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samedi 23 août 2025

 

Château d'Aulnay

Contrairement à son appellation actuelle, Aulnay de Saintonge devrait s'écrire Aunay de Poitou; la station romaine d'Aunedonacum, sur la voie de Saintes à Poitiers subit le sort de ses semblables lors de la chute de l'empire Romain et, après une période mal connue, la famille des Maingot est maîtresse d'Aunay du IXe au début du X IIIe siècle. La seigneurie passe alors aux Mortagne qui, au début du XIVe siècle, la transmettent aux Clermont par le mariage de Marguerite de Mortagne avec Jean de Clermont, maréchal de France, tué à Poitiers en 1356. Elle se remarie avec Jean de La Personne. Un autre mariage, en 1403, apporte la vicomté d'Aunay aux Montberon. Les difficultés financières de cette famille entraînent la vente de la seigneurie à Louise de Savoie, mère du futur François 1er, en 1506; celui-ci la donne à son fils Charles d'Orléans. A la mort de Charles, la vicomté revient au domaine royal, puis est attribuée, comme supplément de douaire, à Marie Stuart en 1563. Retournée au domaine royal après l'exécution de cette dernière, la seigneurie est, en partie, engagée aux Fourré. Aunay passa ensuite pour peu de temps aux Choiseul-Praslin, puis aux Pons, enfin aux Amproux qui vendent le domaine le 8 thermidor an XIII. La vicomté d'Aunay s'étendait de Saint-Julien-de-l'Escap au sud, à Brioux au nord, de Paizay-le-Chapt, Saleignes et Saint-Martin-de-Juillers à l'est, la Boutonne faisant la frontière entre la Saintonge et le Poitou. Le vicomte d'Aunay était chambellan du comte de Poitou et il avait droit au lit où le comte couchait en arrivant la première fois dans son domaine. Quant à la comtesse, elle devait lui donner son cheval, son manteau et la vaisselle qui lui avait servi à cette occasion. Par contre, Aunay devait un denier d'or au comte pour l'offrande à la messe. 

 Il ne reste plus de l'ancien château féodal que le donjon élevé sur un vaste tertre circulaire où se trouvaient le château et ses défenses; c'est une grosse tour d'une quinzaine de mètres de haut, probablement du XIIe siècle. On y pénètre par une porte plus récente qui donne dans un escalier en colimaçon situé dans l'épaisseur du mur. Les deux premiers étages ont des planchers sur grosses poutres, le dernier étant voûté en calotte; à chaque étage, des meurtrières éclairent pauvrement les salles. Du château, il ne reste que l'emplacement de la place actuelle: il s'élevait sur un tertre de 150 mètres de diamètre et d'environ 10 mètres de haut, entouré de fossés. Les dernières ruines disparurent en 1840, quand la place fut nivelée. Une récente étude a mis en lumière que la gravure de Claude Chastillon que l'on identifie traditionnellement comme celle du château d'Aulnay est en fait celle d'un château inconnu. En revanche, une autre gravure que l'on croyait représenter un château situé dans la Marne ou dans l'Eure peut être identifiée comme celle d'Aulnay. Parmi les ruines, on reconnaît le donjon cylindrique, et le tertre supportant le château. 

 Éléments protégés MH: la tour du donjon : inscription par arrêté du 23 février 1925. 

 château d'Aulnay 17470 Aulnay-de-Saintonge

   

 

Château de Balanzac

L'originalité de Balanzac réside dans la présence aux quatre angles de la construction d'échauguettes supportées par de puissants contreforts. L'histoire connue de Balanzac débute en 1336 date où Jeanne d'Ars, dame d'Ars et de Balanzac, épouse Guillaume de Brémond, seigneur de Jazennes et Eschillais, lui apportant en dot ses terres. Ce domaine restera entre les mains de cette illustre famille jusqu'en 1617. Pierre, seigneur d'Ars, Balanzac, Puy-Vidal etc., petit-fils de Guillaume, écuyer de Charles, duc d'Orléans, qu'il avait suivi dans toutes les guerres, était devenu chevalier de l'ordre de Camail ou du Porc-Épic, titre conféré par ce duc. À sa mort, son fils Jean porte le titre de seigneur de Balanzac et de Vaudoré. Élevé près de Charles d'Orléans, comte d'Angoulême, Jean va suivre François Ier dans toutes ses conquêtes et devient maître d'hôtel du Roi, puis capitaine gouverneur de Cognac et grand sénéchal d'Angoumois. Il meurt en 1525. François, son petit-fils, est chevalier, seigneur et baron de Balanzac, Vaudoré, La Forest-sur-Sèvre, capitaine de cent hommes de pied. Élevé dans la religion calviniste, il suit la réforme mais abjure la "contraire religion" le 20 juin 1593 dans l'église de Saint-Denis. Il sera nommé par Louis XII gouverneur de la ville de Parthenay, le 6 janvier 1617; il vend la seigneurie de Balanzac à son beau frère, Nicolas Pasquier, qui avait épousé en 1592 sa sœur, Suzanne de Brémond. Il vécut longtemps au château. Vers 1623, il entreprit de faire transformer le corps de logis. 

 A cette date son procureur fiscal passait un marché avec deux charpentiers qui s'engageaient à faire la charpente du corps de bâtiment qu'il venait de faire élever "joignant l'ancien logis du château de Balanzac et à rendre le tout prêt d'être couvert de tuiles plattes ou ardoise, au choix dudit seigneur de Minxe". Fils d'Étienne Pasquier et de Françoise Belin, il était né en février 1561 à Paris. Seigneur de Mainxe et de Balanzac, lieutenant général à Cognac, il se distinguera aussi par ses écrits notamment les Remonstrances très humbles de la Rayne mère régente, en 1610 et Le Gentilhomme, en 1611. En épousant le 15 février 1616 Antoine Joumard, chevalier, seigneur de La Brangélie, vicomte de Légé et de La Double, maréchal des camps et armées du Roi, Louise Pasquier, fille de Nicolas, apporte en dot la seigneurie de Balanzac à son époux. Leur fils, Nicolas Joumard né en 1617, colonel d'un régiment d'infanterie, hérite du domaine. La seigneurie change de mains lorsque Anne-Constance Achard-Joumard de La Grangélie, dame de Balanzac, épouse en 1779 Claude-Jean-Baptiste de Turpin. Ce dernier, vicomte de Turpin de Jouhé, seigneur de Balanzac, capitaine de vaisseau, commissaire de la Noblesse en 1789, fut, en 1806, conseiller municipal de Saintes. Il décède le 30 mai 1808. Sa famille conservera le domaine de Balanzac jusqu'en 1852, date à laquelle M. Fabre l'acquiert. 

