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samedi 24 janvier 2026

 

Château de Saint Privat

En remontant le cours du Gardon, à partir du Pont du Gard, on suit pendant une demi lieue, le fond d'une vallée étroite dont l'aspect, au dire des artistes et des voyageurs, offre une ressemblance frappante avec les plus beaux sites du Péloponèse. Cette vallée débouche vis-à-vis du château de Saint-Privat, vieille construction dans laquelle on retrouve des vestiges de toutes les époques. Le château est situé dans une position romantique, sur la rive droite de la rivière. En face, sur le bord opposé, se dresse une sorte de falaise de deux cents pieds de haut, splendidement colorée des teintes du couchant, falaise qui porte le nom de Roque-Soumagne ou Mal-Pas. Le château de Saint-Privat, construit sur les ruines de l'abbaye du même nom, a été de tout temps renommé pour les agréments et la beauté de sa situation. Ce lieu a dû même être habité par des familles romaines, ainsi que le témoignent l'existence de quatre pierres sépulcrales et d'une pierre votive, dispersées autour de l'habitation, et plusieurs colonnes provenant d'un édifice romain; ces dernières furent employées, par les fondateurs de l'abbaye, à l'ornementation de leur église, dont il ne reste que la crypte qui sert aujourd'hui de cave. Deux de ces colonnes sont actuellement placées à droite et à gauche de la grille d'entrée; deux autres sont gisantes dans la cour, et leurs chapiteaux ont été dispersés dans le jardin. S'il fallait en croire M. Rivoire, le poète Sidoine Apollinaire, qui fut évêque de Clermont dans la seconde moitié du Ve siècle, aurait dans ses lettres, fait mention de Vers et de Saint-Privat, en ajoutant que ces lieux faisaient de son temps, les délices des familles romaines qui les habitaient. Cette affirmation ne repose sur aucune preuve. Sidoine Apollinaire, dans sa correspondance, cite en effet, pour l'avoir vue et habitée, une maison de plaisance que son parent, Tonance Ferréol, préfet des Gaules de 450 à 453, possédait sur les bords du Gardon. Cette maison de campagne, appelée Prusianum, était située sur la grande voie de Nîmes à Clermont, au pied des Cévennes, à l'endroit désigné aujourd'hui sous le nom de Brésis, sur le territoire et dans le voisinage d'Alais.

 Un diplôme de l'année 1156, concédé à Raymond de Sabran ou de Posquières, évêque d'Uzès, par le roi de France Louis VII le Jeune, confirme les possessions de l'évêché d'Uzès, en les désignant nominativement. Dans cette énumération sont compris le domaine ou tènement de l'Estel; tout le lieu de Valliguières et celui de Melmont et ses dépendances; l'abbaye de Saint-Privat du Gard; le prieuré de Saint-Nicolas de Campagnaco; le lieu ou hameau de Saint-Eugène; etc. Dans le même diplôme, Louis VII confirme les concessions faites par ses prédécesseurs, Raoul et Louis IV, à l'église d'Uzès et reconnaît à ses évêques des droits d'usage et seigneuriaux sur le lieu de Vers. Les évêques d'Uzès ont conservé la seigneurie de Vers jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, mais le domaine de Saint Privat ne tarda pas à tomber en des mains séculières. Nous trouvons, en effet, un Raymond de Saint-Privat parmi les vassaux que Raymond V, comte de Toulouse, donna pour caution de sa promesse le 1er juin 1163, lorsqu'il prit sous sa protection le jeune Bernard Athon VI, vicomte de Nîmes, et qu'il conclut la paix avec Trencavol, oncle paternel du vicomte. Le marquis d'Aubais cite pourtant un Raymond, abbé de Saint-Privat en 1164. On trouve encore dans les chartes Pons de Saint-Privat, le 1er octobre 1180; Rostaing de Saint-Privat, au mois de mars 1190, le 12 juillet 1210 et le 15 des kalendes d'août de la même année; et un autre Pons de Saint-Privat, au mois de mars 1243. Au reste, l'existence d'une famille noble du nom de Saint Privat, occupant le château et ses dépendances sous la suzeraineté des évêques d'Uzès, s'explique parfaitement et ne présente aucune contradiction. On lit dans la Statistique du Gard, que vers 1187, les chrétiens ayant été chassés de Jérusalem par les musulmans, les chevaliers du Temple se répandirent en France, qu'ils y reçurent de Bertrand, évêque d'Uzès, plusieurs dotations, entre autres celle de Saint-Privat et qu'ils conservèrent ce domaine jusqu'au commencement du XIVe siècle, où leur ordre fut supprimé.

 M. Rivoire est, à ce que nous croyons, le seul auteur qui soutienne cette opinion, et il ne cite pas les documents sur lesquels il s'appuie pour avancer ce fait. Nous devons avouer que toutes nos recherches nous ont conduit à admettre, au contraire, que, dans le courant du XIIIe siècle, le domaine de Saint-Privat fut régi par des seigneurs laïques, et Ménard, lui-même, garde le plus profond silence sur l'occupation de Saint-Privat par les Templiers. Quelques-uns croient pouvoir se fonder, pour accepter cette version comme vraie, sur ce que Saint-Privat était un des patrons des chevaliers du Temple. Les faits qui suivent démentent cette opinion. Le 13 janvier 1205, Odol et Ponce de Gaujac, fils de Guilhorme de Gaujac, chevalier du château ou fort de Remoulins, font hommage à Bormond, seigneur d'Uzès et d'Aimargues, du château de Saint Privat, de ses dépendances et de l'île Garonie ou Coasse, située au-dessous du Pont-du-Gard. Par un acte de reconnaissance daté des ides de mars 1248, Arnauld de Saint-Privat confesse tenir de Decan, seigneur d'Uzès, tout ce qu'il possède dans la ville de Vers et son tènement, sous l'albergue de deux chevaliers et ce qu'il tient à titre de fief franc et honoré dans le lieu de Saint Privat. Aux ides de mars 1258, Raymond de Masmolène fait aussi hommage à Decan de tout ce qu'il possède à Saint Privat. Le 6 octobre 1273, Amalric de la Roche, au nom de dame Raymonde, sa femme, reconnaît tenir du même Decan, à titre de fief franc et honoré, la ville de Saint-Privat et ses appartenances. Le 7 des ides de juin 1289, Raymond de la Roche, fils d'Amalric, fait à Jean de la Roche, son frère, donation de la moitié du château de Saint-Privat, sauf réserve des droits du vicomte d'Uzès, suzerain dudit château. Le 16 des kalendes de juillet 1293, Raymond Milon, seigneur de Saint-Privat, baille à titre de nouvel achat ou emphytéose perpétuelle, à Raymond d'Aramon, damoisel, consul des nobles, et Guillaume Auriol, consul des non nobles de Remoulins, agissant au nom de la communauté, une montagne et plaine contiguës appelées la Coasse et situées au-dessous du Pont du Gard.

 Ce qui selon nous, confirme le plus l'opinion que Saint Privat n'a jamais été occupé par les Templiers, c'est que le 3 janvier 1303, à la mort de Milon, sans doute, et six ans avant la suppression de l'ordre du Temple, le tènement de la Coasse tomba en main-morte, fut saisi et passa entre les mains du roi; de sorte que les consuls de Remoulins voulant, plus tard, en obtenir main-levée, durent le 24 mai 1371, payer au sénéchal la somme de cinquante livres pour droit d'amortissement. Cinq ans après la saisie du tènement de la Coasse, nous retrouvons la famille de la Roche investie de la seigneurie de Saint-Privat. En effet, le 19 octobre 1308, certains particuliers de Remoulins et de Vers font, au profit de Brémond de la Roche, seigneur de Saint-Privat, diverses reconnaissances pour quelques pièces de terre situées la plupart dans l'île Garonie ou Coasse. Le 10 octobre 1324, Hermengaud, damoisel et coseigneur de Saint-Privat, fait hommage à Robert, vicomte d'Uzès, de tout ce qu'il possède à Vers sous l'albergue de deux chevaliers et de tout ce qu'il tient à fief franc et honoré dans le lieu de Saint-Privat et dans l'île Garogne (Garoyna), autrement appelée Coasse. Hermengaud avait dû sans doute, après la mort de Brémond de la Roche, épouser Peyronne Raimbaud, veuve de Brémond, car il intervint, avec cette dernière, comme administrateur des biens de Borland de la Roche, damoisel, fils de feu Brémond, dans l'acte de fiançailles de Raymonde de la Roche, soeur dudit Bertrand, avec Guillaume Rabasse, damoisel de Remoulins. Bertrand de la Roche, beau-frère de Guillaume Rabasse eut par la suite une fille, Delphine de la Roche, qui épousa Alzias (Auzias ou Eléazar), vicomte d'Uzès. Le domaine de Saint-Privat devint ainsi la propriété de la maison d'Uzès, qui l'inféoda à Guy de Prohins vers le milieu du XIVe siècle. Guy de Prohins, seigneur de Saint-Privat, était sénéchal de Beaucaire en 1366. Il fut employé contre les Grandes Compagnies et prit part à une action contre les Routiers, le 14 août 1366, près de Montauban. Les troupes royales furent défaites et Guy de Prohins blessé et fait prisonnier.

 Amédée des Baux remplaça Guy dans sa charge de sénéchal de Beaucaire. Guy de Prohins dut rester prisonnier pendant plusieurs années, puisque nous voyons que le 4 octobre 1369, les consuls de Remoulins présentèrent pour bannier de la Coasse, à dame Gailharde de Durfort, épouse de Guy de Prohins, le nommé Jean Christol de Castillou, "ne pouvant le présenter audit seigneur Guy à cause de son absence". La dame de Saint-Privat ayant consulté messire Durand, abbé d'Aniane, et messire Guy de Sarraguac, chevalier de l'ordre de Saint Jean de Jérusalem, accepta ledit bannier. Il fut convenu dans l'acte que le mas de la Coasse étant détruit, il n'était pas sûr, à cause des troubles du royaume et des hasards de la guerre, de déposer dans ledit mas le montant des gages ou bans perçus par le garde, et que l'argent qui en proviendrait serait porté à Remoulins. Guy de Prohins était de retour à Saint-Privat en 1375, puisqu'il y reçut le 30 octobre de cette année, le serment d'un autre bannier nommé Jean Jacot. Vers l'année 1380, Raymond de Prohins, fils de Guy de Prohins et de Gailharde de Durfort, avait succédé à son père comme seigneur de Saint-Privat. Raymond de Prohins était un pauvre gentilhomme campagnard, n'ayant pour tous revenus que ceux de quelques maigres terres à Remoulins et du domaine de Saint-Privat, qui devait alors être bien minime. Ruiné comme la plupart de ses pareils, tant par de folles dépenses que par les extorsions des mandataires de la royauté, il se mit à la tête d'une bande de révoltés, désignés sous le nom de Tuchins. Au printemps de 1383, Raymond de Prohins, que Ménard appelle Mondon de Prohins, prit de force et par escalade le village de Lédenon et y mit cent lances de garnison, après avoir commis dans ce lieu toutes sortes d'inhumanité, de violences et de pilleries. Maître de cette position, il faisait enlever tout ce qui lui tombait sous la main sur la route de Nîmes, jusqu'aux portes de cette ville et, soutenu par les vicomtes de Turenne et d'Uzès et le bâtard du Cailar, faisait transporter son butin à Beaucaire.

