandes eurent chassé les Anglais, Jean de Tournebu rentra dans son beau domaine, qu'il vendit à Jean de Lorraine, bâtard de Vaudemont.

 Les archives de Lorraine parlent d'une somme de dix mille livres tournois, et ailleurs de six mille écus d'or, de bon or et de bon poix, avec faculté de rachat avant un an. René II de Lorraine, duc de Bar et de Calabre, comte d'Harcourt, roi de Jérusalem, de Naples et Sicile, royaumes qui n'emplissaient guère ses coffres et lui donnaient peu de peine à gouverner, devint le suzerain de Beaumesnil et eut pour successeurs: Claude de Lorraine, duc de Guise, puis René III, Charles 1er de Lorraine, duc d'Elbeuf, et Charles II de Lorraine-Elbeuf, qui fut le dernier seigneur de notre fief. En janvier 1602, la baronnie de Beaumesnil, détachée du duché-pairie d'Elbeuf, fut vendue à Jacques Le Conte-Duquesne, marquis de Nonant; les Le conte de Nonant portaient d'azur au chevron d'argent, accompagné en pointe de trois besans mal or donnés d'or. Cette grande fortune, restée légendaire, qu'on attribuait aux Le Conte de Nonant, et principalement à Jacques Le Conte-Duquesne, marquis de Nonant, baron de Beaumesnil, seigneur du Merlerault et plus tard de Brotonne et la Mare-Broc, chevalier, gentilhomme ordinaire et conseiller du roi en son Conseil d'Etat, lieutenant pour le roi en son bailliage d'Alençon. C'était, comme on le voit, un assez grand personnage, mais ses emplois ne répondaient pas au magnifique palais qu'il fit construire de 1632 à 1640. Il avait épousé, au mois de février 1623, Marie Dauvet, sa parente, qui ne lui apporta pas de grands biens; la terre de Bouffay près de Bernay, qui fut son douaire, n'était qu'un fief assez modeste.

 Le nouvel acquéreur de Beaumesnil désirait habiter cette contrée où se trouvaient déjà les seigneurs de Chambrais (aujourd'hui Broglie), de Courbépine, de Cernières et de Bouffay, ses parents, ou ses alliés; mais le château de Beaumesnil, détruit en partie au temps de l'invasion anglaise et resté inhabité depuis lors, devait être une demeure trop modeste et trop restreinte pour la famille du nouveau châtelain et pour son entourage. Jacques Le Conte résolut donc de le remplacer par l'édifice actuel, et il passa les marchés suivants qui donnent quelques renseignements sur cette construction: "Martin et Toussaint Laflèche allouèrent, le 23 juin 1631, la maçonnerie du devant du château, moyennant 2800 livres, plus 100 livres de vin. Le 4 juillet suivant, Jean Loiseau, maître charpentier, demeurant au Bosc-Morel, se chargea de la charpente moyennant 45o livres et 12 livres de vin. Le 23 août de la meme année, Jean Gaillard ou Gallard, maître maçon, demeurant à Rouen, paroisse Saint-Éloi, alloua la maçonnerie pour 3000 livres de vin. Ce J. Gaillard, qui semble être le principal entrepreneur, céda, le 23 août 1631, la taille des pierres à raison de 40 sols par toise à Charles Gueroult, Jean et Guillaume Henri et Léon Voisin; puis, le 29 août même année, la maçonnerie pour 2 livres 10 sols par toise, à Baptiste Bastard et Jean Bouroulle, demeurant tous deux à Saint-Pierre-de-Cernières. Le marquis de Nonant alloua encore, le 2 novembre 1631, la charpente du dôme moyennant 300 livres, à Jean Loiseau. Enfin, en novembre 1633, Pierre Lecourt, Pierre Baudin et Eustache Edou, maîtres maçons, tailleurs de pierres, firent marché avec la marquise de Nonant, pour la taille des pierres du château de Beaumesnil, moyennant 300 livres et toujours en. présence de Jean Gaillard".

 Le marquis de Nonant avait eu trois enfants de Marie Dauvet des Marets: François-Pomponne Le Conte de Nonant, son fils aîné épousa Catherine de Lionne, fille du grand diplomate et ministre des affaires étrangères, le successeur du cardinal Mazarin, et mourut avant son père en 1654, âgé de trente ans, sans laisser de postérité. Sa veuve convola en secondes noces avec François de Rohan, prince de Soubise, seigneur de Fontenay , Ponghes, etc. Catherine de Lionne mourut le 10 avril 1660, à l'âge de vingt-sept ans, sans enfants, léguant toute sa fortune au prince de Rohan, son mari. Puis Renée de Nonant, qui fut mariée à messire du Plessis-Châtillon, seigneur de Rugles. Catherine, née en 1640. Le marquis de Nonant mourut en 1659, et le partage des biens, qui eut lieu en 1660 attribua la baronnie de Beaumesnil à Catherine, sa plus jeune fille, dite: la Dame de Beaumesnil, laquelle épousa, le 2 octobre de la même année, Ernest Bouton, deuxième du nom, comte de Chamilly. Dans un volume très documenté sur les Médavy-Grancey, M. Victor des Diguères raconte l'enlèvement de la marquise de Nonant et d'une de ses filles, sans pouvoir préciser si c'était Renée ou Catherine. Ces deux dames, enlevées par le jeune marquis de Grancey, très épris de Mademoiselle de Nonant, furent conduites au château de Médavy, qui fut bientôt assiégé par les amis des Nonant. Ce rapt fit grand bruit dans la province; on s'armait de toutes parts, le sang allait couler, quand le comte de Matignon vint arranger l'affaire, et un arrêt du Parlement mit fin à la séquestration de Mademoiselle de Nonant, qui pour nous était bien la Dame de Beaumesnil, vivant avec sa mère, tandis que Renée était mariée à du Plessis-Châtillon.

 Auguste Le Prévost a écrit dans ses Mémoires, que Jacques Le Conte de Nonant fit ériger Beaumesnil en marquisat. Le Prévost avait certainement pris cela dans le Père Anselme, où une confusion s'était produite. Le Père Anselme n'en a parlé qu'une fois et en quelques mots seulement. C'est, je crois, une erreur que nous allons essayer de prouver: dans le volume IX, le dernier qui clôt cette grande œuvre, table des matières, on ne trouve à l'article Beaumesnil que Seigneurie et Baronnie, et cette baronnie était échue en partage à Catherine Le Conte, dame de Beaumesnil, comtesse de Chamilly. Sa sœur aînée, Renée, suivant les usages de la féodalité, eut le fief principal, le marquisat de Nonant, et son mari, du Plessis-Châtillon, en prit le titre. Ce fief, berceau des Le Conte de Nonant, situé dans le bailliage d'Alençon, près du Merlerault, échut plus tard en partage à Madame de Narbonne, fille de Louis du Plessis-Châtillon, marquis de Nonant. Catherine-Pauline Colbert de Torcy, petite-fille du grand Colbert, devint à son tour, en 1718, marquise de Nonant. Quant au marquisat de Beaumesnil, malgré notre bonne et opiniâtre volonté, il nous a été impossible de le découvrir, et je crois qu'il faut s'en tenir à la baronnie pour rester dans la vérité historique. Si de nouvelles recherches peuvent faire retrouver ce marquisat douteux, elles incomberont à l'érudit qui écrira la monographie complète de cette commune si intéressante. Après les Bouton de Chamilly, les seigneurs de Beaumesnil furent les Martel de Cl èves, les Béthune-Charost, les Montmorency-Laval, et la famille de Maistre, qui le possèdait à la fin du XIXe siècle par le testament du duc de Montmorency-Laval, instituant le comte Rodolphe de Maistre, son beau-frère, son légataire universel.