 Le corps de logis quadrangulaire dont les angles sont occupés par des échauguettes soutenues par des contreforts massifs présente sur sa face sud une tour d'escalier desservant les étages. Cette tour de plan polygonal s'achève à son dernier niveau par un plan quadrangulaire couvert d'une toiture pyramidale. La décoration de l'édifice se limite aux frontons triangulaires agrémentant les petites ouvertures des échauguettes. L'une de ces tourelles située à l'angle sud-est devait faire office de pigeonnier. Une partie du bâtiment remonte à la première moitié du XVIe siècle. Les fenêtres à arcs segmentaires et la toiture d'une partie du logis, à combles brisés couverts d'ardoise et de tuiles creuses, sont le résultat de travaux d'aménagements du XVIIIe siècle, postérieurs à 1703, date à laquelle un procès-verbal d'état des lieux mentionne que tout le château était couvert de tuiles plates. Le bâtiment, ainsi que ses dépendances, se situe dans une vaste enceinte irrégulière de plan plus ou moins centré, comportant encore quelques éléments de défense. En 1652, il était suffisamment fortifié pour pouvoir servir de lieu de refuge aux habitants. Les régiments logés sur la paroisse de Balanzac, aux villages des Planches et du Rouzeau menacèrent de piller le château où les habitants avaient pu transporter leurs meubles. Pour éviter un malheur, la population dut faire une collecte d'argent et fournir de l'avoine aux troupes. Dans la cour, il faut remarquer l'élégant puits couvert par une coupole de pierre. 

 Éléments protégés MH: la façade principale et les deux façades latérales du château, les toitures correspondantes: inscription par arrêté 16 avril 1957. Le château, avec ses boiseries et sa galerie, les bâtiments de communs, le puits, l'enceinte avec ses tours et sa chapelle, ainsi que le sol de la parcelle : inscription par arrêté du 4 octobre 1994. 

 château de Balanzac 17600 Balanzac

   

 

Château de Beaufief

Il semble qu'un premier château ait été élevé au XVIe siècle par Jean d'Abillon lorsque celui-ci acquit de Charlotte de La Trémouille une partie des droits de l'ancienne seigneurie du Cluzeau. La tradition assure qu'à cette époque, la vieille forteresse aurait été abandonnée et que ses pierres servirent à construire Beaufief. La famille d'Abillon, qui a donné plusieurs maires à la ville de Saint-Jean-d'Angély, notamment en 1547 et 1582, conserva tant bien que mal le château, devenu souvent l'enjeu de bandes armées lors des guerres de Religion. Ruiné, Josué d'Abillon ne put empêcher la mise sous séquestre du château. Sa veuve, Madeleine d'Abillon, fit constater, en 1652, "les dégâts commis en la maison de Beaufef par les gens de guerre qui ont journellement passé et séjourné en ladite maison". À la suite de longs procès, la seigneurie fut affermée judiciairement en 1668 et 1677, puis saisie et adjugée pour 21 000 livres, en 1680, à Charles-Louis Charrier, procureur du Roi au siège de Saint-Jean-d'Angély, au préjudice de Jacques Gaillard, écuyer, second mari de Madeleine d'Abillon. Aussitôt, François de Riveron, écuyer, seigneur de Mizac, époux de Madeleine d'Abillon, fille de Josué et de sa première épouse, Marie Philippier, présenta une surenchère de 100 livres. Il parvint à se faire adjuger Beaufief dont il prit possession dès le 12 septembre. La fille de François de Riveron, Charlotte, épousa, en 1694, Henri de Collincourt, écuyer, seigneur de Presle, auquel elle apporta le château. Il semble que la misère ait poursuivi les Collincourt car ils habitent une maison à Mazeray et un petit logis à Saint-Jean-d'Angély. En 1724, Henry de Collincourt fit constater l'état du logis et des dépendances de Beaufief. Sa fille Charlotte épousa, en 1722, Charles Mollein de La Vernède, et, devenue veuve, dut vendre la maison de Mazeray avant de se remarier à Pierre Mesnard, seigneur de Bessé en 1756. Le 2 septembre 1760, elle laissa le logis et les terres à son gendre François Gaudin contre une rente de 2 000 livres, mais celui-ci oublia de verser son dû; venant d'acquérir la terre de Ternant, il la vit saisir au nom de sa propre belle-mère ! Cette dernière fut remise en possession de Beaufief par sentence du siège royal de Saint-Jean-d'Angély, du 19 février 1768. Quelques mois plus tard, elle vendit la seigneurie pour 66 000 livres, à René-Joseph-Benoît Perraudeau, avocat au siège de Saint-Jean-d'Angély. 

 Aussitôt, le nouveau propriétaire fit raser le logis et construire le château que l'on voit actuellement. Né en 1733, il devint secrétaire de l'ordre de la noblesse aux États Généraux de 1789. En 1793, il fut arrêté avec ses deux fils, Élysée et Pierre, conduit à Saintes puis à la prison de Pons où ils croupirent dix-huit mois. Pendant leur transfert, ils faillirent être massacrés et furent sauvés par l'énergique commandant de leur escorte, un ancien boulanger nommé Mège. L'épouse d'un des fils put rester dans la maison de Saint-Jean dont elle avait été expulsée et qu'elle retrouva entièrement pillée par des réfugiés venus de Vendée. Par la suite, les Perraudeau résidèrent au château jusqu'à la fin du XIXe siècle. A l'orée d'un bois, plusieurs avenues mènent à la grille ; deux piliers du XVIIIe siècle qui étaient ornés de très beaux lions de pierre (hélas vendus) marquent l'entrée d'une grande avant-cour. Après avoir passé un saut-de-loup, on entre dans une vaste cour, avec au fond, le logis entouré de servitudes. D'architecture très sobre, le château se compose d'un pavillon central avec un fronton triangulaire où les armoiries ont été massacrées sous la Révolution, et de deux ailes un peu moins élevées et légèrement arrondies. La façade nord, très simple, possède un beau balcon Louis XV en fer forgé. A l'intérieur, le hall d'entrée présente un élégant escalier avec rampe en fer forgé. À l'extrémité ouest, une petite chapelle Louis XV possède de jolies gypseries récemment restaurées. Un très grand parc arboré, dont une partie appartient à la ville de Saint-Jean-d'Angély, offre l'ombre de vieux arbres et une charmille. A l'ouest, un pigeonnier monumental a de belles lucarnes XVIIe siècle; sa porte était surmontée des armoiries des Collincourt; cet écusson, très abimé sous la Révolution, permet de voir un lion rampant, sommé d'un casque d'où partent des lambrequins. Arraché pour agrandir la porte, il se trouve au musée Arthur Bonnet à Saint-Jean-d'Angély. 