 Les consuls de Lédenon en donnèrent avis à la Cour du Pape. Raymond fut excommunié. Au commencement de décembre de la même année, la bande que dirigeait Raymond et qui s'était établie dans le château de Saint-Quintin près d'Uzès, vint faire des courses dans le territoire de Nîmes, et passa au pied du prieuré de Saint-Nicolas-de-Campagnac, sans en faire le siège. Le pillage et les rapines ne contribuèrent pas à enrichir le seigneur de Saint-Privat, car on le voit à diverses reprises, avoir recours à des expédients pour se procurer les ressources indispensables. En 1383 il intente un misérable procès à la commune de Remoulins, au sujet des limites du droit de pêche sur le Gardon. Le 4 mars 1392, un arrêt du siège présidial de Nîmes le condamne pour avoir enfreint l'acte emphytéotique de 1293, en vendant à divers particuliers de Bezouce les herbages du tènement de la Coasse. Le 20 décembre 1392, Raymond convertit en vente définitive, au profit des habitants de Remoulins, moyennant une somme de 60 livres tournois, le bail perpétuel consenti par Raymond Milon en 1293. Cependant la détresse du seigneur de Saint-Privat était loin de s'amoindrir, car nous le trouvons, le 6 mai 1396, occupé de nouveau à arracher un lambeau de son domaine au profit des habitants de Vers, comme il l'avait fait quatre ans auparavant, au profit de ceux de Remoulins. Les faibles ressources que ces diverses ventes avaient procurées à Raymond furent bientôt absorbées et le mauvais drôle, poursuivi à l'instance de Hugues de Laudun, seigneur de Montfaucon, et de Blanche d'Uzès, sa femme, dont il était le principal débiteur, fut condamné par sentence de la Cour apostolique du Camérier de Rome, de la Cour du petit scel de Montpellier, du Parlement de Languedoc et du Châtelet de Paris, à payer aux époux de Laudun la somme de 212 florins d'or. Poussé jusque dans ses derniers retranchements, Raymond promit, par acte du 6 juillet 1399, de s'exécuter dans un délai fixé; mais le terme arriva, les jours et les mois se passèrent et le seigneur de Saint-Privat trouvait toujours quelque prétexte dilatoire pour éluder les sentences qui pesaient sur lui et retarder le paiement exigé par sa condamnation, et répondait par des insolences aux sommations du Saint-Siège.

 Le chambellan de la Cour apostolique se vit donc obligé, par une ordonnance du 16 février 1400, appuyée par des lettres du sénéchal de Nîmes en date du même jour, de faire procéder à la vente à l'encan de tous les biens que le condamné possédait dans la juridiction de Remoulins. Cette vente eut lieu le 24 mai suivant; Robin de Laye, sergent d'armes de Bezouce, se porta acquéreur des biens de Raymond, pour le compte sans doute, de Jean Folcherand, seigneur de Lussan et lieutenant du sénéchal, car il les lui remit immédiatement après, et ce seigneur se trouva ainsi possesseur, à Remoulins, des biens qui avaient autre fois appartenu à la famille d'Aigremont, et de quelques menus droits sur le port et la juridiction de Remoulins, cédés ensuite aux Rabasse, et qui de là passèrent à la seigneurie de Fournès. La condamnation de Raymond entraîne la confiscation de la terre de Saint-Privat, laquelle retourne à la maison d'Uzès, de qui Raymond et son père la tenaient en fief; Raymond de Prohins, Gailharde de Durfort, sa mère, qui vivait encore, et Guillaume de Prohins, son fils, disparaissent du pays, et dès la première année du XVe siècle, nous trouvons Robert d'Uzès portant, avec ses autres titres, celui de seigneur de Saint-Privat. La terre de Saint-Privat fut l'objet de plusieurs mutations dans le courant du XVe siècle. Robert d'Uzès la vendit le 14 mai 1411 à noble dame Isabelle Reynaud, fille de feu noble Arnaud Reynaud de Montpellier et épouse de Guillaume Sachet, chambellan de très illustre prince le duc de Berry et d'Auvergne, pour le prix de 1.200 écus d'or, chaque écu valant 22 sols 6 deniers tournois, monnaie courante du royaume de France, et sous réserve de l'hommage et serment de fidélité et du baiser de paix dû au seigneur d'Uzès. On mit aussi pour condition que la dame Isabelle ou ses successeurs pourraient céder et bailler, à titre de nouvel achat ou emphytéose, les terres situées dans la juridiction de Saint-Privat, excepté à des clercs, chevaliers, personnes religieuses ou communautés. 

 Cette vente fut ratifiée le 16 mai 1411 par Delphine de la Roche, mère de Robert, par Egidia (Gilette) de Présimac, sa femme, et Pierre d'Uzès, son frère. Raymond de Campis, damoisel de Remoulins, châtelain et bailli de Saint-Privat pour le vicomte d'Uzès, fut remplacé dans ses fonctions par Raymond de la Combelle, qui en prit possession au nom de la dame Isabelle Reynaud. Le domaine ne tarda pas à passer en d'autres mains: le 5 septembre 1423, la dame Sachet, devenue veuve et représentée par noble Jean de Saint-Michel, son procureur fondé, revendit la terre de Saint-Privat à Jean Planterose, vicomte de Pont-Audemer, en Normandie, et à Jean Henry, receveur de Bayeux, moyennant la somme de neuf cents florins, monnaie courante d'Avignon. Le domaine fut partagé entre les deux acquéreurs, qui le possédèrent de concert jusqu'au 13 mars 1451, époque à laquelle Jean Henry, l'un des coseigneurs, fit à Jacques Faret, héritier substitué de noble Perrette de Langres, veuve de noble Jean Jus, donation de la moitié du fief de Saint-Privat, sous réserve de l'usufruit et à la condition que ledit Jacques Faret habiterait, avec sa femme, le château de Saint Privat et aurait pour le donateur les égards et les soins qu'un fils doit à son père. L'acte qui contient cette donation fut dressé dans l'ermitage de la Vallaurière, près de la chapelle. A la mort de Jean Planterose, la succession de ce seigneur, comprenant la moitié du domaine de Saint-Privat, revint faute d'héritier, à la maison suzeraine d'Uzès et fut attribuée en dot à Guiote, soeur du vicomte Jean d'Uzès, lors de son mariage avec Michel de Valpergas, seigneur de Caumont. Le 10 mai 1459 fut passé entre les deux coseigneuresses de Saint-Privat, Guiote d'Uzès et Adélaïde Soyberte, veuve de Jacques Faret, un acte de délimitation duquel il résulte que la dame de Caumont possède, entre autres choses, dans le territoire de Saint-Privat: une terre au quartier de l'Abadye; un casal situé du côté de la chapelle ou église Notre-Dame; une aire contiguë à ladite église, s'étendant jusqu'au Gardon et comprenant tout ce qui existe à partir de l'église du côté de l'orient, jusqu'au grand fossé qui bordait l'ancien mur des fortifications; une certaine motte située près du château, à l'occident, et contiguë à la terre de l'Abadye. Il est en outre stipulé que la partie des fossés du château comprise à l'extrémité du tinal de la dame de Caumont et s'étendant du côté du vent droit (le nord), jusqu'à l'église de Saint-Vérédème, appartient à ladite dame.

 A la fin du XVe siècle, on trouve pour châtelain et co-seigneur de Saint-Privat, comme tenancier de la portion du domaine appartenant à Guiote d'Uzès, un certain Jean des Isles. Guiote d'Uzès dut mourir sans enfants, car nous retrouvons au XVIe siècle la famille de Crussol investie de la portion du domaine de Saint-Privat attribuée en dot à cette dame. Au commencement du XVIe siècle, vivait au château de Saint-Privat, Pierre Faret, fils de ce Jacques Faret qui, en 1451, avait reçu en donation de Jean Henry, coseigneur de Saint-Privat, la moitié du domaine. Devenu veuf, Pierre Faret avait épousé en 1506 et dans un âge déjà avancé, Simonne Blanchon, fille d'un bourgeois d'Uzès; il en eut deux fils et deux filles et mourut dans sa maison de Remoulins, au mois de décembre 1511. Il fit son héritier universel Jacques, son fils aîné; Honorat, son fils cadet, ne reçut, pour sa part, qu'une somme de trois cents florins; mais le père stipula à l'égard de ce dernier, que si parvenu à l'âge convenable, il voulait se destiner à suivre les cours des écoles, son frère Jacques serait obligé de l'y entretenir, nourrir et vêtir selon son rang, jusqu'à ce qu'il eût terminé ses études et qu'il fût pourvu d'une charge qui assurât son existence. Honorat dut être envoyé par son tuteur et son oncle, Jean Blanchon, jurisconsulte d'Uzès, soit à l'université de Montpellier, soit à celle de Toulouse, et c'est là, sans doute, qu'il puisa les principes des nouvelles doctrines qu'il introduisit ensuite dans Remoulins. En 1538, Honorat Faret était parvenu à sa trentième année. Depuis quatre ou cinq ans déjà, il devait avoir terminé ses études et était de retour à Remoulins, y apportant la fougue et l'ardeur de la jeunesse et l'enthousiasme qui anime les partisans des nouveautés. Il se lia étroitement avec le notaire, Loys Colet, qui partageait ses convictions, et ces deux hommes, usant tour à tour de l'ascendant de leur instruction et de l'influence qu'ils devaient à leur position relativement élevée, formèrent dans la commune un noyau d'hérésie qui se développa rapidement. Il est prouvé, par des informations que, vers ce temps là le château de Saint-Privat était devenu l'asile des partisans de la nouvelle religion.