 A près avoir appartenu au début du XXe siècle au grand duc Dimitri de Russie, le château de Beaumesnil fut acquis en 1939 par Jean Fürstenberg, qui s’est attelé à redonner au domaine sa splendeur d'antan. Depuis la mort de Jean Fürstenberg en 1982, la Fondation Fürstenberg-Beaumesnil, reconnue d'utilité publique dès 1966, s'efforce de maintenir en état le château, son parc et ses collections. Il ne reste que peu de choses des jardins qui auraient été dessinés par la Quintinie, assistant du célèbre architecte-paysagiste André Le Nôtre, le créateur des jardins de Versailles. C'est dans son état du XVIIIe siècle qu'a été principalement restauré l'environnement, qui présente entre autre: les jardins à la françaises de la "demi-lune" et des "quatres saisons", deux grandes perspectives dans l'axe des façades ponctuées d'un miroir d'eau, un étonnant labyrinthe de buis surmontant les ruines de l'ancien donjon médiéval, qui forme un îlot dans les douves, et d'agréables allées et sous-bois agrémentés d'éléments d'architectures tels une grotte de la vierge...

 Éléments protégés MH: le château, sauf parties classées : inscription par arrêté du 8 mai 1926. Les façades et les toitures ainsi que le grand escalier intérieur du château, la cour d'honneur, les douves, la grande perspective du parc et la terrasse lui faisant suite, la motte féodale : classement par arrêté du 20 décembre 1966. Le parc, les perspectives, l'avant-cour, la demi-lune, les basses-cours, les vergers et les jardins clos avec leurs aménagements, les murs, les grilles et les portails ; les façades et les toitures des pavillons d'entrée et des communs : inscription par arrêté du 5 février 1997. 

 château de Beaumesnil 27400 Beaumesnil 

 Téléphone : 02 32 44 40 09 

 

 

Château de Bizy

Au Moyen-Age, le fief de Bizy appartient aux sires de Blaru et à partir du XIVe siècle, à la famille Jubert. Le 8 octobre 1596, le roi Henri IV est reçu à Bizy. En 1675, la seigneurie est érigée en marquisat par Michel-André Jubert de Bouville, conseiller d'état. Au XVIIe siècle, un château est édifié : bâtiment de plan allongé flanqué de deux pavillons plus élevés, précédé de deux perrons en fer à cheval et couvert en ardoise. En 1721, Charles-Louis-Auguste Fouquet, duc de Belle-Isle, petit-fils de Nicolas Fouquet, qui a reçu en échange des terres de Belle-Isle les comtés de Gisors, Andelys et Vernon, entre en possession du domaine. Le duc (nommé maréchal de France en 1741) réalise d'importants travaux : avant-cour en terrasse et demi-lune, création de l'avenue des Capucins qui relie le château à la Seine, aménagement de l'ensemble du petit parc et du parc de chasse, agrandissement du domaine. Il projette la reconstruction du château : de 1741 à 1743, l'architecte Contant d'Ivry édifie la basse-cour avec les écuries inspirées de Versailles et le bassin pédiluve. Le 21 septembre 1749, Louis XV et Madame de Pompadour y viennent en visite. En 1761, le maréchal meurt à Versailles, conseiller d'Etat et ministre de la guerre ; le domaine de Bizy, baptisé "Petit Versailles", revient au roi. En 1767, le roi échange Bizy au comte d'Eu contre la principauté souveraine de Dombes. A sa mort, en 1775, le comte d'Eu lègue le domaine à son cousin Louis-Jean-Marie de Bourbon, duc de Penthièvre, fils du comte de Toulouse. A partir de 1783, le duc fait de fréquents séjours à Bizy ; en 1792, il y réside avec sa fille la duchesse d'Orléans, jusqu'à sa mort l'année suivante. Le château, confisqué et déclaré bien national en prairial an VI (1797), est vendu à des marchands de biens ; le logis est détruit. En 1805, le général Le Suire rachète le domaine et fait construire un nouveau corps de logis, plus modeste, en avant de la basse-cour (côté Nord-Est). En 1817, la duchesse d'Orléans, qui rachète ses biens vendus à la Révolution, rachète Bizy au général Le Suire. Son fils Louis-Philippe en hérite en 1830 : il rajoute deux ailes à l'édifice, restaure les anciens bâtiments, crée un parc à l'anglaise et plante de nombreux arbres. Le roi y séjourne souvent, s'y rendant parfois en chemin de fer. En 1858, les biens de la famille d'Orléans sont mis aux enchères (vendus par l'Etat) ; le baron Fernand Schickler, beau-frère du duc d'Albuféra, alors maire de Vernon, acquiert le domaine. En 1860, il reconstruit la partie centrale du logis, la remplaçant par un édifice d'inspiration italienne (modèle du palais Albani de Rome?). Un salon est spécialement aménagé pour recevoir des boiseries peintes, provenant, selon la tradition, du château du Bercy à Paris. En 1909, le baron Schickler lègue Bizy à son neveu Louis Suchet, quatrième duc d'Albuféra, qui achève le château en fermant la cour d'honneur par deux ailes.

 Communs en pierre calcaire couverts d'un toit à longs pans en ardoise ; écuries à lucarnes à fronton ; corps de logis construit en 1860 par William White en pierre de taille couvert d'un toit en terrasse avec balustrade ; pavillons d'angle au nord construits au XIXe siècle et couverts d'un toit à pavillon brisé en ardoise ; logis avec rez-de-chaussée à bossages en refends et baies en plein cintre ; étage à colonnes couronné par un étage attique ; élévation nord du logis avec porche à colonnes sur la partie centrale ; élévation Sud avec galerie ouverte en rez-de-chaussée et pilastres à l'étage. Les salons sont renommés pour leurs boiseries et leurs tapisseries. Dans ce décor sont présentés de nombreux souvenirs du premier Empire qu'ont réunis les descendants du maréchal Suchet qui font du château de Bizy un remarquable musée Napoléonien. Ses belles écuries inspirées de Versailles, sa cour d’honneur et les jeux d’eau qui parcourent son parc, tout comme ses grands salons ornés de boiseries, tapisseries et meubles du XVIIIe siècle, font la renommée de cette magnifique propriété privée.