 Éléments protégés MH: les façades et les toitures, la cheminée de la salle à manger du rez-de-chaussée, la rampe en fer forgé de l'escalier intérieur, les boiseries du salon du premier étage, les stucs de la chapelle : inscription par arrêté du 4 octobre 1973. 

 château de Beaufief 17400 Mazeray

   

 

Château de Beaulieu

La déclaration des fiefs d'Aunis, en 1539, apprend que la terre et seigneurie de Beaulieu, "sise au village de Luché", appartenant à Bonnaventure des Chaulmes, relevait à hommage lige du seigneur de La Laigne et de l'évêque de Maillezais, au devoir d'un demi marc d'argent à muance de seigneur et de vassal. Quelques années plus tard, elle était aux mains de Pierre Desmier, fils de François, écuyer, seigneur de Chenon et de Mirande, marié en premières noces à Catherine de Barbezières puis, en secondes noces, à Jeanne de Châteauneuf. Il rendit aveu et dénombrement au seigneur de La Laigne, en 1563. Du second lit, il avait eu un fils, Alexandre, écuyer, seigneur de Beaulieu, lequel laissa une fille, Suzanne encore mineure en 1599. Elle devint dame de Beaulieu et épousa Joachim de Chaumont, chevalier, seigneur de Cherves, puis en secondes noces, Charles Bidaud, écuyer, seigneur des Bugaudières. Suzanne Desmier semble être décédée sans postérité et, en avril 1659, les terres de Beaulieu-Mirande et de Roussillon revinrent par héritage à son cousin, Antoine Desmier, chevalier, seigneur de Domezac. A la fin du XVIIe siècle, l'hôtel noble de Beaulieu-Mirande appartenait à Julien Gaillardon, qui en fit foi et hommage au seigneur de La Laigne en 1696. Après sa mort, la seigneurie fut divisée en plusieurs parties entre ses héritiers, puis réunie grâce à la patience d'Isaïe-Charles Toutan-Beauregard, maître chirurgien à La Rochelle, lieutenant du premier chirurgien du Roi qui acheta, une à une, les différentes parts, en 1738, 1739, 1750 et 1751. Quelques années plus tard, en 1755, il fournit l'aveu et dénombrement de sa terre à Nicolas des Cars, marquis de Pérusse, seigneur de La Laigne. L'année suivante il procéda, de son vivant, au partage des ses biens entre ses différents enfants. La seigneurie de Beaulieu-Mirande échut à son fils aîné, Charles-Étienne Toutan-Beauregard, qui la vendit presque aussitôt moyennant 10 500 livres à Marie-Angélique Fichon de Beaumont, demeurant à Rochefort. La nouvelle dame de Beaulieu s'était fait prêter la somme nécessaire à l'acquisition par son frère, Pierre-Charles, maître des Eaux et Forêts d'Aunis. 

 Cependant, elle ne fut pas dame de Beaulieu longtemps puisqu'un des frères du vendeur, Jean-Baptiste Toutan, prêtre, curé d'Angoulins, fit valoir son droit de retrait lignager. Il parvint à rentrer en possession de la terre de Beaulieu en 1761. En octobre de l'année suivante, il arrenta ses domaines de Beaulieu-Mirande et de Roussillon (ce dernier attribué lors du partage de 1756) à Pierre- Gabriel Admyrauld, négociant à La Rochelle (1723-1782), et à son épouse, Marguerite Giraudeau. A la suite du décès de leur fils Charles-Élie, Beaulieu revint en 1793 à son frère, Jean-Louis Admyrauld (1760-1835), d'abord armateur, devenu maire de La Laigne et de Cram-Chaban, député, membre du Conseil Supérieur du commerce à Paris, et enfin nommé préfet de la Charente-Inférieure en 1830, poste qu'il occupa jusqu'à sa mort. De son union avec Henriette-Julie Suidre, il eut huit enfants. C'est à son dernier fils, Louis-Ernest-Henri (1805-1873), que revint le château de Beaulieu. Celui-ci laissa deux enfants dont Marie qui épousa un avoué près le tribunal de Fontenay-le-Comte, nommé Guerry. Ils vinrent s'installer à Beaulieu, en 1874. Par la suite, le château passa par mariage aux mains de la famille Clerc qui le vendit, en 1989, à son actuel propriétaire. Depuis cette date, de très importants travaux de restauration ont été entrepris afin de sauver les bâtiments de la ruine et d'effacer les traces de nombreuses années d'abandon. Le château de Beaulieu est un pittoresque édifice, des XVIe et XVIIe siècles, comportant un bâtiment central en fond de cour percé de curieuses lucarnes, sur lequel s'adosse, à chaque extrémité, un pavillon couvert d'ardoise renfermant un escalier, chacun étant prolongé par une aile flanquée d'une tour cylindrique à toit de tuiles creuses. Ces deux ailes encadrent une grille en fer forgé de belle facture que l'on doit à la famille Admyrauld, à la fin du XVIIIe siècle. Parmi les dépendances, il faut remarquer une fuie cylindrique, et, dans le parc, une amusante fontaine. 