 Par sa position isolée, ce lieu était éminemment propice aux réunions clandestines. Aussi, n'y avait-il pas de ministre venant de Genève qui n'y prit sa retraite et l'on y tenait de fréquentes assemblées. C'était, à ce qu'il parait, une forteresse très sûre à cette époque, et on y avait même, par la suite, ajouté un ravelin. Durant les troubles qui suivirent, les portes en furent toutes murées, à l'exception d'une seule, très petite, qui servait d'entrée au château, mais que l'on ne pouvait franchir qu'avec beaucoup de difficultés, en s'effaçant et pliant les genoux. Le château était en outre constamment gardé par des sentinelles, et les troupes protestantes allaient et venaient sans cesse dans ce lieu. Divers capitaines religionnaires, d'Acier lui-même, et le sénéchal de Grille, y résidèrent souvent. Les témoins ajoutent que le château de Saint-Privat était si fort, qu'il aurait fallu deux mille coups de canon pour l'abattre; et que, d'après le bruit public, la plupart des entreprises et conspirations des partisans de la nouvelle religion s'y étaient tramées et projetées. Vers 1551 les religionnaires des environs, excités par Honorat Faret, démolirent la maison claustrale de Remoulins. Le 23 juin 1555, Antoine de Crussol, vicomte d'Uzès, cède à Jacques Faret, petit-fils de Jacques 1er, "pour le prix et somme de mille escus d'or au soleil et de bon poids, la valeur de chascun escu estant de deux livres six sols, que revient à la somme totale de 2.300 livres tournois, la moitié du château de Saint-Privat et ses dépendances, y compris terroir, place, seigneurie et juridiction haute, moyenne et basse que ledit vicomte a en partage avec ledit Jacques Faret. A partir de cette époque et jusqu'à l'année 1865, la totalité du domaine de Saint-Privat n'a pas cessé d'appartenir à la famille Faret.

 Au printemps de 1564, Catherine de Médicis entreprit, avec son fils Charles IX, alors âgé de quatorze ans, un voyage à travers la France, pour se rendre compte de l'état du royaume et chercher à le pacifier. Ce voyage dura deux ans. Charles IX et sa mère, accompagnés du duc d'Anjou (depuis, Henri III), de Henri de Navarre (depuis, Henri IV), des cardinaux de Bourbon et de Guise, du duc de Longueville, du connétable de Montmorency, du chancelier de Lhospital et de plusieurs autres seigneurs, fit son entrée à Avignon le 24 septembre 1564, et parcourut la Provence. Abel Jouan, dans sa relation du voyage de Charles IX, rapporte que ce roi alla le 12 décembre 1564, visiter le Pont du Gard et dîner à Saint-Privat, où il fut hébergé par le comte de Crussol, seigneur suzerain du domaine. Après le dîner, le roi et sa suite visitèrent le Pont du Gard, puis le roi alla le même soir, coucher à Nîmes. Au mois d'avril 1570, les troupes protestantes, au nombre de quatre à cinq mille hommes, ayant à leur tête l'amiral de Coligny et Henri de Bourbon ou de Navarre, âgé seulement de seize ans, ravagèrent le diocèse d'Uzès. Ils emportèrent d'assaut le château de Saint-Privat, Castillon, Saint-Hilaire et Théziers, qui se rendirent à discrétion. Coligny y fit faire un massacre général des habitants, en sorte que ces villages resteront tout à fait déserts. Jacques II Faret avait épousé en premières noces, le 28 décombre 1550, Sibylle de Forli, dont il eut un fils unique, Pierre, deuxième du nom, qui lui succéda. Pierre II eut de son premier mariage avec Jeanne de Contour un fils du nom de Henri, sieur de Cabanon, qui mourut sans enfants. Pierre II épousa en secondes noces, le 16 mai 1590, Sara de Guerry; c'est par ce mariage que la seigneurie de Fournès et Jalons échut à la famille Faret. Les guerres avec l'Italie et les alliances de la maison de France avec des princesses italiennes avaient, à partir du règne de François 1er, introduit dans la nation française une passion effrénée de luxe, qui ne fit que s'accroître sous les derniers Valois. La simplicité de Henri IV ne modifia en rien l'entraînement général, et le souvenir de l'entrevue du Camp du drap d'or où, tels seigneurs "portèrent leurs moulins, leurs forests et leurs prés sur leurs espaules", fut pendant longtemps l'idéal de la noblesse.

 Pierre Faret et son fils Henri furent du nombre de ceux qui subirent ces changements ruineux, ce sont eux qui firent abattre la plupart des anciennes constructions du château de Saint-Privat, pour l'approprier au goût de leur époque et qui firent élever les bâtiments actuellement existants, compris entre la porte orientale dite Porte Michel-Ange, laquelle fut, dès lors, l'entrée principale, et la petite cour qui, au couchant, précède les cuisines. Grâce à ces modifications importantes, l'air circula plus librement dans les hautes salles voûtées, à travers les larges escaliers et les vastes corridors, et l'habitation de Saint-Privat prit à l'intérieur surtout, un cachet de distinction qui ne l'a point abandonné. Mais les dépenses faites par les Faret père et fils, avaient épuisé leurs capitaux; ils se virent obligés de recourir à des emprunts dont les intérêts ne tardèrent pas à diminuer notablement leurs revenus. Ils furent pendant longtemps et à diverses reprises en butte aux poursuites de leurs créanciers. Après la soumission de Rohan, lors de sa dernière rébellion, sous le ministère de Richelieu en 1629, la paix fut signée à Alais le 28 juin, et mit fin aux dernières guerres de religion. Le roi Louis XIII, victorieux de tous ses ennemis, se dirigea sur Nîmes, à travers le diocèse d'Uzès. Le 30 juin, une ordonnance royale datée de Saint-Chaptes, décidait que la paix accordée aux religionnaires serait publiée à Nîmes. Le 1er juillet, le roi recevait la soumission de la ville d'Uzès et venait coucher à Collias le lendemain. Parti de Collias le 3, il fit passer le Pont du Gard à son armée, vint à minuit coucher à Bezouce, où il établit son camp, y séjourna le 4, fit rédiger le 5 l'acte de proclamation de la pacification qui fut publiée à Nîmes le lendemain 6 juillet, et vint, avec sa suite, prendre son logement au château de Saint-Privat, où tout avait été préparé pour le recevoir. Le 7 juillet il reçut, à Saint-Privat, la soumission des habitants de Nîmes. Le traité de paix fût signé par les religionnaires dans la grande salle du château et l'on procéda au règlement des otages qui furent cédés au roi, au nombre de douze, comme garantie de la foi promise.

 Les noms de ces otages furent inscrits au bas de la minute de l'ordonnance de Saint-Chaptes du 30 juin, suivie de la proclamation de Bezouce du 5 juillet: "Trescol, advocat. Carlot. Gonoyer. Jacques Rozel. Bastido, advocat. Crégut. Petit, advocat. Fabrot, marchand. Jacques Bonnal. Carbonnel, bourgeois. Sayard, marchand. Bonhomme, advocat. Les nommés cy dessus sont les ostages de la ville de Nismes que le Roy veult avoir. Faict à Saint-Privat, le 7 juillet 1629. Le cardinal de Richelieu". Le roi retourna à Uzès le 10 juillet, y séjourna jusqu'au 14 et fit ce jour-là, son entrée dans Nîmes, où il fut reçu avec de grandes acclamations. Il ne resta qu'un jour dans cette ville, vint coucher le 15 à Montfrin; prit pendant quelques jours les eaux de la fontaine de Moynes et poursuivit ensuite son chemin par Lyon, pour retourner à Paris. A dater de cette époque, la destinée du château de Saint-Privat ne présente plus aucun intérêt historique; les seigneurs qui s'y succèdent sont Pierre II, qui eut de son mariage avec Sara de Guerry, deux enfants dont Charles 1er, qui suit; et Bernardine. Pierre II mourut en 1622. Charles 1er son fils, qualifié des titres de seigneur de Saint-Privat, Fournès et Jalons, épousa le 9 novembre 1619, Jeanne de Launay, de Picheran, d'Entraigues, dont il eut huit enfants et mourut en 1638. Il eut pour successeur son fils Alexandre, qui épousa Isabeau Dupuy de Montbrun, et fut décapité à Paris le 5 novembre 1680, laissant une fille unique, Isabeau-Marguerite, morte empoisonnée le 13 novembre 1681, à l'âge de vingt-deux ans. Alexandre est le premier seigneur de Saint-Privat qui se qualifie des titres de marquis de Saint-Privat, Fournès, Jalons et Montfrin. Charles II succéda par substitution à son frère Alexandre. Il épousa en 1683, Anne de Ginestous, dame de Moissac, et mourut le 13 août 1714. Comme nouvellement converti, les prêtres catholiques lui refusèrent les sacrements et la mise en terre sainte. Jean, son fils, lui succéda.

 Jean Faret, seigneur de Saint-Privat et de Fournès, comte de Faret par l'érection de la terre de Moissac, en vertu de lettres patentes de l'année 1744, autorisant mutation du nom de la seigneurie de Moissac en celui de comté de Faret, épouse, en 1749, au château de Candiac, Hervée Macrine de Montcalm-Saint-Véran, et meurt à Montpellier le 6 novembre 1749, laissant une fille posthume, née le 21 novembre 1749 et morte le 5 juillet 1751. Son frère Jean Henri lui succède. Jean Henri, auteur de la branche bâtarde, épouse Marie Louise-Elisabeth de Gabriac, du Bourg Saint Andéol. De ce mariage naît une fille unique, Marie-Anne Faret, qui épouse en 1773, Jean-Louis-Charles-François de Marsane Saint Geniès, de Montélimart. Jean Henri meurt à Toulouse le 16 juillet 1762, père de quatre enfants illégitimes, dont trois filles et un fils qui fut adopté par sa veuve, sous le nom de Jules Marie Henri Faret. Jules Marie Henri Faret, comte de Faret, marquis de Fournès, colonel du régiment royal de Champagne-cavalerie, maréchal de camp, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, seigneur de Saint-Prifat-du-Gard, Saint-Jean-de-Maruéjols et autres places, conseiller du roi en ses conseils, 90e et dernier sénéchal de Beaucaire et de Nîmes, député de la noblesse de Nîmes aux États-Généraux de 1789; né à Toulouse le 13 janvier 1752, mort au château de Saint-Privat le 22 décembre 1826 et inhumé dans le caveau de la chapelle, avait épousé Philippine de Broglie, qui lui donna deux enfants dont Alexandre; et Fulvie qui épousa M. le marquis de Rennepont. Alexandre-Auguste-Louis-Philippe-Jules Faret, marquis de Fournès, seigneur de Saint-Privat, membre du conseil général du Gard, né à Paris en 1786, mort le 21 août 1844 à Saint-Privat, épousa Ambroisine-Amanda d'Héricy. Il en eut trois enfants dont Arthur-Henri Faret, marquis de Fournès, né à Saint-Privat le 27 novembre 1823 et qui a épousé Mademoiselle Riquet de Caraman; 2° Robert-Ambroise Faret, comte de Fournès, né à Montpellier en décembre 1826 et qui a épousé Mademoiselle de Mathan, fille de M. le comte de Mathan, ancien pair de France; 3° Ferdinand-Philippe, mort en 1845 en Normandie, à l'âge d'environ dix ans. Le domaine de Saint-Privat, qui avait échu en partage à M. le comte Robert de Fournès, est devenu, en 1865, la propriété de M. Calderon au milieu du XIXe siècle.