 Éléments protégés MH: les façades et les toitures du château, la partie ordonnancée du parc avec ses sept fontaines et ses perspectives : classement par arrêté du 1er juillet 1974. L'ancien Petit Parc constitué de l'emprise foncière de l'ancien Petit Parc, y compris les aménagements du parc connus ou à découvrir, les façades et les toitures des pavillons du Portier, du Jardinier et de la Vacherie avec son abreuvoir, la clôture subsistante et les Sources dites sources Marzelle, Penthièvre, Comtesse, Duchesse, et Schickler, le pavillon abritant la source Penthièvre, le bassin dit de la Princesse ainsi que toutes les canalisations partant de ces sources et alimentant le domaine de Bizy : classement par arrêté du 4 mars 1996. 

 château de Bizy 27200 Vernon 

 Téléphone : 02 32 51 00 82 

 

 

Château du Blanc Buisson

La commune de Saint-Pierre-du-Mesnil (canton de Beaumesnil) renferme un important manoir du XVIe siècle, appelé le Blanc-Buisson. Le premier seigneur du Blanc-Buisson dont le nom nous soit connu est Colinet Leconte, connétable de Philippe le Bon, roi de Navarre et comte d'Évreux, qui mourut le 16 septembre 1343. En 1474, le Blanc-Buisson passa dans la famille du Merle, par le mariage de Marie Leconte avec Jean du Merle, seigneur de Boisbarbot, d'Escorches et de Vaux. Il demeura dans cette maison jusqu'au commencement du XIXe siècle. Le 11 avril 1801, le domaine qui comprenait alors trois cents acres, fut acquis par Michel-Pierre de Pillon de Saint-Philbert. A la fin du XIXe siècle, il appartenait à M. de Baudicour, conseiller à la Cour d'appel de Paris, et neveu par alliance de Charles-Jules de Saint-Philbert, qui avait possédé le Blanc-Buisson de 1834 à 1872, après la mort de son père. Enfoncé dans les bois, un peu éloigné des grandes voies de communication, ce château est moins connu qu'il ne mériterait de l'être. Les archéologues qui le visitent aiment ce site mystérieux et aisible, ces grands fossés pleins d'eau ombragés de roseaux, ces murs sévères n'ayant pour ornement que des fenêtres surmontées de mâchicoulis, ces hautes toitures coupées de jolies cheminées de la Renaissance. Tout cela, en effet, forme un ensemble des plus pittoresques. Le terre-plein de la cour forme un pentagone irrégulier dont le plus petit côté est occupé par le château, et les autres par de vastes dépendances et des bâtiments d'exploitation rurale. Un fossé profond, défendu à ses angles par trois tourelles rondes, l'environne dans tout son pourtour. La porte d'entrée, située à l'ouest, est une jolie construction de l'époque d'Henri III; elle se compose d'une arcade ou porche en appareil de brique et pierre, surmontée d'un petit étage avec chambres. Les rayères du pont-levis sont intactes, et l'on voit encore sous la voûte, dans la muraille, les niches qui servaient de sièges aux gardes.

 Le château proprement dit forme un rectangle avec deux pavillons carrés en retour du côté de l'est, ou plutôt avec une aile très courte et un pavillon presque détaché. A l'ouest, deux autres pavillons, un peu plus élevés que la partie centrale, développent la façade et se relient au mur d'enceinte par un angle très aigu. Le tout est construit en grès du pays. L'étage de la façade ouest est appareillé en briques formant de grands losanges, avec encadrement de pierre autour des baies. La base de la construction qui baigne dans l'eau, sauf du côté de la cour intérieure, est en glacis terminé par un ressaut qui indique le niveau du sol au rez-de-chaussée. La façade orientale, donnant sur la plaine et protégée par un large fossé, offre un aspect plus militaire. Une lucarne à mâchicoulis surplombe la douve. Ce moyen de défense se retrouve sur les trois faces du pavillon méridional. Au milieu du château s'ouvre, à l'étage, une jolie fenêtre Renaissance en pierre, couronnée d'un fronton en accolade; elle donne jour dans l'ancienne chapelle. L'étage de l'aile du nord et du pavillon qui y atteint paraît avoir été reconstruit au XVIIIe siècle; la toiture de ce pavillon est dépourvue de la petite lucarne Renaissance qui décore celle qui lui fait face au midi. Toutefois, la présence des meurtrières dans les murs du rez-de-chaussée indique que la reconstruction n'a été que partielle, et n'a dû consister, pour le rez-de-chaussée, que dans l'élargissement des fenêtres. Dans le pourtour des murailles, au-dessus des fossés, comme au-dessous des combles du grand pavillon, sont percées de nombreuses meurtrières. Avec ses murs solides, ses larges fossés en eau, et une petite garnison bien armée, le château se trouvait à l'abri d'un coup de main. La toiture est surmontée de plusieurs cheminées en briques avec corniches de pierre; l'une d'elles, de forme ronde, est flanquée de quatre balustres de pierre.

 A l'intérieur on trouve, à droite en entrant, la cuisine, vaste pièce dont la cheminée est soutenue par deux colonnes de grès; la plaque en fonte est aux armes des du Merle. Le plafond est formé de sections de voûtes plates et carrées en briques portant sur des solives posées en arête; un pendentif en bois sert de clef à ces voûtains. Ce système de caissons se retrouve dans plusieurs pièces du rez-de-chaussée et à l'étage du pavillon. La grande salle est ornée de belles boiseries de l'époque de Louis XIV. Cette salle, du XVIe siècle, ne devait former, avec les dépendances qui l'entourent, qu'une seule et vaste pièce ayant, au lieu d'un plafond, un solivage apparent dont on aperçoit encore certaines portions. Ce solivage était supporté par trois grosses poutres chanfreinées, ornées de rageurs à leurs extrémités, et reposant sur des pilastres. L'escalier à volées parallèles est couvert d'une voûte en briques surbaissée. Sa disposition rappelle un peu celle du grand escalier de Saint-Germairi-en-Laye. Il est précédé d'un vestibule dont le voûtage est composé d'une ossature en pierre avec remplage de briques. Au premier palier, une petite galerie à balustres laisse pénétrer le jour dans un second vestibule, qui est de l'autre côté de l'escalier et est voûté comme le premier. La chapelle est également voûtée en briques. Près de cette chapelle est une petite pièce pavée en carreaux de terre vernissée de la fabrique du Châtel-la-Lune ou du Prédange, que l'on employait fréquemment au XVIe et au XVIIe siècle. La partie du château la plus curieuse est le pavillon méridional, sorte de donjon où l'on avait accumulé les moyens de défense.