 Éléments protégés MH: la grille en fer forgé fermant la cour : inscription par arrêté du 2 mars 1993

 château de Beaulieu 17170 La Laigne

   

 

Château de Beaulon

Le château de Beaulon ne prit ce nom qu'au XVIe siècle, lorsque la seigneurie de Saint-Dizant passa à la famille Beaulon. La première mention de la terre de Saint-Dizant apparaît en 1487, lorsque Pierre de Vallée, conseiller du Roi en la cour du parlement de Bordeaux, agissant au nom de Michel de Vallée, son frère, rendit hommage à Marguerite de Culant, veuve de Louis Harpedanne de Belleville, seigneur de Cosnac. Quelques années plus tard, la terre passa aux mains de maître Pierre Beaulon, sans doute peu avant 1502, date à laquelle il passait une transaction avec le comte de Cosnac, Gilles Harpedanne de Belleville. C'est vraisemblablement quelques années après que Pierre Beaulon fit entreprendre la construction du corps de logis que nous connaissons. Sa famille conserva la seigneurie jusqu'à la fin du XVIe siècle. Au début du règne d'Henri IV, Hélie de Beaulon, écuyer, conseiller du Roi au grand conseil ayant hérité la seigneurie de Saint-Dizant de son frère aîné, François, conseiller au parlement de Bordeaux, mort sans enfant de son mariage avec Françoise de Talleyrand, eut de sérieuses difficultés avec les Jésuites de Bordeaux. N'ayant point payé une rente annuelle de 666 écus, ceux-ci firent saisir la seigneurie dont ils s'attribuèrent la jouissance. Cependant ayant été déclarés peu après "notoirement ligueurs et rebels et retirez à Périgueux et autres villes", le roi Henri IV intervint directement dans le procès qui opposait les Jésuites à la famille Beaulon, par un arrêt daté de Mantes, le 6 juillet 1591, ce qui ne fit que raviver les querelles. Sans doute à la suite d'une saisie, la terre de Saint-Dizant et de Beaulon, revint à François-Théodore de Nesmond, conseiller au parlement de Bordeaux, lequel en était seigneur en 1622. 

 Quelques années plus tard, en 1635, François-Théodore de Nesmond parvint à acquérir de son suzerain, le comte de Cosnac, la haute justice sur ses terres de Saint-Dizant et de Beaulon. En 1712, Guillaume-Urbain de Lamoignon, comte de Launay et de Courson, maître des requêtes ordinaires de l'hôtel du Roi, intendant de la généralité de Bordeaux agissant pour Monseigneur François de Nesmond, évêque de Bayeux, conseiller du Roi, vendit à Louis-Amable Bigot, conseiller du Roi en la grand chambre de la cour du parlement de Bordeaux, moyennant 50000 livres, la terre et seigneurie de Saint-Dizant et Beaulon, avec droit de haute, moyenne et basse justice, droit de pêche et de chasse, relevant du comte de Cosnac et d'autres seigneuries. Elle lui appartenait comme héritier de son frère puîné, Henry de Nesmond, et de leur père, François-Théodore. A Louis-Amable Bigot, succédèrent son fils, Joseph, conseiller au parlement de Bordeaux, marié en 1729, puis son petit-fils Pierre, marié en 1781 avec une des filles du seigneur de Roussillon. Il mourut quelques années après laissant deux enfants, Joseph-François et Charlotte-Adélaïde de Bigot, qui possédaient le château et les terres, le tout estimé à 120000 livres, en 1789. Par la suite, Charlotte-Adélaïde de Bigot, mariée à Josias de Brémond d'Ars, resta seule propriétaire du domaine qu'elle vendit en 1833, à Amédée-Pharamond de Laporte, directeur de l'enregistrement à Niort. Celui-ci ne l'habita pas, le laissant à des fermiers; Rainguet écrivait, en 1864, que "l'état de dégradation et de ruine dans lequel était laissé ce château témoignait de l'absence prolongée des maîtres du logis...", ce qui dura plus ou moins jusqu'à son achat, en 1942. 

 Le château de Beaulon, installé dans un écrin de verdure agrémenté par ses célèbres résurgences naturelles, dites "Fontaines bleues", comporte un simple corps de logis datant sans doute des années 1520, mais encore très marqué par les influences du style gothique flamboyant. Le corps principal du bâtiment, couvert d'ardoise possède de hautes toitures à rampants ornés de crochets. Sur sa façade postérieure, on remarque une admirable lucarne flamboyante à moulures prismatiques ponctuée de pinacles élevés, supportés par des colonnes torsadées. Cette construction fut mise au goût du jour au milieu du XVIe siècle, lorsqu'on fit élever l'escalier rampe sur rampe contenu dans le pavillon situé au milieu de la façade antérieure, vraisemblablement substitué à une tour polygonale d'escalier, et lorsqu'on remania les baies sur jardin et que l'on fit élever une seconde lucarne à pilastres plats surmontés par un fronton triangulaire. Par sa situation et ses proportions, le château de Beaulon est un excellent exemple "d'hôtel noble", élevé à la fin de la grande période de reconstruction qui suivit les Anglais. L'absence de tourelles et d'éléments de fortifications, côté jardin, s'explique sans doute par le fait que la seigneurie n'eut pas le droit de haute justice avant 1635. Isolée des bâtiments, la fuie ronde, couverte de tuiles plates, porte le millésime de 1740. Bien que de proportions modestes, le château de Beaulon n'est pas moins d'une qualité architecturale remarquable. Avec son parc, il est une des plus belles étapes de la "route verte", longeant la rive droite de la Gironde. Le corps de logis a été récemment restauré de façon remarquable. 

 Éléments protégés MH: les façades et les toitures, l'escalier, les trois cheminées les plus anciennes situées : au rez-de-chaussée, dans la salle à manger et dans la cuisine et à l'étage dans la chambre à l'extrémité orientale du château, la fuie : inscription par arrêté du 16 décembre 1987. 

 château de Beaulon ou des Enigmes 17240 Saint-Dizant-du-Gua 

Téléphone : 05 46 49 96 13 

 

 