 De la rive droite du Gardon, il suffit de dépasser d'un kilomètre le Pont du Gard vers l'amont pour, franchie une grille, trouver un chemin qui bientôt bifurque à gauche vers le château. Devant l'entrée du château, au sud de ce dernier, à gauche d'une esplanade ombragée, la chapelle Saint-Vérédème rappellerait la dédicace de l'ancienne église disparue, mais cette chapelle est entièrement moderne. En pénétrant dans la cour, on laisse à gauche une construction de plan triangulaire, abritant des communs dont la forme singulière est peut-être due à la conservation de soubassements anciens, vestiges de la chemise fortifiée. A droite, c'est une tour isolée, dite "tour de guet". L'étage supérieur de cette tour barlongue est muni d'une série de corbeaux quadruples supportant des arcatures. Au-dessus de ces mâchicoulis, les murs du chemin de ronde sont percés de petites ouvertures à mousquets ou arquebuses. Au pied de la façade sud-ouest, une partie en saillie présente des parements à bossages rectangulaires. Le reste de la construction est visiblement plaqué contre cette partie ancienne. Près de la base d'un bâtiment adjacent a été scellé un autel, d'époque gallo-romaine. La salle basse de la tour est voûtée d'un berceau brisé, d'axe nord-ouest sud-est. A sept mètres au nord, se trouve la courte façade d'une aile (bâtie du temps de M. Rouché) destinée à l'habitation et limitant la cour à l'est. Au pied de cette façade se trouve un autre autel ou cippe. Pour prendre connaissance de la façade orientale de cette aile, il convient de revenir en arrière, de ressortir de la cour et de s'engager, en contrebas, sur le chemin de la ferme. Ce chemin est bordé par un mur de soutènement avec des arcades successives, d'âges divers, murées pour la plupart. Au-dessus de ce mur on voit l'ensemble des façades Est, lesquelles englobent une ancienne tour carrée, dont les encorbellements sont restés dégagés. Comme à la tour de guet, ce sont des corbeaux quadruples (mais aux listels très peu saillants) supportant de petits arcs à mâchicoulis; au-dessus, le mur du chemin de ronde est fendu de longues archères à étriers médians; l'arasement des parties supérieures des merlons a fait disparaître le haut de ces archères.

 Revenant à la cour intérieure, l'aile Est se trouve séparée par un passage de 6m,20 des bâtiments formant le corps central, que l'on aborde par une autre tour carrée, dite "donjon". Posée de biais par rapport aux bâtiments adjacents, cette tour présente une base fortement talutée et mesure cinq mètres de côté, les encorbellements de son couronnement sont composés de corbeaux quadruples, sur lesquels les petits arcs des mâchicoulis ne reposent pas directement, mais par l'intermédiaire d'une pierre taillée en forme d'imposte, biseautée latéralement. L'étage situé au-dessous a été aménagé en pigeonnier. A la base de cette tour, du côté Est, un arc en forme d'enfeu abrite une coquille. Un peu plus haut, la façade est percée d'une fenêtre étroite, encadrée de pilastres nus à chapiteaux ioniques ornés d'oves, architrave et frise bombée supportant un fronton triangulaire. A droite, s'élèvent des bâtiments disparates, mais anciens, dont les murs de retour, face au sud et à l'est, supportent une guette d'angle, dont ne subsistent que les encadrements, quadruples également, supportant deux arcs; ce petit ouvrage se trouve à peu près de niveau avec la fenêtre à fronton, c'est-à-dire à mi-hauteur de la tour. Les autres façades méridionales sur cour n'offrant que peu d'intérêt, en raison des remaniements subis. Le passage découvert situé entre le corps central et l'aile Est, là près de l'angle avec le bâtiment transversal, on découvre une magnifique porte d'entrée à bossages, accostée d'une fenêtre identiquement décorée. Ces ouvertures ne sont pas de plain-pied, soit que le niveau de la cour eût été abaissé. Actuellement, la porte n'est pas inaccessible, mais on n'y parvient que par un étroit escalier, débouchant sur une minuscule galerie. Le fronton circulaire rompu, au-dessus de la porte, encadre un petit tabernacle à fronton arrondi; le blason qui en occupait le centre a disparu. Sur la même façade, les étages supérieurs possédaient aussi des fenêtres décorées, l'une visible, quoique murée, au premier étage et, au deuxième étage, une autre bien conservée, les pilastres d'encadrements bagués et décorés de feuillages découpés rappelant encore le flamboyant, d'entrelacs géométriques, de volutes, les chapiteaux ioniques dont le gorgerin et l'échine sont ornés d'oves, le balustre cannelé. Au-dessus, la haute frise, divisée en compartiments par des diglyphes, présente rosaces et feuillages; l'allège elle-même chargée d'entrelacs, entre deux consoles d'acanthe soulignées de gouttes. Sur cette façade, il faut signaler la mitre de cheminée, en pierre, s'élevant un peu en arrière, coiffure conique sur un cylindre ajouré de six arcs.

 Les mutilations résultant des constructions plus récentes, ne se sont pas bornées à l'extérieur; au-dedans aussi, derrière la grande porte à bossages, on constate que des murs et cloisons ont "mangé" ce qui correspondait au piédroit nord; toutefois, face à cette entrée délaissée, ont été conservées deux travées d'un passage voûté sous coupoles, dont les arcs doubleaux présentent aussi des bossages en trémie. Autres témoins du même style, mais moins sûrs parce que dans une partie très habilement restaurée, des arcs à bossages divisent en compartiments voûtés d'arêtes un couloir perpendiculaire au précédant, situé face à l'entrée actuelle sud et donnant accès au grand escalier. Même si ces arcs sont d'époque, ceux de l'escalier ne le sont certainement pas, étant hors d'échelle, d'autant plus que ce bel escalier sur arcs et piliers a été exécuté dans le style encastré et muni d'une agréable, mais récente, ferronnerie. S'il subsistait quelques doutes, ils disparaîtraient à l'étage supérieur, ou l'on retrouve une volée ancienne, étroite, construite sous berceau rampant appareillé, débouchant sous les mêmes arcs à bossages, demeurés de proportions normales. Bien qu'il ne reste que quelques témoins : une grande porte, une croisée, quelques fenêtres, des arcs et une volée rampante d'escalier, de ce style homogène, la beauté de ces éléments épars permet d'imaginer ce que devait être la résidence seigneuriale que fit construire l'opulent Pierre II de Faret dans les dernières années du XVIe siècle, car l'aspect de la façade orientale se restitue assez aisément dans son ensemble, grâce aux traces laissées par les baies murées, l'étage de base séparé du premier étage par un double bandeau continu, très larege, des fenêtres très décorées quoique étroites, un décor intérieur parfaitement adapté. Mais il reste au sud très peu de traces de cette campagne, aucune au nord où tout a été repris plus tard, rien de visible du dehors à l'ouest, mais peut-être de ce côté la résidence s'appuyait-elle contre le mur fortifié très épais, existant là depuis le moyen âge. 

 Après avoir constaté les oblitérations apportées par le bâtiment transversal, il faut remarquer que cette construction du XVIIIe siècle présente d'agréables proportions et complète, heureusement, au moins du côté des jardins, l'ensemble des façades nord. C'est de ce côté en effet que s'est porté tout l'effort de cette importante campagne, ayant abouti à créer, à côté d'un parc boisé, un grand jardin fleuri en contre-bas, le parc au-devant de la façade principale, le jardin devant l'aile latérale de hauteur moindre. On peut accéder directement au jardin du bas en partant de la cour et descendant un degré en arc de cercle, pour traverser le bâtiment par un passage voûté d'arêtes. C'est tout au fond de ce jardin que M. Rouché a fait construire une orangerie. Le bâtiment latéral, de même que la façade principale sont délimités verticalement par des chaînes à refends, percés de hautes fenêtres, les niveaux soulignés par des bandeaux. L'étage supérieur de la grande façade, établi en retraite, aurait été ajouté assez récemment, dit-on, quoique rien dans l'aspect et la patine de la pierre ne montre une différence. L'angle nord-ouest est calé contre une tour carrée, dont les superstructures et les créneaux sont manifestement modernes, aucun indice visible ne permettant de présumer de l'ancienneté des bases, ancienneté possible, en raison de la situation de la tour. Située à 300 mètres au nord du château et accessible par le chemin, la ferme enserre une longue cour étroite entre deux bâtiments que relie une construction transversale, à usage de grenier à fourrage. Dans l'angle nord-est, s'élève une tour carrée couronnée de merlons d'âge incertain. Les étages sont éclairés par des fenêtres simples, chacune divisée en deux par un meneau vertical sans décor.