 Une cour très resserrée le séparait du château avec lequel il ne communiquait que par un escalier fort étroit. Cet escalier, muni d'une porte solide, donnait accès à l'étage et aux combles. A l'entrée de l'étage du pavillon, une herse, où une porte pleine glissant dans des rainures et commandée par l'appartement des combles, pouvait couper instantanément la communication avec le rez-de-chaussée. Dans le cas où cette porte aurait été forcée par les assiégeants, un petit escalier à vis, accolé à la muraille et même en partie engagé dans celle-ci, permettait de se réfugier vers un deuxième étage où se trouve une grande salle avec cheminée, défendue par un système de mâchicoulis et de nombreuses meurtrières. Sous cet escalier on découvre un obscur réduit qui communiquait avec le premier étage au moyen d'une ouverture pratiquée à la voûte. Enfin, on pouvait descendre dans une galerie souterraine qui est aujourd'hui remplie d'eau. Tel est, dans son ensemble, le château du Blanc-Buisson, précieux témoin d'une époque qui fut, en cette partie de la Normandie, profondément troublée par les guerres des Gauthiers et des Ligueurs. Ce vieux manoir, à la fois féodal et militaire, mériterait une monographie détaillée, avec de nombreuses planches qui feraient mieux comprendre ses dispositions défensives. A la fin du XIXe siècle, le propriétaire, M. de Baudicour a fait restaurer le château du Blanc-Buisson avec un goût et un soin qui lui font honneur. 

 Éléments protégés MH: les façades et les toitures, les douves, les constructions élevées sur le terre-plein entouré d'eau: inscription par arrêté du 22 novembre 1949. Le parc entourant le domaine : inscription par arrêté du 28 mars 1952 

 château du Blanc Buisson 27330 Saint-Pierre-du-Mesnil 

 Téléphone : 06 82 41 54 91 

 

 

Château de Bonneboscq

Un seigneur de Bonnebos est mentionné dès la fin du XIe siècle. La construction du château au XVIIe siècle est attribuée à Nicolas Le Fort, seigneur de Bonnebos-Manneville à partir de1670. Abandonné à la fin du XVIIIe siècle, le château est détruit par un incendie en 1828, puis ses vestiges sont démantelés pour en récupérer les matériaux. Il subsiste les constructions proches de l'ancienne entrée avec la chapelle, datée de 1672, et le colombier octogonal, dont l'édification remonterait à 1586. Ces deux édifices présentent une construction similaire avec leur soubassement de silex, leurs jambes harpées en pierres de taille et leur remplissage de briques. De plan centré, la chapelle est couronnée par un superbe dôme en ardoises avec lanternon. Son chœur polygonal et son avant-corps, précédé d'un portique avec colonnes et fronton, ont été ajoutés vers 1694. A l'intérieur de la chapelle, de magnifiques statues de priants agenouillés ont été préservées. La toiture du colombier est constituée de petites tuiles plates et possède également son lanternon en plus de quatre lucarneaux. Donnée au département de l'Eure après-guerre, la chapelle est actuellement occupée par un musée de la Résistance. 

 Éléments protégés MH: la chapelle : classement par arrêté du 30 octobre 1958 ; le colombier : inscription par arrêté du 12 décembre 1958. 

 château de Bonneboscq 27500 Manneville-sur-Risle

   

 

Château de Bonnemare

Avant 1570 un manoir médiéval précédait le château actuel. Il aurait été habité par Raoul de Bonnemare, héros issu du lai de Marie de France "les deux amant" dont le site est à 12 kilomètres, en surplomb des vallées de Seine et d'Andelle. Une tradition locale raconte que le château de Bonnemare aurait hébergé les Rois Charles VII avec Agnès Sorel, et Charles IX qui aimait chasser dans cette région. Celui-ci avait même prévu un château monumental dans la commune actuelle de Charleval. En 1555, Nicolas Leconte, marquis de Draqueville, achète un manoir médiéval avec sa chapelle et son domaine. Il est nommé Président au Parlement de Normandie en 1570, il construit alors un château flanqué de deux tourelles et de deux ailes, agrémenté d'un châtelet d'entrée et d'une nouvelle chapelle, tels qu'on les voit encore dans leurs grandes lignes, et les bâtiments de ferme. Vers 1637, le domaine fut acheté par Etienne de Fieux. C'est à cette famille que l'on doit la réfection partielle de la Chambre de Parade et la modification des bâtiments de ferme, en 1668, avec un agrandissement du pressoir. Au XVIIIe siècle, deux familles propriétaires se succèdent: les Cromelin de Villette, puis Charles Le Blond et son fils. Ceux-ci aménagent l'aile nord en appartements, et un salon dans le château en 1779, puis arrive la Révolution avec le désir pour les occupants de ne pas avoir "de problèmes", d'où le burinage des pierres armoriées et le maquillage d'un tableau représentant le Roi. Au XIXe siècle, d'autres propriétaires se succèdent au château de Bonnemare, Louis Alexandre, banquier, ensuite Louis Cavelan et enfin en 1888 Gustave Gatine, notaire à Paris, aïeul des propriétaires actuels. Il réaménage le parc et le décore avec des statues XVIIIe siècle provenant du château de Bagatelle... 

 Éléments protégés MH: l'ensemble des communs bordant la cour de ferme : au nord du châtelet les façades et les toitures des grange, les étables, le bûcher (sans les adjonctions modernes) et les façades et les toitures de l'aile de logements, y compris les structures anciennes en pans de bois subsistants. Au sud du châtelet le pressoir (bâtiments et éléments de fonctionnement, immeubles par destination avec la cave à cidre et le cellier), les façades et les toitures des écuries, de l'ancienne boulangerie (transformée en logement) et des étables en retour, les éléments subsistants entre la basse-cour et la cour d'honneur, les deux arcades et le fragment de mur, l'ensemble de la clôture ancienne du domaine : inscription par arrêté du 14 janvier 1991. Le château, à l'exclusion de l'aile nord, le châtelet et la chapelle : classement par arrêté du 16 octobre 1992. 

 château de Bonnemare 27380 Radepont 

 Téléphone : 06 65 91 39 68 

 

 

Château de Bonneval

Le château a été construit vers 1668 par Robert de Harden, grand verdier (officier) de la forêt de Brotonne et lieutenant des chasses. Le château possède un corps de logis rectangulaire dont l'architecture s'apparente au classicisme français. Des chaînes en pierre de taille rythment les façades de briques polychromes calepinées en croisillons. Les ornements (panneaux en pierre, bossages, fronton de l'entrée) renforcent l'élégance de l'édifice. Au XVIIIe siècle, les intérieurs sont remaniés selon le goût Louis XV. Le domaine développe une activité agricole entraînant la construction de nombreux bâtiments au XVIIe et XVIIIe siècles. Après la Révolution, l'exploitation du domaine est poursuivie, raison pour laquelle les dépendances ont été conservées. Ces bâtiments (pressoir, cellier, étables, etc.) constituent un rare exemple d'ensemble rural, avec leurs murs à colombage et une toiture en chaume pour la plupart. Le domaine a récemment fait l'objet de restaurations et d'une mise en valeur par ses propriétaires. Le château est situé à la lisière sud de la forêt de Brotonne et bénéficie d'un cadre rural préservé (champs, vergers, prairies). 