Château de Berneray

On ne manque pas de remarquer le château de Berneray, dominant de sa tour d'angle les grandes prairies qui l'entourent. La première mention du lieu date de 1458, lorsque Jean de Saint-Hilaire, seigneur de La Raimondière, fit une baillette de son hébergement de Berneray en faveur de Pierre Caillard. Il faut ensuite attendre 1598, pour trouver une autre mention d'un propriétaire. À cette date, Pierre Éveillard, fermier de la châtellenie de Champdolenit, s'intitulait sieur de Berneray. Quelques années après, en 1634/1635, le logis appartenait à Jean de Saulières, écuyer, seigneur de Lescure et de Berneray, époux de Suzanne Isle, auxquels on doit sans doute le château actuel. Leur fille, Marie, épousa Casimir de La Rochefoucauld, chevalier, seigneur des Touches, et lui transmit la seigneurie. Elle lui donna quatre filles: Marie de La Rochefoucauld, mariée à Josias de Robillard, chevalier, seigneur de Champagné ; Madeleine de La Rochefoucauld, mariée à Jacques de Berne, écuyer, seigneur de L'Houmée, paroisse de Saint-Laurent-de-la-Prée; Élisabeth de La Rochefoucauld, mariée à Jean-Baptiste Dupuy, écuyer, seigneur de La Martinie, en Périgord; et enfin Suzanne de La Rochefoucauld, restée demoiselle. Josias de Robillard et Marie de La Rochefoucauld moururent prématurément, laissant, en 1686, une fille, Thérèse, placée sous la tutelle de Casimir Prévost, chevalier, seigneur de L'Ileau et de Touchimbert, qui prit possession du château de Berneray, en son nom, en 1690. Thérèse de Robillard mourut jeune, le 29 avril 1699, laissant pour héritiers ses tantes et ses oncles. La seigneurie revint à Élisabeth de La Rochefoucauld, épouse de Jean- Baptiste Dupuy de La Martinie. C'est alors que Madeleine de Saulières, veuve en premières noces de Louis de Salbert, seigneur de Soulignonne et en secondes noces d'Alexandre Roulin, chevalier, seigneur de La Mortmartin, chercha à recouvrer des sommes lui étant dues sur la terre de Berneray. 

 En janvier 1705, elle demanda, pour cette raison, qu'il soit interdit à Élisabeth de La Rochefoucauld de couper les bois de haute futaie du parc, ce qui lui fut accordé par la cour du parlement de Bordeaux. En 1709, c'est Suzanne de Lestang, donataire de Madeleine de Saulières, qui obtenait un arrêt du parlement de Bordeaux contre la dame de Berneray. Élisabeth de La Rochefoucauld ne pouvant rembourser Suzanne de Lestang, dut, dès 1710, lui céder Berneray à titre d'engagement, moyennant 36 000 livres. Deux ans plus tard, la jeune Suzanne de Lestang épousa Benjamin Maichin, seigneur de Bessé et de Trézence et lui apporta la seigneurie de Berneray. En 1722, il en rendit hommage au comté de Taillebourg, précisant que sa terre de Berneray en relevait au devoir d'une paire de gants blancs évaluée à 5 sols. Il laissa trois filles: Marie-Anne-Henriette, épouse de Jean-Jacques de Rousselet, écuyer, seigneur de Vivroux, Suzanne, épouse de Jean Meaume, trésorier des finances; et Julie, épouse de Charles de Bouvot. Elles partagèrent les successions de leur père et mère en 1750. Le château de Berneray échut alors à Marie-Anne-Henriette Maichin qui en rendit hommage, en 1754, au comte de Taillebourg. Elle épousa par la suite, en secondes noces, Louis-Charles, marquis de Ponthieu, seigneur de Forgette, et vendit, en 1771, à son gendre, Henri Molein de La Vernède, chevalier, seigneur de Rimbaud, époux de Suzanne-Henriette de Rousselet, sa terre de Berneray. En 1790, il en était toujours propriétaire, et la seigneurie était estimée à 62 000 livres. Berneray serait passé aux mains de la famille Chastenet, puis aurait été vendu en 1857 à Jacques-François Louveau de La Règle, lieutenant de vaisseau, marié à Françoise Desprez de Montpezat. 

 Face à de grandes dépendances, formant un U, le château de Berneray est un long corps de logis dont la partie centrale, plus haute, abrite la cage d'escalier formant une sorte de pavillon que prolongent deux ailes plus basses d'inégales longueurs. Côté jardin, l'une des deux ailes est flanquée d'une tour cylindrique coiffée d'une poivrière recouverte aujourd'hui de tuiles plates. Les combles en surcroît du logis sont éclairés par une série de fenêtres passantes en lucarnes. Côté cour, la partie centrale est dotée d'une belle porte à fronton triangulaire coupé supporté par des pilastres cannelés. Ses écoinçons et l'entablement sont décorés de feuilles de lauriers. La date de 1633 gravée sur cette porte permet d'attribuer la construction du château à Jean de Saulières et à son épouse, Suzanne Isle. Le parti adopté ici montre l'hésitation entre deux concepts de la maison noble à cette époque: d'une part un corps de logis s'organisant autour d'un pavillon central renfermant la cage d'escalier, que prolongent deux ailes plus ou moins symétriques, interprétation provinciale du style Louis XIII (modèle particulièrement en vogue en Aunis), d'autre part un élément fort dans l'angle symbolisé ici par la tour cylindrique, ce qui rappelle certaines maisons nobles saintongeaises du début du XVIIe siècle, s'organisant à partir d'un angle. 

 Éléments protégés MH: la porte d'entrée Louis XIII du bâtiment central : inscription par arrêté du 29 novembre 1948. 

 château de Berneray 17350 Saint-Savinien

   

 

Château de Bonnemie

La seigneurie de Bonnemie figure dans les chartes dès 1086. A cette date Guy comte de Poitiers et de Gascogne, duc de Guyenne et de l'île d'Oléron, cède à Ebles de Chatellaillon, le puissant seigneur de Bonnemie, l'église et la paroisse de Saint-Georges-d'Oléron ainsi que plusieurs fiefs dans l'île. Cependant le seigneur dut renoncer par la suite à ces donations illégales. Ces biens en effet avaient été attribués en 1040 à l'abbaye de Vendôme qui les revendiquait, menaçant même le donateur et l'acquéreur d'excommunication. Ce n'est qu'en 1208 qu'apparaît à nouveau dans les textes, le titre de seigneur de Bonnemie et du Fouilloux en 1245. Un inventaire effectué en 1723 selon les volontés testamentaires de Marc-Antoine Le Berton, montre que le mobilier du château était estimé à 13291 livres 18 sols. On peut affirmer que les seigneurs de Bonnemie possédaient une fortune non négligeable bien que Marc-Auguste ait laissé à sa mort, en 1755, un actif de 359463 livres et 112300 livres de dettes auxquelles on pouvait ajouter des gages non payés depuis un ou deux ans aux domestiques du château. En effet, Bonnemie au milieu du XVIIIe siècle était évaluée en partage à 194000 livres, somme à laquelle s'additionnait la valeur de 150000 livres pour chacune des seigneuries de La Barde, Fagneuse, Léoville, Saint-Médard et 50000 pour celle de Préguillac. Mais l'aisance des Le Berton prit fin à la Révolution, laquelle ruina la famille en lui supprimant les rentes, dîmes, revenus et avantages matériels de toute sorte. En leur possession depuis 1545, les Le Berton finirent par vendre, le 18 novembre 1894, ce qui restait de la seigneurie à M. Camille Rivasseau adjoint au maire de Saint-Pierre. 