 Éléments protégés MH: le château, à l'exception des pièces classées; la tour isolée; la cour d'honneur avec son sous-sol et l'aile est en contrebas, dite des caves: inscription par arrêté du 1er septembre 1992. Dans le château, les trois pièces décorées de boiseries du XVIIIe siècle: le salon des échos, la salle des Gardes ouvrant sur la façade nord, le salon de la Paix (ou salon des quatre cheminées); la chapelle avec son décor; l'enclos muré situé derrière la chapelle; l'avant-parc avec les douves; le parc ou terrasse haute avec les douves, les murs de soutènement ainsi que le bassin et l'ensemble de la statuaire; le jardin ou terrasse basse avec sa porte d'entrée dite porte des fleurs, les murs de soutènement, la statuaire ainsi que l'orangerie et le nymphée; le moulin et son bief; la ferme fortifiée; l'ancienne magnanerie accolée à un bâtiment de logements dit l'ancienne métairie et la serre située face au potager, ainsi que le potager; la glacière; le sol de l'ensemble des parcelles du domaine: classement par arrêté du 17 février 1995.

 château de Saint Privat 30210 Vers-Pont-du-Gard

 

 

Château de Saint Victor la Coste

C'est sur l'emplacement d'un ancien oppidum que le château fort fût construit dès le VIIIe siècle. Favorisé par une position défensive naturelle il fut en outre protégé par un système de fortifications remarquable. Ainsi Saint Victor fut-il choisi par les premiers seigneurs de Sabran comme capitale de leur vaste domaine. Le village et son chateau fort se trouvent à l'origine d'une des familles les plus illustres de la noblesse française, les Sabran. Leur chateau, un des plus forts du midi de la France était environné d'une triple enceinte fortifiée comprenant douze tours et une partie du village. Les comtes de Sabran remplissaient auprès du comte de Toulouse, alors fort puissant, la charge héréditaire de connétable. Plus tard les Sabran, faisant cause commune avec leur suzerain, prirent le parti des Albigeois, battus à Muret, ils furent contraints à rendre hommage à Louis VIII. Ee 1226 ayant pris part au soulèvement, après la défaite ils firent hommage au roi de France pour la ville de Bagnols et le chateau de Saint Victor. Après le soulèvement de 1248, Rostaing de Sabran fut puni et contraint de demander au sénéchal de Beaucaire la destruction des fortifications du chateau. Au XIVe siècle la seigneurerie passa par alliance dans la maison des Montlaur. Louis de Montlaur fut le compagnon de Jeanne d'Arc qu'il accompagna dans les mauvais jours et jusqu'au sacre de Reims. Anne de Poitiers apporta en mariage la seigneurie à Charles de Poitiers. Jehan de Poitiers vendit en 1501 la seigneurerie à Jean de Nicolaï, chancelier du royaume de Naples. Son fils Aimar la vendit en 1541 à Thomas de Gadagne riche banquier florentin. Il légua ses biens à son neveu Thomas surnommé le magnifique. La seigneurerie de Saint Victor passa dans la famille des Domergue. En 1768 Thérèse de Domergue épousa de Rippert d'Alauzier marquis du Barry. Le dernier seigneur de Saint Victor fut Eugène Louis Prosper marquis d'Alauzier qui mourut en 1887. Le 27 janvier 1845 ce dernier vendra le Castellas et tous ses biens sis à saint Victor par acte de Auguste Morel notaire à Pont saint Esprit, à Gabriel Maurice Mathon.

Le castellas de Saint-Victor-la-Coste peut se comparer à ceux de Fressac, de Montalet à Molières-sur-Cèze, de Gicon à Chusclan ou même à l'arque de Baron ou au château de Lédenon (avant les travaux de restauration) pour ne citer que quelques édifices dans le Gard (aussi le castellas d'Aumelas dans l'Hérault). Tous ces châteaux fortifiés du Moyen-Age marquent fortement le paysage de leur silhouette déchiquetée se détachant sur le ciel et régnant sur un territoire assez vaste. En effet, ils dominent tous des collines envahies de végétation et sans aucune habitation (à l'exception de celui de Lédenon qui domine le village) et certains comme c'est le cas ici ont été inscrits comme sites pittoresques. Du premier château, il ne resterait que la chapelle, datable du Xlle siècle et les fortifications, détruites vers 1250, furent reconstruites au cours des XlIIe et XlVe siècles. A Saint-Victor-la-Coste, toutes les enceintes sont visibles et l'on retrouve non seulement l'enceinte principale du château et celle qui protège l'avant-cour mais aussi celle qui relie le castellas au nord du village, celle qui longe l'ancienne église et enfin la dernière qui forme le rempart du vieux bourg et dont trois tours médiévales subsistent, l'une dans une maison privée, l'autre pour porter le clocher de l'église et une autre à moitié en ruines. Cependant, ces tracés ne sont pas visibles en continu ni sur le terrain à cause de la végétation, ni sur le cadastre. Pour ce château, la commune a engagé une procédure d'expropriation pour acquérir le castellas, une stricte délimitation s'impose entre le castellas lui-même et ses diverses enceintes fortifiées qui restent difficiles à délimiter avec précision (à l'exception de la dernière enceinte qui forme le rempart du village et qui est très lisible sur le cadastre). 

 Éléments protégés MH : les ruines du château : inscription par arrêté du 27 mars 1991. 

 château de Saint Victor la Coste 30290 Saint-Victor-la-Coste 

 Téléphone : 06 73 23 96 12

 

samedi 17 janvier 2026

 

Forteresse d'Aigues Mortes

Aigues-Mortes, ville fondée par Louis lX, est à son origine un port d'embarquement vers la Terre Sainte et de commerce. Cette bastide a été pourvue d'une enceinte monumentale par Philippe le Hardi et Philippe IV le Bel, conformément à la volonté du saint Roi. La fortification, longue de 1640 m, bien conservée, donne à la cité un caractère presqu'irréel dans cette région paludéenne au Moyen Âge. Symbole de la puissance royale, la cité surplombée par la tour de Constance est un site incomparable. C'est à partir de 1240 que Louis IX lance, sur la côte du littoral languedocien, une vaste opération d'aménagement. Son projet : doter la France d'un port convenable sur la Méditerranée, protégé par une cité qui serait à la fois porte du royaume, gardienne des activités portuaires et symbole de la puissance capétienne. Ainsi le Roi récupère de l'abbaye de Psalmodi, une petite portion de territoire qui lui donne une fenêtre sur la mer. 

L'accord avec les religieux n'est pas encore signé, que le roi jette les bases des premiers monuments du site, la tour de Constance, dite alors "grosse tour du roi", et un château Royal, aujourd'hui disparu, qui occupait l'emplacement de l'actuel Logis du Gouverneur. Le 1er édifice achevé par Louis IX est la tour-donjon qui défend l'ensemble castral. Haute de 30 m pour un diamètre de 22 m elle est caractéristique de l'architecture royale depuis le règne de Philippe Auguste. La tour se compose de trois niveaux (un cul de basse fosse qui servit de lieu de stockage et de prison; la salle basse qui permettait l'accès au château depuis la campagne; la salle haute, occupée par le châtelain de la tour et la garnison et un peu plus tard par les prisonniers) et d'une terrasse. La salle basse est une sorte de sas entre la campagne et l'ensemble castral, on y accédait, au nord et au sud, par un système de pont-levis aujourd'hui disparu au nord, remplacé par une passerelle fixe au sud. Les entrées étaient protégées par une porte, une herse et un système d'assommoir défendu depuis la coursière qui se loge dans l'épaisseur du mur aux deux-tiers de la hauteur de la salle. 

 Éléments protégés MH : l'enceinte de la ville ; les bâtiments dits le Château ; la tour de Constance ; les terrains domaniaux contigüs à ces diverses constructions : classement par arrêté du 1er décembre 1903. La parcelle en nature de vignes et de marais : classement par décret du 19 juillet 1921. La parcelle en nature de vignes, lieudit Etang de la ville : classement par décret du 19 juillet 1921. Les parcelles situées aux abords du front Nord-Ouest des remparts, entre la porte de la Gardette et la tour de Constance, incorporées au domaine public fluvial du port d'Aigues-Mortes : classement par arrêté du 8 janvier 1964. 

 forteresse d'Aigues Mortes 30220 Aigues-Mortes 

 Téléphones : 04 66 53 61 55

 

 

Citadelle d'Alès

Connue aussi sous le nom de "Fort Vauban", la Citadelle d'Alès, construite en même temps que celles de Saint-Hippolyte-du-Port et de Nîmes, est probablement due aux plans du célèbre ingénieur des fortifications. Il n'existe pas sur ce point, d'indications précises dans les Archives Régionales, mais on possède assez de renseignements sur la date de la construction pour confirmer la vraisemblance de cette tradition. C'est en 1686, en effet, que l'Intendant du Languedoc décida que la construction serait financée sur les fonds de la Province; les procès-verbaux de l'Assiette de Nîmes enregistrent, le 14 juin 1687, l'ordonnance de Nicolas de Lamoignon, enjoignant de presser cette construction. Les États de Languedoc règlent, le 29 octobre 1697, diverses fournitures pour le même objet, et abordent la liquidation des indemnités aux propriétaires des sols occupés. La construction fut pratiquement terminée avant le 22 août 1688, date à laquelle on transfère dans la Citadelle les meubles des officiers de la garnison. La même année, M. de la Trousse, commandant en second de la Province, écrit à la Comtesse de la Fare pour ordonner la translation de quelques pièces d'artillerie dans la citadelle. Ce nouveau fort occupait l'emplacement des châteaux Comtal et baronnial, édifices ruinés au cours des troubles du début du XVIIe siècle; le dégagement des abords fit disparaître d'autres immeubles, parmi lesquels le Couvent des Capucins. Le règlement des indemnités d'expropriation s'étala sur plusieurs années, puisque cette question fut encore évoquée aux États Provinciaux de 1695 où l'on estima à dix mille livres la valeur du sol et de la demeure du comte d'Alès. D'après un plan du XVIIIe siècle, les bastions portaient les noms suivants : bastion de la Roque, bastion Camus, bastion de la Ville, bastion des Capucins, bastion Royal, bastion de la Prairie. L'entrée principale ne se trouvait pas dans une courtine, mais au milieu d'une face du bastion Royal; une autre entrée, ou poterne, s'ouvrait dans une courtine, et était défendue par une Place d'Armes. A partir de 1789, les casernes construites à l'intérieur du fort reçurent des prisonniers, et, depuis la Citadelle a conservé cette destination pénitentiaire. Toutefois, quelques bâtiments latéraux, accessibles directement par la poterne, ont été laissés à la Municipalité pour des oeuvres sociales et culturelles( musée, Bibliothèque, salles de réunions de société locales). 

 Éléments protégés MH : les bastions avec leurs échauguettes, courtines, porte et pont d'accès : inscription par arrêté du 24 mai 1973. 

 citadelle d'Alès ou fort Vauban 30100 Alès

 

 

Château de d'Aramon

Le château domine la vieille ville d’Aramon et la vallée du Rhône. La partie la plus ancienne est un donjon, carré et massif, datant de Philippe le Bel. Bien placé au défilé du Rhône appelé la Roque d'Acier, il faisait partie des avancées d'Uzès. La seigneurie était primitivement du domaine royal pour une majeure partie. Il se composait en 1464 d'une maison et d'une tour. En 1426, Charles VII l’échange avec Louis de Poitiers, seigneur de Saint-Vallier, contre ses droits sur le comté de Valentinois. Au XVIe siècle, Gabriel de Luetz, ambassadeur de France près la Sublime Porte, est baron d’Aramon. En 1551 Henri II le donne à Diane de Poitiers qui fait quelques agrandissements au château en 1553. À sa mort, son héritage passe à Robert de la Marck, duc de Bouillon. Aramon, acheté en 1635 par Jacques de Sauvan appartient depuis à ses descendants. Assiégé en 1562 et en 1567 par les protestants, le château fut remanié plusieurs fois, au milieu du XVIIIe siècle par Marie-Alexandre-Guillaume, marquis d’Aramon, et au XIXe siècle par le marquis Paul d’Aramon. On y accède par un pont de pierres qui enjambe la rue et qui a remplacé le pont-levis primitif. Le grand portail de l'entrée provient de l’ancien couvent des Récollets. 