 Éléments protégés MH: le château : classement par arrêté du 5 septembre 1963. Les bâtiments de l'enclos constituant le domaine agricole : le pressoir avec son mécanisme et ses éléments de fonctionnement et le cellier, la bergerie et l'étable, la petite étable, la charretterie, les granges Ouest et Est, le colombier, la maison du fermier, le four à pain, les vestiges de la clôture de l'ancien potager et des portes des champs, le bâtiment aux chiens et l'ancien logement, au Nord de l'enclos : inscription par arrêté du 30 août 1990. 

 château de Bonneval 27350 La Haye-Aubrée

 

 

Château de Bonneville

Au XVe siècle, le domaine de Bonneville appartenait à la famille de Bonneville. Jean de Bonneville, chambellan du roi, est cité en 1400 comme seigneur du Chamblac et de Bonneville. En 1464, lors de la recherche de Montfaut, il semble appartenir à Laurent de Bonneville. L'édifice se transmet dans cette famille jusqu'au XVIIIe siècle. Il passa en 1806, par héritage, à la famille Mallard de La Varende, par le dernier Bonneville. L'édifice est composé de trois ailes conjointes cantonnées de tourelles et formant une cour orientée vers l'Est. Les façades associent un parement en briques polychromes avec des motifs en croisillons,à de la pierre de taille pour le soubassement et les chaînes d'angle. Suite à un incendie vers la fin du XVIIIe siècle, le château a été relevé pour Nicolas de Bonneville en employant une brique monochrome qui rend lisible les parties reconstruites. En parallèle, une toiture mansardée en ardoises a été ajoutée et les intérieurs ont été réaménagés selon le style Louis XVI. Courant XIXe siècle, les jardins ont été modifiés par l'architecte-paysagiste Lalos. Durant la première moitié du XXe siècle, l'écrivain Jean de la Varende, grand prix de l'Académie Goncourt, fait restaurer le château (propriété familiale) et ajoute une galerie couverte côté cour. Il donne également aux jardins leur aspect actuel avec ses buis taillés en échiquier. Le château possède une perspective Est-Ouest axée sur le corps central. Les vues portent de part et d'autre sur un paysage de plaines cultivées ponctuées de bois. Une autre perspective se développe vers le Sud, à travers champs et vergers. En parallèle, le parc arboré et classé forme un écrin autour du château. L'environnement rural, très préservé, met en valeur le monument. 

 Éléments protégés MH: le grand salon et la chambre dite chambre de l'Évêque au rez-de-chaussée, avec leur décor : inscription par arrêté du 9 mai 1978. Les façades et les toitures : inscription par arrêté du 4 juillet 1991. 

 château de Bonneville 27270 Chamblac

   

 

Château de Bosc Bénard

Le château de Bosc Bénard comprend un logement du XVIe siècle et un logis construit à la fin du premier quart du XVIIIe siècle par Thomas Lemarchand pour Thirel. Le four à pain, l'étable, la remise et la buanderie remontent au XVIIIe siècle. Le pressoir et le colombier mentionnés en 1712, actuellement détruits. La chapelle sert aujourd'hui d'étable. Le château se compose d'un étage carré et un étage en surcroît, élévation à travées surmontée d'un toit en ardoise et chaume. 

 Éléments protégés MH: la margelle du puits situé dans la cour de la ferme : classement par arrêté du 10 septembre 1935. 

 château de Bosc Bénard 27520 Bosc-Bénard-Commin

   

 

Château du Bosc-Roger

Le Bosc-Roger est un fief et une paroisse attestés depuis environ 1180. Le domaine, qui appartient aux Monthiers à partir du milieu du XVe siècle, est constitué d’une basse cour qui englobe divers bâtiments dont l’église paroissiale, un colombier, un pressoir et le manoir à tourelle construit à la fin XVe ou au début XVIe siècle. Les façades du manoir sont en maçonnerie au rez-de-chaussée et pans de bois à l’étage. Entre 1786 et 1789, le marquis de Monthiers fait construire plus au sud, à l’extérieur de l’ancienne basse-cour, un château néo-classique de brique et pierre, avec parc, alignements d’arbres et parterres en pelouse. En 1791, l’église paroissiale est désaffectée et convertie en grange, tout comme le Vieux Château. Vers 1900, de nouveaux bâtiments agricoles sont construits à l’ouest, hors du périmètre du site castral. Le vieux château, encore en bon état vers 1990, est aujourd’hui en ruines; les autres bâtiments de l’ancienne basse-cour, également en état préoccupant, font l’objet de travaux de restauration. Situé près de la ligne de crête entre plateau et coteau de la vallée d’Eure, cet ensemble est représentatif de l’évolution d’un domaine seigneurial entre XIIe et XVIIIe siècle. Le château du XVIIIe siècle dispose de vues lointaines vers la plaine cultivée à l'Ouest et vers les coteaux boisés à l'Est.

 Éléments protégés MH: le site castral avec le château neuf et son potager, l'ancien site castral et ses éléments bâtis dont le vieux château, l'ancienne église, le colombier, les murs de clôture : inscription par arrêté du 11 avril 2003. 

 château du Bosc-Roger 27120 Le Plessis-Hébert

   

 

Château de Brécourt

Le château de Brécourt est situé sur un plateau s'étendant de la vallée de la Seine a celle de l'Eure, à peu près à mi-chemin entre Vernon et Pacy. Ce château se compose d'un corps de bâtiment flanqué de deux pavillons, s'alignant avec lui sur le parc, et formant, du côté opposé, deux ailes encadrant une partie de la cour d'honneur. Aux deux extrémités de la façade du parc, l'architecte a accroché deux tourelles aériennes, de forme carrée, surmontées d'un toit aigu à quatre eaux. Le rez-de-chaussée manque d'élévation, mais le premier étage, avec ses sept grandes croisées, est d'une belle ordonnance, ainsi que le second, dont la partie supérieure des fenêtres s'élève au-dessus du bas de la toiture, et se transforme en lucarne. Bien que n'étant pas maison forte, le château de Brécourt et sa cour d'honneur sont entourés de douves larges et profondes. La grille d'entrée est placée sur le chemin allant de Douains à la Heunière. Elle donne accès dans l'avant-cour, qu'un terre-plein relie à la cour d'honneur. On ne sait à quelle époque ce château a été construit. Les fossés qui l'enserrent permettraient de supposer qu'il remonte au temps de la Ligue, époque pendant laquelle on avait besoin de se mettre en garde contre les surprises que pouvaient tenter les partisans de l'une ou l'autre des deux factions qui se disputaient la France. Brécourt (anciennement Bréencourt et Braencourt) était une paroisse. Son église était placée sous l'invocation de la Sainte-Vierge. Elle existe encore et sert de chapelle aux châtelains, qui l'ont fait restaurer avec beaucoup de goût à la fin du XIXe siècle. Elle se trouve à quelques mètres du château, dans le parc, où l'on voit aussi l'ancien presbytère. Devant le choeur, à fleur des dalles, une pierre tumulaire donne, tracée à la gouge, la représentation de deux chevaliers. Le frottement des pieds a malheureusement effacé, en plusieurs endroits, ce curieux dessin, ainsi que l'épitaphe latine qui se trouve au bas et qui est illisible.