 Le seigneur de Bonnemie (maison noble la plus importante de l'île jusqu'à la Révolution) avait droits de haute, moyenne et basse justice. Jean de Fors descendant des précédents mourut en 1376, probablement sans successeur puisqu'à cette date, la seigneurie est détenue par Clos de Céris. Pour une raison inconnue la terre de Bonnemie est partagée en 1388 entre Jean de Céris, écuyer, et Jean Peyron, écuyer, seigneur du Fouilloux, qui deviennent alors seigneurs en partie de Bonnemie. En outre, à ces deux familles s'ajoutent d'autres noms notamment Hercule Barbezière, écuyer, seigneur en partie de Bonnemie et de La Grossetière en 1571, ainsi que de Portal de Geay vers 1594. Pierre Jourdain rend aveu à son suzerain en 1608 pour sa terre de Bonnemie qu'il tient de son épouse Marie, fille de François Céris. Toujours par alliance le domaine échoit en 1545 à Jean Le Berton, écuyer, seigneur de L'Aiguille près de Libourne, et de L'Ile d'Aix, baron en partie de Mornac. Cette famille conservera Bonnemie jusqu'en 1594 et selon toute vraisemblance elle en reprit la totalité en 1599, date où Anne de Pons l'érigea en baronnie renonçant pour elle et ses successeurs au droit d'hommage sur la seigneurie. Dorénavant les Le Berton étaient tenus de faire leur devoir au roi de France, mais en 1621, suite à une plainte de Loup de Grenier, seigneur de Dolus, hostile à cette faveur, ils durent se soumettre à rendre hommage au seigneur d'Oléron. 

 Entouré d'un mur d'enceinte, le château de Bonnemie se compose de deux corps de logis en équerre flanqués de deux tours circulaires sur la façade sud et d'un pavillon, à l'extrémité de l'aile nord-sud, abritant la chapelle. L'emplacement de l'escalier en œuvre est repérable de l'extérieur en raison de sa toiture à l'impériale couverte d'ardoises en écailles, caractéristique du XVIIe siècle. L'édifice fut vraisemblablement remanié à cette époque, mais conserve cependant quelques éléments de défense du XVe siècle, comme les archères canonnières percées dans la tour sud-est et la bretèche protégeant la porte de la tour sud-ouest qui constituait l'entrée du château. On doit aux Le Berton la suppression de créneaux et la couverture en ardoises sur charpente, la troisième tour, carrée elle, et le donjon au curieux dôme galbé couvert d’ardoises en écailles. Dans son mémoire historique de l’isle d’Oléron, Marc Antoine Le Berton, donnera à la fin du règne de Louis XIV, une idée de la vie insulaire plus proche de la vie continentale qu’il n’y paraît aujourd’hui. L'édifice est acheté au XXe siècle par la commune de Saint-Pierre qui doit en faire un bâtiment ouvert au public. 

 Éléments protégés MH: les façades et les toitures : inscription par arrêté du 1er septembre 1981. L'intérieur du château : inscription par arrêté du 4 octobre 1994 

 château de Bonnemie 17310 Saint-Pierre-d'Oléron

  

 

Château de Bouchereau

Le château situé dans le hameau de Bouchereau, autrefois "Bourg-Charreau", doit être le siège d'une seigneurie locale depuis au moins les XIIe ou XIIIe siècles, si l'on en croit quelques vestiges architecturaux subsistant. Il s'agit d'un fief tenu, "à hommage lige à dix soulz", du "chastel, chastellenie et terre de Thors" (commune située à quelques kilomètres au sud de Matha). Ce n'est qu'au début du XVe siècle que "l'hébergement de Bourg Chareau" apparaît dans les textes. Un aveu et dénombrement du 8 novembre 1419 indique que l'ancien propriétaire du domaine est "feu Jehan Rogder, par le temps qu'il vivait seigneur de Bourg-Chareau", et que les héritiers sont les deux filles de ce dernier, "Marguerite et Marie Rogières". L'hommage est dans ces conditions rendu par un tuteur, Léonnet de Latre, certainement l'époux de l'une des deux soeurs. En 1419, Bouchereau est un petit domaine essentiellement viticole et, concernant les habitations, Léonnet de Latre déclare à son suzerain, outre le "coulombier" et quelques maisons situés dans le hameau, son "hébergement de Bourg Chareau avec la sale et tour ancienne, assis d'un costé jouxte la grant sale neuve et l'append tenant à ladite sale, et d'autre costé fiert au grant chemin public par lequel l'on voit de Maconville à Nevic". Le 27 février 1433, Léonnet renouvelle, exactement dans les mêmes termes, son dénombrement à "Yzabeau de Vivonne, dame de Thors" mais il se dit cette fois, en propre, "seigneur de Bourg-Charreau". Une centaine d'années plus tard le domaine appartient encore à la famille de Lastre, en la personne de Antoine, écuyer, marié en 1528 à Catherine de Livenne et qui vit toujours à Bouchereau en 156l3. Les de Lastre porte "d'azur à trois tours crénelées d'argent nervurées de sable deux etun". Le fils d'Antoine, Jean, épouse Louise de Saint-Amand en 1574 et c'est certainement lui qui va réaliser vers le début du XVIIe siècle d'importantes reconstructions pour rendre l'ancien "hébergement" de Bouchereau plus à même de supporter l'assaut de petites troupes en ces temps de guerres civiles. Le 9 mai 1598 il obtient en effet la permission "de battir un château au dit lieu deBoucheraud, à la charge de tenir à foy et homage dudit seigneur et dame de Thors". Ce document montre bien que le logis avait alors en cette fin du XVIe siècle, perdu tout élément défensif, la "tour ancienne" citée en 1419 pouvant alors être tombée en ruines, pour que le seigneur du lieu soit contraint de requérir l'autorisation de son suzerain avant de réaliser de nouveaux travaux de fortifications. Les de Lastre resteront maîtres de Bouchereau jusqu'à la période révolutionnaire et leur filiation est assez bien connue grâce à des contrats de mariage qui sont parfois "passés au logis noblede Bouchereau". Mentionnons par exemple Jean de Lastre, écuyer, "seigneur de Bouchereau et de la Touche-Marteau" qui paye en 1698 une imposition de 800 livres "pour le Bouchereau", ou bien Jean-Nicolas, lieutenant de cavalerie au régiment de Chartres, qui est tué à Saint-Jean-d'Angély, le 31octobre 1758, au cours d'un duel. Le 7 novembre 1786, Charles-François de Lastre, chevalier, seigneur de Bouchereau et baron du Cluzeau-Bignay, signe une procuration à son épouse Marie-Françoise de Lestang pour qu'elle puisse vendre "le fief et seigneurie de Bouchereau et les biens nobles et roturiers qu'il possède en la paroisse de Marqueville et dans ses environs". Les de Lastre, qui habitent désormais le château de Bignay, vont donc se désaisir du domaine de Bouchereau au profit de la famille Arnaud vers la fin du XVIIIe siècle. Dans les années 1920, Bouchereau appartient aux Reveillaud, héritiers des Arnaud, puis à M. Caillé. Ce dernier revend en 1942 la terre à Célestin Jobet qui le cède en héritage le 25 février1948 à Pierre Jobet, père de l'actuel propriétaire, passionné des vieilles pierres et qui va réaliser les premières restaurations sur l'édifice. 