 Éléments protégés MH : les façades et les toitures du château avec les remparts ; le pont, les terrasses et leurs murs de soutènement ; en totalité l'aile ouest dite aile XVIIIe siècle avec le vestibule et l'escalier du XIXe siècle ; le parc et la chapelle Saint-Martin : inscription par arrêté du 23 novembre 1995.

 château d'Aramon 30390 Aramon 

 Téléphone : 04 66 57 00 27

   

 

Château d'Assas

Ce bâtiment illustre magnifiquement la période faste du Vigan. Appelé château d'Assas depuis son rachat par les Assas Faventines en 1850 (après avoir été vendu comme bien national, servi de prison et de mairie ...), c'est en fait un grand hôtel du XVIIIe siècle construit par Pierre de Faventines pour son fils aîné Jacques lors de son mariage. Pierre de Faventines avait acheté en 1756 une charge de fermier général et il n'a fait construire ni à Paris comme il était d'usage (il y résidait rue d'Antin ou place des Victoires) ni aux environs car il avait acheté une résidence à Puteaux (le château du duc de Gramont aujourd'hui détruit) mais dans sa ville natale. Le déroulement du chantier est connu grâce à l'abondante correspondance qu'entretenait Jacques de Faventines avec son père à Paris qui finançait la construction. Cette documentation conservée aux archives départementales a été bien étudiée dans un mémoire d'histoire par Mlle Cormier sous la direction de M. Dermigny. Le plan et le devis sont mentionnés en 1750; la maison est dite extrêmement avancée avec le couvert presque fini en 1753 et il est question de planter des arbres, enfin que les comptes avec l'entrepreneur Thureau sont arrêtés en 1759. Le plan du rez-de-chaussée de la maison de M. de Faventines conservé aux archives départementales n'est ni daté ni signé et ce n'est pas celui qui fut exécuté, il pourrait être dû au commanditaire lui-même, peut-être sur le modèle de celui de son cousin Peyrenc de Moras ou sur celui du château de Puteaux (construit vers1700). Le bâtiment que nous voyons, quoique réduit par rapport à ce projet et inachevé (les clefs des fenêtres et l'intérieur du fronton de la façade sur cour sont en attente), n'en est pas moins digne d'un fermier général et tout à fait spectaculaire au Vigan par ses proportions (16 toises de façade par 10 de large), la qualité de sa réalisation, son décor intérieur et son mobilier (que l'on connaît grâce à l'inventaire réalisé à sa mort en 1776). Son plan à la parisienne entre cour et jardin est axé depuis le portail sur rue jusqu'au fond du jardin et la dénivellation du terrain donne à la façade sur jardin une grande allure avec ses quatre niveaux. Valentin Esterhazy écrivait en 1786 au sujet des maisons celle de Mme Faventin lui coûte près de cent mille écus, elle est entre cour et jardin et faite sur les plans du château de Guiche (la demeure de Pierre Faventines à Puteaux). Si l'architecte des plans demeure inconnu, le bâtisseur François Tureau est du Vigan, il est consul et architecte de la ville (il y est chargé des réfections à l'église, à l'hôtel de ville, à la tour de l'horloge ...) mais le commanditaire écrit "il me parait qu'il trouve l'entreprise trop forte et qu'il n'ose s'y risquer". De même il semble, malgré l'absence de devis, que toute la réalisation soit l'oeuvre d'artisans locaux.

La distribution intérieure connue par un relevé non daté mais signé par Jean Aguze le notaire qui a effectué l'inventaire des biens en 1776 se retrouve très bien malgré les cloisons qui divisent les étages et au rez-de-chaussée l'enfilade de pièces coté jardin est toujours visible. Le grand salon ouvrant sur jardinet appelé salon de compagnie conserve les stucs des quatre saisons placés dans les angles de la corniche,sa cheminée de marbre avec sa plaque datée 1755, ses lambris, ses menuiseries, ses volets intérieurs et son sol de pierres disposées en tapis. Toutes les pièces ont gardé leur cheminée, toutes différentes et de marbres diversement colorés. Monsieur Valette écrivait à Pierre de Faventines en 1753 : Monsieur votre fils est à Montpellier depuis avant hier pour voir des cheminées en marbre; la plupart de leurs plaques sont en place et le parquet marqueté de l'entrée a été placé dans l'appartement du premier étage,côté cour et potager. Deux alcôves sont encore visibles avec leurs décors en stuc (colombes, fleurs). Certains volets à persiennes ont été remisés au grenier et remplacés par de simples panneaux intérieurs. Le grand escalier à cage ouverte et palier suspendu possède une très belle rampe en ferronnerie. Le jardin appelé le parterre dans l'inventaire de 1776 et auquel on accède par deux volées courbes a été amputé lors du passage de la voie ferrée, la pièce d'eau qui fermait le grand axe a disparu mais les allées de buis taillés et les plantations de tilleuls témoignent encore de la volonté du commanditaire qui dès le début de la construction prévoit "je ferai aplanir le jardin et j'y feray planter les arbres qu'il conviendra pour en faire en partie un jardin agréable et qui réponde à la future maison". Côté sud, l'inventaire de 1776 signale un potager et celui ci continue à être exploité en temps que tel. La cour plantée de tilleuls est fermée en hémicycle, elle ouvre sur la rue des Barris fort étroite par un portail surmonté d'une belle grille. Malgré les inévitables déprédations subies quand il servait de centre de vacances et d'hébergement, ce bâtiment témoigne d'un fastueux XVIIIe siècle au Vigan. Il appartient depuis 1935 à l'évêché de Nîmes et doit être restructuré en logements sociaux. 

 Éléments protégés MH : l'ancien hôtel avec les bâtiments du portail, ceux des dépendances, ainsi que le jardin et la cour, le bâtiment des communs : inscription par arrêté du 9 avril 2002. 

 château d'Assas 30120 Le Vigan

   

 

Château d'Aubais

La colline d'Aubais a été fortifiée de bonne heure, puisqu'un castrum y est déjà mentionné en 1179. Au treizième siècle, cette seigneurie appartenait aux Langussel, puis aux Narbcnne-Pelet ; Jeanne de Pelet l'apporta en 1380 à Bermond d'Anduze, à qui succéda la longue lignée des Bozène. Du temps des Bosène, l'élection des syndics du village se faisait devant le château, d'après un document de 1440 qui se rapporte évidemment à l'ancien château-fort, dont il reste encore quelques parties, avec une tour ronde. La dernière héritière des Bosène porta ce domaine à du Faur, son mari, puis Marguerite du Faur, dame d'Aubais, fit entrer cette seigneurie, pour plus de deux siècles, dans la maison de Baschi, en épousant Balthazar de Baschi du Cayla, dont le second fils, Louis, est l'auteur de la branche des Baschi d'Aubais. Louis de Baschi épousa en 1614 Anne de Bochenore; son fils Charles, qui lui succéda, épousa en 1640 Marguerite Causse; puis vient un autre Louis, époux en 1673 d'Anne Boisson, mort en 1703; puis un autre Charles, marié en 1716 à Diane Rosel, héritière d'un titre récent et d'une grande fortune... Louis II de Baschi du Cayla, lieutenant général du roi, sera le principal reconstructeur du château, entre 1680 et 1685, date à laquelle il dut abandonner les travaux pour émigrer du fait de sa religion protestante. Il confia les travaux à Gabriel Dardalhon, maître-architecte de la ville de Nîmes, selon les plans de Pons Alexis de la Feuille, ingénieur du roi. C'est à lui que l'on doit l'extraordinaire escalier monumental, qui occupe tout un pavillon, et autour duquel s'ordonnancent les ailes. Cet escalier était admiré des contemporains, dont Vauban lui-même, et il est célébré dans tout le Languedoc comme une performance et, parla finesse de ses détails. Une autre campagne de travaux fut menée vers 1730 par l'érudit Charles de Baschi, marquis d'Aubais ; elle concernait une vaste et superbe bibliothèque, disparue, ainsi qu'une grande écurie. Le château fut malheureusement incendié en avril 1792 par les révolutionnaires, puis vendu, et morcelé en plusieurs dizaines d'unités de propriété. Extérieurement, le château d'Aubais, malgré ses parties ruinées, développe une écriture sévère et colossale : parements lisses, chambranles sans moulurations, décors sommaires, en contraste avec une partie centrale plus riche, dont l'entablement présente des motifs inspirés des modèles gallo-romains de Nîmes. La lourde corniche a gardé, par endroits, son décor. A l'Est, le château donne de plain-pied sur la place du village, ancienne cour d'honneur, tandis que du côté opposé, la pente a permis la création d'un étage supplémentaire de soubassement et présente des jeux de niveau. A l'intérieur toute la distribution était imposée par le fameux escalier de quatre vingt huit marches et 25 mètres de haut, qui révèle une structure étonnante, riche en arcs, en clés pendantes. Les volées sont droites, doubles, à montées successivement divergentes, parallèles, puis convergentes autour d'une volée centrale unique. Une audacieuse voûte plate de onze mètres de portée soutient le palier du haut. La partie supérieure est ornée de niches finement sculptées et le départ de l'escalier est sculpté en coquille. Le pavillon domine les bâtiments rectangulaires qui l'encadrent ; il était autrefois terminé par un dôme surmonté d'un lanternon, disparus. A tous les niveaux, les détails d'architecture sont particulièrement soignés. 