 Un Geofroy de Brécourt, dans le XIIe siècle, signe, comme témoin, une charte de Robert de Leycester. En 1205, Eudes et Jean de Brécourt déposent dans une enquête sur les droits des usagers dans la foret de Merey. Nous pourrions citer plusieurs autres seigneurs de Brécourt, mais il nous parait préférable d'arriver à l'époque de l'invasion anglaise en Normandie. Brécourt fut alors donné, avec d'autres fiefs, à Hervé Le Cornu, chevalier, qui devint Anglais. Plus tard, Brécourt fut rendu à ses légitimes propriétaires, Simon Louvel, puis à Charlot de Garennes, enfin à Jean Chartier, dit Limoges, écuyer, vicomte d'Évreux, qui avait épousé la fille de Charlot de Garennes. En 1482, le commandeur de Chanu présentait à la cure de Brécourt; mais vers 1531, Jean Lecomte, possesseur de ce fief, voulut y nommer au préjudice dudit commandeur. La même année, Henri Jubert achetait Brécourt, qui donna son nom à une branche de cette maison. Ce seigneur possédait une grande fortune. Nous serions assez disposé à croire que c'est lui qui fit construire le château. Vers 1540, Michel Jubert, son fils, lui succéda. Il présenta à la cure de Brécourt, concurremment avec Nicolas Fouquesoles, prieur de Chanu. Puis, à la mort de Michel, Brécourt passa à son frère, Henri Jubert II, qui fut père de Jean. Chailly appartenait aussi aux deux frères. Vers 1652, Anne Jubert remplaça Jean, son père. Un président à la Cour des Aides de Rouen, Alphonse Jubert, seigneur de Bouville, de la branche aînée de sa famille, possédait la terre de Brécourt vers la fin du XVIIe siècle. Sa veuve, Madeleine Legrand, mourut en 1706, laissant Brécourt au marquis François de Mousseaux-d'Axy.

 Le fief de Brécourt, après avoir appartenu à Claude Daniel, seigneur de Bois d'Ennemets, fut racheté par la famille de Bouville. En 1764, Nicolas-Louis Jubert de Bouville obtint l'érection de Brécourt en marquisat, sous le nom de Bouville; mais, comme en 1708, Jubert, marquis de Bisy, avait vendu la terre de Bouville au sieur Grossin, conseiller au Parlement, celui-ci, qui se faisait appeler M. de Bouville, attaqua cette érection et parvint à faire admettre son opposition. Le 14 juillet 1793, un semblant de combat eut lieu, sur le territoire de Brécourt, entre les confédérés de l'Ouest et l'armée conventionnelle. Les confédérés s'étaient réunis à Caen, sous le commandement en chef de Wimpffen, ancien député de la noblesse. Cette armée se composait d'environ deux cents volontaires fournis par la ville de Caen; de deux bataillons bien équipés et connaissant le maniement des armes, venus du département d'llle-et-Vilaine; d'un petit corps des dragons de la Manche; d'un autre corps, peu nombreux, de chasseurs à cheval, et de six petits canons servis par des artilleurs inexpérimentés. De son côté, la Convention, informée de tous les mouvements des confédérés, fit marcher sur Vernon un corps de troupes d'environ deux mille hommes. C'était à peu près le chiffre de l'armée que les conventionnels avaient à combattre. Il y avait dans ce corps des volontaires de la garde des canonnıers de l'Yonne, et un peloton de nationale parisienne, des grenadiers de la Dordogne, des canonniers de l'Yonne, et un peloton de hussards de la liberté. Le chef de brigade Humbert commandait ces troupes.

 Les 11 et 12 juillet, les confédérés occupaient Pacy-sur-Eure, et les conventionnels, Vernon. Ils firent des reconnaissances autour de ces villes et répandirent, les uns des exemplaires de la Constitution, les autres la proclamation de Wimpffen. Ce dernier, craignant sans doute de trop engager sa personne, ne voulut pas "marcher vers Paris, pour Paris, et non pas contre Paris". Il donna le commandement de son armée à Joseph Puisaye, ancien député de la noblesse à la Constituante, royaliste militant qu'on croyait propre à diriger un corps de partisans. Le 13 juillet, entre trois et quatre heures de l'apres-midi, Puisaye et ses troupes marchèrent sur Vernon. Arrivés à Brécourt, ils s'emparèrent du château où ils ne trouvèrent que le concierge et sa femme. On fit halte. Il était six heures du soir. La soif tourmentait les hommes. Ils vidèrent les caves du château et les celliers des villages voisins. Il fallait passer la nuit à Brécourt. Puisaye se rendit à Ménilles, à environ trois kilomètres de là, dans un château appartenant à sa femme. "Vers le soir, au moment où commence le long crépuscule de juillet, l'armée parisienne arrivait sur la lisière de la forêt de Bizy. Une reconnaissance, exécutée par un peloton de hussards rouges, renseigna Humbert sur la position de ses ennemis, et il fit avancer son artillerie. L'apparition des hussards avec leur éclatant uniforme avait jeté l'alarme dans le camp des calvadosiens. Parmi les soldats, quelques-uns étaient ivres, d'autres, couchés dans les grands blés, étaient déjà à moitié endormis. Le cri de aux armes! se fait entendre; mais un affreux tumulte se produit. On appelle le général de tous côtés, et le général ne parait pas. Pourtant, Leroy, avocat de Bayeux, qui avait dans l'armée le titre de colonel, ayant pris le commandement, quelques rangs commencent à se former, lorsque trois coups de canon éclatent et un boulet vient briser, au-dessus de la tête des insurgés, les branches d'un pommier. C'en fut assez pour décider du sort de la campagne". Infanterie, cavalerie, artillerie, toute l'armée prit la fuite, et, chose incompréhensible, les conventionnels, au lieu de la poursuivre, s'enfuirent précipitamment et rétrogradèrent jusqu'à Mantes. Cette affaire est connue sous le nom de déroute de Brecourt, et aussi de bataille sans larmes; Il n'y eut pas de blessés; seuls, les caves du château et les celliers de Douains et de la Heunière, eurent à souffrir en cette occasion. 