 A l'aplomb de cette lucarne et entre les deux contreforts les plus rapprochés, la porte d'entrée du logis est par contre peut-être plus tardive (XVIIIe ou XIXe siècle), avec son chambranle à fasces et crossettes, son,encadrement de pilastres toscan et son entablement aux moulures assez sèches. Quelques vestiges situés dans la moitié ouest des façades dénotent cependant la haute ancienneté de l'architecture. Il s'agit d'abord, au rez-de-chaussée et près de l'angle sud-ouest, d'une meurtrière d'éclairage ornée d'un chanfrein et dont le linteau est délardé en mître. A l'étage ensuite existent, sur la façade sud (quart ouest) et au milieu du mur-pignon occidental, deux baies murées d'origine, constituées chacune de deux lancettes géminées qui pouvaient être séparées par une colonnette et dont les linteaux sont délardés soit en arc brisé soit en trilobé. Les éléments défensifs du logis de Bouchereau consistaient en deux échauguettes placées aux angles de la façade méridionale. Celle du sud-est s'est écroulée lors de la tempête de 1935 et elle était semblable à celle qui subsiste, au sud-ouest. Construite en grand appareil, cette dernière est cylindrique et repose sur les contreforts d'angle par l'intermédiaire d'un culot mouluré de quarts-de-rond. Elle est percée de fines fentes de tir et, en partie basse, de trous pour le passage des volatiles. En effet, l'intérieur de l'échauguette, couvert d'un toit d'ardoise en poivrière, servait non seulement de pièce de guet mais aussi de pigeonnier grâce à l'installation de trous de boulin globulaires en terre cuite, maçonnés entre eux. Ces échauguettes ont été édifiées au moment de la remise en état de l'ancien donjon, sans doute arasé au cours des guerres de Cent Ans, et elles pourraient bien remonter aux années 1598, date de l'autorisation de fortifier accordée au seigneur de Bouchereau. Le couronnement de la façade sud est peut-être contemporain de cette campagne et il se compose de dalles de pierre en surplomb, formant corniche, aujourd'hui recouvertes par la couverture en tuile canal mais qui devaient primitivement faire office de chéneau puisque deux départs de gargouilles sont encore nettement visibles. La façade nord du logis, à l'intérieur des dépendances est fortement masquée par des structures récentes mais on peut y déceler quelques ouvertures murées et des départs de voûtes appareillées qui montrent que la construction se poursuivait de ce côté, peut-être dès l'origine. L'ancien donjon pouvait alors avoir été du type de celui de Montbron, avec un mur de refend longitudinal qui le partageait en deux salles voûtées. L'accès le plus ancien du logis se situe dans le bas du mur-pignon ouest, aujourd'hui camouflé par un appentis. Il s'agit d'une large porte en arc plein cintre, à impostes, surmontée d'une baie rectangulaire. L'ébrasement intérieur est recouvert de deux séries de poutres de bois, une pour la porte, l'autre pour la fenêtre. Des traces de reprises montrent que cette ouverture a été pratiquée après coup, peut-être encore une fois lors des réaménagements fin XVIe début XVIIe siècle, et qu'il n'existait à l'origine à cet endroit qu'une meurtrière d'éclairage dont on aperçoit encore, au dessus de la fenêtre, la partie supérieure, avec linteau délardé en mitre, tandis que l'ébrasement intérieur était couvert par un linteau sur coussinets. L'intérieur se compose de deux blocs distincts, qui se différencient parfaitement au niveau du rez-de-chaussée. La moitié ouest, d'abord, est une grande salle, vestige de l'ancien donjon. Elle est dotée d'un beau berceau appareillé, en arc brisé, consolidé à peu près au tiers de sa longueur par un épais doubleau à l'aplomb duquel un mur de refend, muni d'une cheminée, a été construit postérieurement. La voûte est percée, contre le revers de la façade ouest, d'une trappe rectangulaire qui permettait une communication avec l'étage. Le mur oriental de la salle est percé en son milieu d'une fenêtre rectangulaire à couvrement de poutres de bois tandis qu'au dessus restent visibles les vestiges, murés, d'une baie romane. C'est donc bien à cet endroit que se terminait la construction primitive, même si ce mur ne fait plus aujourd'hui qu'environ un mètre de largeur.