 Éléments protégés MH : le corps de logis principal du château avec sa terrasse ouest et son mur de soutènement ainsi que le rez-de-chaussée des ailes en retour : inscription par arrêté du 18 mai 1998. Le pavillon central abritant l'escalier monumental : classement par arrêté du 8 mars 2010. 

 château d'Aubais 30250 Aubais

 

 

Château de Barjac

Barjac occupe une position stratégique à la porte du Bas-vivarais et constitue un important lieu de passage (pèlerinages, foires..). Les Barjac premiers seigneurs de la ville dont ils tirèrent leur nom patronyme étaient dès le XIe siècle des familiers des Marquis de Gothie et de la cour de Toulouse. vers 1160, Douce de Barjac épouse Raimond de Chateauneuf, seigneur de Rochegude. vers 1211, le "castrum de Barjac" est donné par le roi Philippe Auguste à l'évêque d'Uzès (en remerciement pour son attachement à la cause française lors des combats contre l'hérésie albigeoise). Les seigneurs de Barjac seront désormais les vassaux de l'évêque d'Uzès. au XIVe siècle, la seigneurie de Barjac est partagée entre les Barjac, les Seyssel, les Beauvoir du Roure et plus tard les Laudun. Vers 1480, la baronnie de Barjac fut vendue à des marchands enrichis de Vienne-sur-Rhône, les Combes, récemment anoblis. En 1567, les protestants s'emparent de Barjac. Vers 1608, achat de la seigneurie de Barjac par les Comtes du Roure qui construiront peu après un nouveau château tout en sauvegardant les restes du château médiéval. En 162O-29, Barjac est fortifié par les ingénieurs de l'armée protestante du duc de Rohan. Le 5 juin 1629, Louis XIII qui vient de raser Privât arrive à Barjac. Jacques de Beauvoir du Roure commandant la place se rend avant que la bataille ne commence. Cependant les fortifications doivent être détruites. En 1634 le donjon est démantelé sur ordre de l'Intendant Machault. Vers 1777 le donjon devient le dépôt des archives de la famille du Roure et il sera incendié en 1790. Jusqu'en 1899 le rez-de-chaussée de ce donjon restera aménagé en musée des armures du Moyen-Age. Vente du château par les Roure en 1899 au futur évêque de Monaco. En 1982, vente du château à la Commune.

Ce château est formé de trois constructions successives : le château primitif qui fit place au XIIe siècle au castel fortifié dont il reste une partie du donjon, celui des Comtes propriétaires à la fin du XVe siècle et celui des Roure édifié après la reddition de Barjac au roi. Le plan masse présente aussi trois volumes distincts : la masse cubique du château des Roure avec une aile en retour d'équerre au sud-ouest (rajoutée) et le donjon à l'extrémité sud-est. Une importante dénivellation entre la terrasse ou cour et la rue permet de voir depuis la cour les trois niveaux du château et un seul pour l'aile en retour tandis que sur rue, on remarque un important rez-de-chaussée (cuisines, écuries, caves) supportant les trois étages et l'aile en retour. Le donjon médiéval fut remanié à de nombreuses reprises : la partie inférieure présente un parement à bossages rustiques tandis que plus haut les pierres en bossage sont isolées dans un appareillage très régulier et soigné, à joints fins. Sur la cour, la porte avec son linteau monolithe surmonté d'un arc de décharge en plein cintre semble dater du XIIe siècle. Il n'existe aucune baie à l'exception des deux croisées moulurées (dont l'une date du XVe siècle) qui sont visibles du côté est (sur la grand'rue). La partie supérieure comporte un chemin de ronde avec crénelage et pourrait témoigner de la construction du premier rempart communal en 1379 mais ces fortifications furent renforcées lors des guerres avec les protestants. Les trois pièces du rez-de-chaussée sont voûtées en berceau et soigneusement appareillées; la porte conduisant à la pièce du fond, dite des prisons, est en plein cintre. Au premier (rez-de-chaussée sur cour) ce sont des voûtes d'arêtes construites en 1777 lors du transfert des archives de la famille dans cette pièce, c'est de là que part l'escalier à vis situé dans l'angle est et menant à l'horloge installée dès 1649. Le château des Roure, édifié sans caractère militaire, s'appuie sur la base des ouvrages bastionnés bâtis par les ingénieurs de l'armée du duc de Rohan. Cette construction assez massive,animée seulement par les travées de fenêtres à meneaux et les bandeaux qui séparent chaque étage, montre une grande austérité. La forte dénivellation existant entre la rue (côté sud) et la terrasse ou cour côté nord confère aux façades sur rue une allure imposante car elles présentent un étage de soubassement très haut(supportant trois niveaux) et très fermé (deux portes et des petites ouvertures rectangulaires). Côté rue, la porte des anciennes cuisines est très simple : en plein cintre avec architrave nue; son encadrement à refends et clef en pointe de diamant la situe au début du XVIIe siècle mais les claveaux sont particulièrement érodés. Elle ouvre sur un couloir voûté en berceau qui comporte deux portes en plein cintre donnant accès aux anciennes cuisines voûtées en berceau qui ont gardé le four et une grande cheminée. Plus au sud deux grands arcs dont seule l'imposte est soulignée ouvraient sur les écuries voûtées en arêtes et les caves. L'aile ou ancienne galerie comprend un niveau côté terrasse : au XVIIIe siècle cet espace était voûté (on voit encore le départ des voûtes) et contenait un théâtre et une chapelle; il s'ouvrait sur le parc (l'actuelle terrasse) par des arceaux qui s'écroulèrent en partie en 1775. Cette aile détruite et transformée en préau d'école vient d'être reconstruite comme salle des fêtes. Elle avait été rajoutée car elle masque entièrement l'ancienne entrée monumentale : bel exemple de porte du début du XVIIe siècle avec claveaux à refends, clef en pointe de diamant, pilastres doriques et fronton brisé contenant un cartouche laissé vide. La menuiserie en panneaux à pointes de diamant date de la même époque. Au dessus de cette entrée, à l'avant dernier niveau, se trouve la porte ouvrant jadis sur le jardin aménagé sur l'aile en retour, aujourd'hui elle ouvre sur le toit terrasse de la salle des fêtes et permet toujours de contempler le paysage depuis la vallée de la Cèze jusqu'à celle de l'Ardèche. A l'intérieur, l'escalier rampe sur rampe occupe l'angle sud-est du château : au rez-de-chaussée sur rue, la distribution s'organise autour du mur de refends en une grande pièce côté rue dite les cuisines et deux pièces à l'arrière côté nord-est. Toutes sont voûtées en berceau et la cuisine a gardé son four et sa cheminée. Cette disposition se retrouve au dernier niveau sous les toits. Au rez-de-chaussée sur cour, il présente une enfilade de deux salons sur rue, dit grand salon et salon d'angle, puis la salle à manger donnant sur l'ouest et une grande chambre à alcôve ouvrant au nord-est. Toutes ces pièces (sauf la chambre qui a gardé son plafond à la française et sa cheminée de la fin du XVIIe siècle) ont été plafonnées et pourvues de cheminées à la fin du XVIIIe siècle par l'entrepreneur d'Uzès Paul Pellier connu pour ses travaux à l'hôtel de ville d'Uzès . L'avant dernier niveau est très cloisonné mais il a gardé partout son plafond à la française et possède deux grandes cheminées de la fin du XVIIe siècle (dont celle de la chambre à alcôve située juste au dessus de celle de l'étage noble). Certaines salles de l'étage noble ont été réhabilitées par la municipalité mais ce château offre encore de nombreuses possibilités (salles d'exposition, médiathèque...) et la commune propriétaire depuis 1982 souhaite sa protection au titre des MH. Depuis 1982, le village est un site inscrit. 

 Éléments protégés MH : le château de Barjac en totalité : inscription par arrêté du 16 août 1993 

 château de Barjac 30430 Barjac

   

 

Château de la Basse-Cour

Le château de la Basse-Cour est une construction de plan rectangulaire datant des XVIIe-XVIIIe siècles. Corps de bâtiment que délimite la tour carrée avec deux ailes en retour d'équerres dans l'angle Nord-Est de la cour d'honneur. La tour du château, avec escalier tournant est la résidence templière du XIe-XIIe siècle, vestiges d'un chemin de ronde avec meurtrières et fenêtres à meneaux à l'est du village. Au XVe siècle c'est le fief de Guillaume de Monteils, chevalier de Saint-Jean de Jérusalem, en 1438 commandeur de Saint-Maurice de Cazevieille. Au XVIIe siècle plusieurs coseigneurs dont François Bertrand, César d'Hérail, seigneur de la Blachères, G. Fontanel et Julien de Mallérargues. Le château passa ensuite par alliance en 1548 de Gilette de Monteils à François de Saulsan, seigneurs d'Arènes. Il fut acquis par le docteur Carrière qui le revendit à monsieur Vigne. 

 Éléments protégés MH : le château de la Basse-Cour : inscription par arrêté du 6 mai 1927. 

 château de la Basse-Cour 30360 Monteils

 

 

Château de Beaucaire

Bâti au XIe siècle, le château de Beaucaire constitue un des plus beaux ensembles fortifiés du sud de la France. Originellement entouré d'une vaste enceinte, dont subsistent quelques vestiges , le château de Beaucaire fut démantelé sur ordre de Richelieu en 1632. Ce magnifique site comprend trois tours d’origine ainsi que le châtelet d’entrée que l’on ne peut rejoindre que par un escalier escarpé. Les fouilles ont pu mettre à jour un château bien plus complexe car il comprenait une basse-cour avec le monument gallo-romain. Par la porte fortifiée on aperçoit la tour triangulaire près de la chapelle et de la tour ronde. A l’intérieur du jardin se trouve le musée Auguste Jacquet. Le château présente une silhouette pittoresque avec sa tour polygonale et sa tour d'angle circulaire. La chapelle castrale, décorée d'un tympan sculpté, est accessible alors que le musée Auguste Jacquet occupe les lieux. Le château et ses jardins sont classés Monuments historiques. 

 Éléments protégés MH : le château de Beaucaire en totalité : classement par liste de 1875. 

 château de Beaucaire 30300 Beaucaire 

 Téléphone : 04 66 59 47 61 

   

 

Château de Belvézet

Le castellas de Belvezet peut se comparer à celui d'Allègre, de Montalet à Molières-sur-Cèze, de Gicon à Chusclan ou à l'arque de Baron et au castellas de Saint-Victor-la-Coste pour ne citer que quelques édifices situés non loin de là. Le castelas de Belvezet est remarquable par son plan et par la qualité de construction du donjon carré qui domine la vallée des Seynes au sud du mont Bouquet. Ce castrum cité dans la charte de 1207 au lieu de Fontjan qui s'appela par la suite Belvezet appartenait alors au seigneur d'Uzès. Le donjon présente en partie basse sur un à deux niveaux un remarquable appareil en calcaire très dur tandis que la partie haute tout comme le corps de logis ou l'enceinte sont construits de manière plus grossière, les joints se sont vidés et de nombreux blocs sont complètement délités. Dans le donjon, on voit les traces de deux niveaux de planchers mais sous le sol actuel il pourrait y avoir un étage à demi enterré compte tenu de la pente. La voûte en plein cintre qui forme actuellement la couverture est percée de manière à laisser passer une échelle et un homme vers un dernier niveau dont il ne reste que les traces d'une fenêtre coté ouest. Cette fenêtre était encore entière et bien visible sur les cartes postales du début du siècle. Les traces d'un escalier intérieur dont deux marches sont encore en place dans le mur Est permettait d'accéder à la porte ouvrant sur un hourd côté Est. De celui-ci, il ne reste que les traces d'arrachement des corbeaux soutenant la structure en bois. La toiture devait être couverte en tuiles comme de nombreux morceaux trouvés dans les décombres en témoignent et pouvait être à deux pentes comme il en existe de nombreux exemples.