 Éléments protégés MH: les façades et les toitures du château et des communs, l'avant-cour (y compris le pont d'accès et ses douves) et la cour d'honneur, les douves entourant le château : inscription par arrêté du 28 juin 1967 

 château de Brécourt, route de Vernon, 27120 Douains 

 Téléphone : 02 32 52 40 50

   

 

Château de Broglie

Le château actuel s'élève sur l'emplacement d'une antique forteresse dont l'histoire est étroitement liée à celle de la Normandie; deux tours en subsistent qui portent encore la marque des assauts de Dunois. Ensuite et surtout, les constructions, d'une noble simplicité, qui s'y sont adossées, sont devenues, depuis près de deux siècles, la principale résidence d'une des plus illustres familles de France, et se sont lentement appropriées aux habitudes et aux goûts des grands serviteurs du pays qui viennent périodiquement y chercher asile, loin des luttes et des déceptions de la vie publique. Les noms de Chambrais et de Broglie ne pouvaient manquer de figurer dans un ouvrage élevé à la gloire de la province normande. Le bourg de Chambrais, qui a pris le nom de Broglie depuis la lettre royale de 1742, est un des plus anciens de la région: en 1024, il était qualifié de villa optima dans l'acte par lequel Richard II le cédait au comte de Vexin. La seigneurie qui s'y était constituée fut probablement donnée, vers 1071, par Guillaume le Conquérant, à Henri de Ferrières, son compagnon et son ami: du moins est-il certain que le fils de ce dernier, Henri, deuxième du nom, la possédait au commencement du XIIe siècle, et que pendant six cents ans elle fit partie du patrimoine de la Maison. La forteresse, établie au plus haut de la colline, suivit les vicissitudes de la province normande: enlevée par les Anglais en 1418, elle fut reprise par Dunois en 1449, et ne figure plus dès lors dans l'histoire qu'à l'époque des guerres de religion, où catholiques et protestants se livrèrent, en 1589, une furieuse bataille à l'ombre de ses murs.

 En 1653, Chambrais appartenait à l'héritier de la maison de Ferrières, Eustache III, comte de Conflans, qui le vendit à Charles Le Comte de Nonant. Le gendre de celui-ci, Jacques Du Plessis, le revendit à Simon Arnaud, marquis de Pomponne. Enfin le château et ses dépendances furent acquis, en 1716, par François-Marie de Broglie, dans la famille duquel ils sont restés. Il est difficile de dire en quoi consistait, vers 1653, l'édifice qui servait de siège à la seigneurie. Dès le XVe siècle, les barons de Ferrières y avaient établi leur résidence, et la vieille forteresse, presque démantelée en 1449, avait dû être appropriée aux exigences de l'habitation. Mais rien n'autorise à croire que les nouvelles constructions aient eu grande importance: aucune trace n'en subsiste sur les lieux, ni aucun souvenir dans les annales du pays. La demeure proprement dite était sans doute peu seigneuriale, et c'est à la difficulté d'une réfection sur place, au milieu des ruines de l'ancien donjon, qu'il faut attribuer la hâte des deux acheteurs successifs à s'en dessaisir. Ils ont pourtant commencé un établissement nouveau, car la bâtisse proprement dite du château date sûrement du XVIIe siècle; mais elle était restée inachevée, n'ayant jamais eu plus d'un étage, et, selon toute vraisemblance, inhabitée jusqu'au dernier changement de propriétaire. Il ne semble pas que le comte de Broglie se soit beaucoup hâté de la mettre en état, puisque, huit ans après l'acquisition, il mourait dans sa terre de Buhy, et que le nouveau domaine n'apparaît guère comme résidence ordinaire de la famille qu'après l'exil de 1742.

 Quoi qu'il en soit, les Broglie lui ont imposé leur nom comme le cachet de leur gloire, et nul de ceux qui visitent ce château ne saurait ignorer l'histoire de l'illustre race à qui notre province doit ce fleuron moderne ajouté à son antique couronne. Les Broglie sont originaires de Chieri ou Quiers en Piémont, où ils étaient connus depuis 960, sous le nom de Gribaldi; leur nom actuel, Broglia ou Broglio, ne remonte guère au delà de 1200. En France, où elle avait pris du service, la famille commence d'être célèbre au XVIIe siècle. Le chef de la lignée, François-Marie, premier du nom, est tué au siège de Valence, au moment où il allait devenir maréchal; son fils Victor-Maurice obtient le bâton en 1724; son petit-fils, qui devait porter plus haut encore le renom de ses aïeux, est l'acquéreur de Chambrais. Entré de bonne heure au service, il se signale au siège de Fribourg, en 1713, par une action d'éclat, qui lui vaut la faveur de Louis XIV. En 1724, il est ambassadeur en Angleterre, maréchal de France en 1734; il gagne les batailles de Parme et de Guastalla, qui amènent la paix de 1735. En 1740, il est envoyé en Bohême où, après avoir inutilement guerroyé, il s'enferme dans Prague et y soutient le siège fameux que l'on sait. C'est le jour même du suprême combat livré sous les murs de la ville (20 août 1742), que Louis XV élève la baronnie de Ferrières en duché de Broglie. Aussi avisé politique qu'habile général, il refuse de défendre la Bavière, pays ravagé où son armée est incapable de tenir, et la ramène presque intacte en France. Mais là, il est accueilli par la plus injuste des disgrâces, et se voit exilé dans son domaine de l'Eure, qu'il a tout juste le temps d'achever et d'embellir, car il meurt en 1745. 

 Il laissait cinq enfants: l'aîné, l'héritier du titre et de la terre, Victor-François, né en 1718, était déjà maréchal de camp lors de la mort de son père. Vainqueur à Bergen, à Corbeck, à Minden, créé prince héréditaire du Saint-Empire, il est fait maréchal de France en 1759, à quarante et un ans. Il devait, lui aussi, connaître le retour de la faveur royale: en 1761, après la défaite de Fillinghansen, dont Soubise et lui se rejettent la responsabilité, il est, à son tour, exilé à Broglie où il emploie ses loisirs à aménager le parc du château. Le roi ne tarde pas à le rappeler, et la carrière des honneurs se rouvre devant lui. En 1778, il commande le pays Messin; en 1789 il est ministre de la guerre. Renvoyé dans son gouvernement, il est assailli, à Metz, par une émeute qui l'oblige à chercher asile auprès de Joseph II. Son fils, qui est député à l'Assemblé, monte à la tribune pour justifier la conduite du vieux maréchal, a la joie de le faire absoudre: Broglie est maintenu dans tous ses honneurs et charges. Mais il ne lui plait pas de rentrer en grâce auprès de la Nation qui est en train d'abattre le trône des Bourbons, et il va rejoindre le comte d'Artois lorsque celui-ci se décide à émigrer; on le trouve à la tête d'une division de l'armée des Princes. Les événements se précipitent sans qu'il puisse rentrer en France, il meurt en 1804. Son fils, Charles-Louis-Victor, suit une autre voie, mais il n'y rencontre qu'une fin plus tragique: au retour d'Amérique, il est élu député aux États-Généraux, embrasse les idées nouvelles et part pour l'armée où il est maréchal de camp, en 1792. On l'accuse de trahison, et il monte sur l'échafaud le 25 juin 1794. 