Les ouvertures sont rares, mises à part les meurtrières, on voit au dernier niveau une ouverture côté nord et sur le mur est une porte ouvrant sur un hourd en bois, au sud une ouverture éclairant l'étage intermédiaire. Aucune moulure ou élément décoratif n'est visible si ce n'est un rouleau sur la meurtrière du mur Est. La porte d'entrée actuelle dont les pierres taillées ont été arrachées pose problème car elle se trouve au rez-de-chaussée : soit l'étage inférieur a été comblé, soit elle était très bien défendue maison ne voit aucun ouvrage spécifique. Devant cette porte se trouve une cave servant de citerne qui a gardé en partie son enduit de tuileau étanche. L'angle sud-ouest porte des traces d'arrachement peut être d'une échauguette. Au nord du donjon, une grande salle fut construite puis recoupée par un mur de refends en deux pièces avec des meurtrières côté tour ; bien que dépourvue de cheminée et de fenêtres,ce pouvait être un corps de logis ou une salle des gardes. Le mur sud du donjon était prolongé et formait une chemise avec le mur nord de ce bâtiment et cet ensemble était inséré dans une première enceinte assez rapprochée formant quatre tours semi circulaires aux angles. Cette enceinte quoique très arasée est perceptible sur tout son pourtour. Tout ceci semble correspondre à une deuxième phase de construction; déjà repérée par le changement de mise en oeuvre des matériaux. L'enceinte extérieure était beaucoup mieux visible au début du siècle quant M. de Saint Venant l'a étudiée. Perpendiculairement à cette enceinte, côté intérieur sont appuyés des murs formant selon M. de Saint Venant une série de logettes ou cellules possédant chacune une archère. Dans l'une d'elle, on aperçoit cette archère donnant sur la campagne coté ouest. C'est cette organisation qui forme la grande originalité de ce site.

Si certains murs perpendiculaires à l'enceinte sont encore visibles, il n'en est pas de même des murs les fermant côté intérieur et encore moins a fortiori des portes de communication avec la cour intérieure. Un de ces murs visible côté extérieur au nord-ouest n'est pas signalé dans cette étude. Le redent visible côté Est n'est pas marqué non plus, ce qui marque bien les limites de ce relevé et la fiabilité que nous pouvons lui accorder. Le problème des entrées semble encore plus délicat à résoudre : M. de Saint Venant signale deux interruptions dans l'enceinte, l'une à l'est et l'autre à l'ouest mais n'avait pas manqué de souligner l'étrangeté de ces entrées si mal défendues. En effet, aucun ouvrage avancé ou défensif n'apparaît et ces interruptions pourraient provenir d'une mauvaise lecture archéologique du tracé de l'enceinte. Celle de l'est parait correspondre à un redent de l'enceinte et celle de l'ouest est aussi contestable. Par contre un mur en retour est visible et pourrait correspondre à une entrée, ce qui ne résoud en rien les problèmes de système défensif signalés par de Saint Venant. En attendant des études et des fouilles permettant de mieux cerner le tracé de l'enceinte extérieure, on peut souligner la qualité de la construction du donjon datable de la deuxième moitié du XIIe siècle. La commune propriétaire envisage avec l'aide de l'association de sauvegarde du patrimoine paysager, architectural et historique de Belvezet d'entreprendre un débroussaillage et une mise en valeur du site après consolidation des ruines... 

 Éléments protégés MH : le donjon et les ruines du castellas en totalité : inscription par arrêté du 3 août 1998. 

 château de Belvézet 30580 Belvézet

   

 

Château de Blauzac

Le castrum de Blauzac, situé près de la voie romaine d'Uzès à Nîmes, est cité dès 1136 et en 1209, le comte de Toulouse le cède à l'évêque d'Uzès. De nombreux coseigneurs cohabitent et font chacun bâtir une tour avec des pierres en bossages, deux sont encore visibles : l'une au Nord-Ouest du château et l'autre au nord de l'église, rue Blanche. En 1353, le roi donne la seigneurie à Pierre de Deaux, neveu du cardinal Bertrand de Deaux qui sera légat du pape et possède une grande livrée cardinalice à Villeneuve lez Avignon. A sa mort, Jean de Blauzac, son neveu né à Blauzac, lui succède. La construction date essentiellement (à l'exception de la tour) de cette époque. En 1382, les Tuchins brûlent le château et en 1569, les protestants s'emparent du village mais la famille de Deaux possède encore le château en 1649. Après la révolution, le château est morcelé. La construction médiévale est encore très présente : à l'extérieur la tour nord-ouest et l'avant-corps ouest avec leurs mâchicoulis, le chemin de ronde, la cheminée et les ouvertures (reprises) sur la rue Est, l'archère à l'angle sud-ouest. Dans la cour intérieure, les ouvertures de la façade nord située sous la galerie actuelle. Au rez-de-chaussée, les voûtes d'ogives des ailes ouest et nord, la voûte en berceau de l'aile nord avec sa porte en claveaux aux couleurs alternées. Au premier étage, les portes en tiers-point et les voûtes d'ogives de l'ancienne tour nord-est et sud-est. Les travaux de la renaissance sont marquées par l'ouverture de fenêtres à croisées (façades ouest et nord extérieures et sur cour) et de nombreuses réfections (dont les échauguettes aux angles nord-est et sud-est). Les travaux les plus importants sont effectués au XVIIIe avec la construction de la galerie (qui a du remplacer une galerie médiévale en bois) contre la façade nord de la cour qui reste visible sous la galerie. L'escalier qui y conduit, daté 1773, a pris la place de l'escalier médiéval et de nombreuses ouvertures (mur sud de la cour) ont été faites ou refaites en arc surbaissé. Aux XIXe et XXe siècles, percement d'entrées (cotés nord et sud) pour desservir les lots créés par la division du château avec un escalier coté sud et une porte de garage.

Le château de Blauzac, situé au sud de l'église, est englobé dans le rempart médiéval. Il forme un quadrilatère autour d'une cour carrée à peu près régulière et semble s'être édifié à partir de la tour à bossages nord-ouest. Il est possible que cette tour ait donné la largeur de l'aile ouest qui la prolonge et cette dimension se retrouve sur l'aile Est, ce qui serait la preuve d'une construction homogène. Entre les deux, l'aile nord est plus complexe à comprendre : en effet, la présence de voûtes aux ogives carrées très massives au rez-de-chaussée de la partie centrale de cette aile,(matérialisée par un angle harpe), pourrait marquer son antériorité. Cependant, ces trois corps de bâtiments forment un plan régulier. Par contre, l'aile sud est plus étroite et l'angle sud-ouest est particulièrement irrégulier. Sans doute y avait il là le rempart ou une porte (au niveau de l'angle rentrant visible aujourd'hui avec son archère) qui ne permettait pas sa régularisation. L'examen du plan actuel montre cependant, dans l'angle sud-ouest de la cour,un début de régularisation qui n'a pas été achevé. En fait, la construction de l'ensemble est plus complexe car sur l'aile Est qui paraît homogène, on distingue de nombreuses traces d'angles ou de contreforts harpes qui sont parfaitement intégrées dans le bâtiment actuel mais qui indiquent diverses phases de construction. L'emploi de matériaux différents les rend très visibles car les pierres colorées contrastent avec le calcaire blanc. A l'angle sud-est, une tour de même dimension que celle du nord-ouest peut être décelée mais elle n'est pas traitée extérieurement en bossages : elle se repère grâce aux angles harpes et à sa toiture, plus élevée que celle des ailes. Elle a conservé sa cheminée médiévale en surplomb sur la rue et circulaire au dessus du chemin de ronde. L'angle sud-ouest montre une surélévation de toiture mais cette partie est peu lisible car très bouleversée par la reprise des bâtiments. Dans cet angle, se trouve une entrée récente qui correspond peut être à l'entrée d'origine, ce qui serait conforme à la tradition. Dans la cour intérieure, la galerie ajoutée devant la façade nord a sans doute pris la place d'une galerie en bois, tout comme l'escalier, daté 1773, a remplacé l'ancien.

La façade ancienne est en place : les portes médiévales du rez-de-chaussée ont été modifiées mais leur forme d'origine reste perceptible et au premier, des traces de croisées subsistent malgré l'ouverture de nouvelles portes. La façade sud garde les traces d'arcades en plein cintre et une porte à l'étage semble induire la présence d'une galerie. La façade ouest où se trouve le puits a gardé les croisées, témoin des reconstructions du XVIe siècle. Les intérieurs ont conservé leurs portes d'entrées et leurs voûtes : au rez-de-chaussée, restes de portes à longs claveaux en façade nord et en tiers point sur l'aile sud, ogives carrées très épaisses pour l'aile nord, y compris le passage d'entrée actuelle, ogives moulurées sur l'aile ouest dont certaines sont bicolores par l'emploi alterné de pierres différentes, voûte en plein cintre sur l'aile Est. Les pièces les plus remarquables se trouvent au premier étage, sur l'aile Est : entrée en arc à tiers point au débouché de l'escalier dans la tour d'angle à la voûte en ogive particulièrement remarquable (clef de voûte sculptée) comparable à celle de la tour sud-est qui présente en plus des culots sculptés. Entre les deux, la pièce a été aménagée de manière contemporaine (verre et métal). Le chemin de ronde existe tout autour du château mais n'est plus accessible sur l'aile ouest. La réfection de la toiture de l'aile nord date sans doute de la reconstruction de la galerie : on distingue le niveau ancien grâce aux traces de pierres de rives et de gargouilles. La tour à bossage est voûtée au rez-de-chaussée mais son plancher a brûlé et n'a jamais été refait. Ce château est un exemple peu modifié de l'architecture civile du XIVe siècle. 

 Éléments protégés MH : le château avec le sol de la cour et le jardin, les façades et les toitures de la partie cadastrée : inscription par arrêté du 10 février 2006. 

 château de Blauzac 30700 Blauzac