 L'admirable lignée d'hommes que cette famille porte à sa tête n'est pas près de s'épuiser: la victime de Robespierre laisse plusieurs enfants dont l'aîné, Victor, est pair de France en 1814, puis Grand Maître de l'Université, ministre des affaires étrangères, ambassadeur à Londres, et hors tout cela, un des esprits les plus libéraux, un des plus brillants écrivains de son temps. En 1816, il épouse la fille de Madame de Staël, et de cette union qui semble fondre ensemble toutes les formes et toutes les raisons de supériorité possibles entre les hommes, naît, en 1821, le chef actuel de la famille, le duc Albert de Broglie, à qui incombait la lourde tâche de ne pas déroger à une pareille origine. M. le duc de Broglie est trop mêlé à l'histoire présente pour qu'il soit permis d'apprécier ici son role politique. On sait qu'il fut l'un des principaux inspirateurs et l'acteur principal des diverses tentatives que le parti conservateur de France risqua, de 1872 à 1877, pour s'emparer définitivement du pouvoir. Au cours des luttes et des crises où il défendait sa foi monarchique et religieuse, il a été en butte à bien des attaques et peut-être à quelques injures; mais l'idée n'est jamais venue à personne de mettre en doute sa haute sincérité, son énergie d'âme et son grand talent. Aux yeux même de ses adversaires, M. de Broglie reste un des rares hommes d'Etat du pays, et sa valeur personnelle le met vraiment hors de pair. A coté du duc son frère cadet doit être nommé, autant pour ses rares mérites qu'en raison de sa fin tragique qui a ému la France. Auguste-Théodore, prince de Broglie, était sorti de l'école Polytechnique avec le second rang et s'était senti attiré vers la marine.

 Lieutenant de vaisseau en 1862, à vingt-huit ans, il avait quitté le service pour se consacrer à la profession religieuse, où sa science, ses talents et ses vertus avaient bientôt fait de lui une sorte de saint, vénéré de tous. Et, de fait, il est mort en martyr, tué par une folle envers laquelle il avait épuisé tous les trésors de son angélique bonté. Il habitait souvent Broglie, avec ses neveux, dignes d'une si belle ascendance, et il y était chéri. Le château, qui réunit encore la famille, chaque année, aux approches de l'été, est aménagé pour les goûts de littérature et d'art qui sont héréditaires dans la maison, comme les talents militaires et l'amour de la vie publique. Les canons pris par le grand Maréchal et donnés par Louis XV après le combat de Sandershausen, ne sont plus là, car ils ont disparu pendant la tourmente révolutionnaire; mais il reste la bibliothèque riche de 20000 volumes, et la longue série des portraits de famille où Madame de Staël apparaît au milieu des guerriers en cuirasse. C'est dans ce rapprochement de gloires diverses, unies en une même race et tendant à un même but, la grandeur de la patrie française, que réside le véritable intérêt du château de Broglie, et pour cette raison l'on trouvera peut-être qu'il valait une visite. 

 Éléments protégés MH : les façades et les toitures du château et des communs, le hall d'entrée, l'escalier avec sa cage et sa rampe, la chapelle, la bibliothèque des Ministres, la bibliothèque de Madame de Stael, le grand salon dit salon bleu, avec leur décor : inscription par arrêté du 25 février 1974. 

 château de Broglie 27270 Broglie

   

 

Château de Brumare

Fief cité en 1367, château construit dans la première moitié du XVIIe siècle et a eu de nombreux remaniements au XIXe siècle au niveau de la façade antérieure du rez-de-chaussée, de la toiture et des pavillons latéraux. Brumare est l’un des plus beaux domaines du canton de Montfort sur Risle. Ce château, entouré de très belles hêtraies est un grand édifice blanc à deux étages surmontés de combles mansardés s’ordonnant de part et d’autre d’un haut pavillon central de trois étages et se terminant par deux pavillons de même hauteur. Une galerie vitrée a été ajoutée sur la façade sud au XIXe siècle. Dans le parc, une chapelle de XVIe siècle où l’on conservait le cœur d’un Montmorency décapité sur ordre de Richelieu. Le château comporte un hall d'entrée, une galerie, deux salons, une bibliothèque, une salle à manger, un bureau, treize chambres, six salles de bain, une salle de jeux et quinze chambres secondaires, également de nombreuses dépendances dont une maison de régisseur, un bûcher, un hangar, des écuries, une remise, une sellerie et une maison de gardien. Le domaine possède un parc boisé qui met en valeur le château avec ses rhododendrons et ses grands alignements d'arbres. Des vues se dégagent sur les plaines cultivées alentours, en particulier vers le hameau des Chèvres, les champs ainsi que les lisières des hameaux voisins participent à ce cadre rural... 

 Éléments protégés MH: les façades et les toitures du château et de la chapelle, les pièces et leur décor, le salon chinois au rez-de-chaussée, les chambres nord-ouest, nord-est et sud-est et le boudoir attenant à cette dernière, la chambre au premier étage : inscription par arrêté du 13 mars 1978. 

 château de Brumare 27350 Brestot 

 Téléphone : 02 27 36 90 10 

 

 

Château du Buisson de May

La seigneurie du Buisson de May est attestée depuis le XVe siècle. Elle appartint pendant environ 300 ans à la famille de Bordeaux, notable de Vernon. Situé à proximité d'un ancien logis seigneurial, le château et le parc ont été réalisés par Jacques-Denis Antoine, architecte de l'Académie Royale, en 1781. L'édifice a connu quelques transformations au XIXe siècle et différents usages durant le XXe siècle (colonie de vacances, hôpital militaire, etc.). Apparenté au mouvement néo-classique, le château présente un corps de logis rectangulaire, cantonné aux angles par quatre pavillons symétriques surmontés de clochetons. L'austérité des façades en brique ou enduites met en valeur les frontons des ouvertures, les bossages en pierre aux arêtes des murs. L'aménagement du parc (hémicycles, perspectives en patte d'oie) renforce la monumentalité du site. Malgré la proximité de la RN13, le château a conservé ses vues lointaines, qui, au travers des bois environnant, ouvrent sur des paysages de plaines, l'accès d'origine a été tracé en diagonale par l'architecte afin de découvrir le château vu de trois-quart. 

 Éléments protégés MH : le château, les esplanades en hémicycle avec leurs murs de soutènement, les douves et le pont d'accès, les alignements en patte d'oie au nord et les perspectives : classement par arrêté du 10 février 1994. 

 château du Buisson de Mai 27120 Saint-Aquilin-de-Pacy 

 Téléphone : 01 39 58 02 81 

 

 

Château de Cahaignes

Le château a été construit au XVIIe siècle. L'édifice a longtemps été la propriété de la famille Claude de Boisdenemetz, qui a donné plusieurs maires à la commune. En 1848 y est décédée la fille de la compositrice Marie-Emmanuelle Bayon et de Victor Louis, Marie-Hélène-Victoire, belle-mère d'Alexandre Armand, marquis de Boidenemetz. Dans les années 1950 et 1960, le château a accueilli des colonies de vacances. Depuis les années 1980, l'édifice se délabre au fil du temps. Son dernier propriétaire Ernest Hubert Jean Picot s'est trouvé dans l'impossibilité de l'entretenir à la suite de son départ en maison de repos. Le domaine a été racheté en 2014 et devrait être remis en état, à suivre... En 1953, le château et son parc sont l'objet d'un classement au titre des sites naturels 

 château de Cahaignes 27420 Cahaignes