 La moitié orientale du logis semble donc avoir été rajoutée, peut-être au XVIIIe siècle, dans un esprit architectural homogène avec la partie existante (moyen ou petit appareil, contreforts plats),excepté en ce qui concerne l'épaisseur des murs et le côté Est, en moellon. Cette hypothèse implique de voir en î'échauguette sud-est, aujourd'hui disparue, soit une copie tardive, soit un remploi d'un élément XVIe XVIIe siècle. L'intérieur n'a reçu aucun voûtement mais on profita de cet agrandissement pour faciliter la distribution verticale au moyen d'un solide escalier en bois suspendu, tournant à gauche et orné de fins balustres tournés, qui fut aménagé entre l'ancienne façade Est et un mur de refend. Cet escalier,en ormeau, a été restauré avec soin et respect par Pierre Jobet. Les pièces carrées situées dans cette partie Est du logis, comporte une décoration assez récente. Au rez-de-chaussée, il s'agit de motifs stuqués de style Empire, sur la petite cheminée et en couronnement des murs. La chambre de l'étage possède une grande cheminée en pierre à jambages courbes et une alcôve avec penderie, ménagée au moyen d'une cloison ornée de panneaux rectangulaires dans le haut et à moulures légèrement chantournées dans le bas. La charpente au dessus de cette portion de bâtiment est des plus simple, à panne au dessus de la cage d'escalier et à ferme classique, munie d'aisseliers, au dessus de la chambre. Deux des trois pièces de l'étage, situées dans la moitié occidentale du logis de Bouchereau, ont gardé des éléments parfois important de leur ancienne disposition. La chambre centrale, d'abord,contient sur le mur ouest une élégante cheminée du XVIIe siècle dont le manteau peint en faux-marbre, est abondamment mouluré, sur le chambranle et, après un étranglement, sur la corniche à larmier du linteau. Le couronnement de la hotte droite reprend le même corps de moulures que la corniche précédente. La face de la hotte, bordée de rinceaux peints, est décorée d'un panneau dont le couronnement cintré est encadré par deux écoinçons en pointes de diamant, le tout en trompe-l'oeil. La peinture centrale représente dans un paysage, avec château imaginaire en arrière-plan, une scène dramatique : une femme échevelée en robe, se précipite sur un homme couché, habillé d'une tunique à l'antique, et se fait transpercer le coeur par une épée dressée qui semble fichée dans le sol. De nombreux repeints sont reconnaissables, sur tout l'encadrement en particulier, et un vernis brillant a été passé sur l'ensemble des pigments il y a une vingtaine d'années. De part et d'autre de la cheminée règne un lambris de demi-revêtement, en bois cirés, avec panneaux à motifs losanges. La chambre ouest ensuite, renferme sur le mur oriental, une cheminée identique à la précédente, dans les moulures comme dans la composition peinte, qui ici n'a pas été restaurée. La seule différence réside dans la forme du panneau central de la hotte, rectangulaire à angles abattus, qui contient encore un paysage avec château et personnages. L'ensemble des murs est cette fois recouvert de lambris de hauteur non peints. De part et d'autre de la cheminée, les panneaux losanges ou à motifs rayonnants, s'organisent en deux registres, autour de deux portes de communication et, au dessus, autour de trumeaux identiques à celui de la cheminée de la chambre centrale. Le trumeau de droite contenait une peinture sur bois, aujourd'hui déposée, qui représente le même type d'architecture et de paysage que celui des cheminées décrites précédemment. Les boiseries des trois autres murs de la chambre sont disposées selon trois registres horizontaux. Celui du bas, à niveau d'appui, et celui du couronnement, surmonté d'une petite corniche moulurée, sont de même hauteur et composés de façon similaire, par une alternance de panneaux étroits et de panneaux larges,sculptés de motifs en losange, en triangles rayonnants ou en damier, dans le style du XVIIe siècle. Le registre central de lambris, qui a peut-être remplacé au XIXe siècle des tapisseries disparues, est beaucoup plus simple avec sa juxtaposition régulière de trois niveaux de panneaux rectangulaires. Au milieu du mur nord, une porte murée permettait de communiquer avec une partie du logis aujourd'hui détruite et elle est surmontée d'un étonnant trumeau en bois sculpté d'un damier de pointes de diamant. Enfin, le plafond de cette pièce est également lambrissé et une combinaison de baguettes moulurées, encore conservées au niveau d'un baldaquin mais dont seule l'empreinte subsiste ailleurs, dessinait de grands motifs en losange ou en cercle. 

 Éléments protégés MH: le château, y compris son décor de lambris à l'étage : inscription par arrêté du 14 avril 1997. 

 château de Bouchereau 17490 Macqueville

  

 

Château de Burie

Le 4 juillet 1418, Pierre de Coucys, écuyer, fils aîné de Jean de Coucys et de Marthe Gireberte, dite de Beaufort, rendait aveu au seigneur de Cognac pour ses terres de Saint-Sulpice, Villars et Burie. Le château resta entre les mains de la maison de Coucys pendant plus d'un siècle. Le dernier représentant fut Charles de Coucys, époux de Suzanne Harpedanne de Belleville. C'est à ce couple que l'on doit la reconstruction du château, vers 1545, comme le montre encore une date sur une pierre remployée près d'une porte d'un mur de clôture. Ils n'eurent pas d'enfant, et la seigneurie de Burie revint à un neveu, Charles Harpedanne de Belleville, chevalier, seigneur de Sigournais, de Puybéliard et de Chantournay, époux de Claude de Rochechouart, dame de Saint-Amand-en-Puisaye. Devenue veuve et sans enfant, elle se remaria à Léonor Chabot de Saint-Gelais, baron de Jarnac. En 1614, par partage de la succession de Claude de Rochechouart, dame des seigneuries de Cosnac, Sigournais, Puybéliard, Chantournay, Saint-Amant en partie et Burie, cette dernière terre échut à Adolphe Rouault, époux de Claude Chabot de Saint-Gelais. Le couple ne garda pas très longtemps le château de Burie, passé une vingtaine d'années plus tard, entre les mains de Pierre Guinaudeau, chevalier, seigneur de Montigny et de La Longeay, gentilhomme ordinaire de la chambre du Roi, capitaine d'une compagnie du régiment de ses gardes. A la fin du XVIIe siècle, le château revint à Anne Guinaudeau, épouse de Joseph-Roch de Chasteignier, comte de Saint-Georges, seigneur de Toufou (Vienne), héritière des mineurs d'Eutrope-Pierre-Olivier de Guinaudeau, chevalier, seigneur de Montigny, de Burie, de Rocheraud-de-Villars, des Fougères et autres lieux, morts jeunes. 

 Par le mariage, le 19 avril 1709, de sa fille Gabrielle-Thérèse de Chasteignier avec Charles-Louis Chesnel, chevalier, seigneur d'Écoyeux, de Château-Chesnel, de Chazottes et de Mesnac, les terres de Burie et de Montigny passèrent aux mains de la puissante famille Chesnel. Ils laissèrent trois enfants: Marie-Thérèse Chesnel, mariée à Louis Guillouet d'Orvilliers, lieutenant des vaisseaux du Roi, Charles-Roch Chesnel, mort en 1755, sans enfant de son mariage avec Louise Poussard du Vigean, dame d'Ardennes, et enfin Marie-Élisabeth Chesnel, mariée en 1740 à Alexandre Galard de Béarn, seigneur du Repaire, de Rougnac, de Sainte-Hermine, de Sireuil, du Fâ et autres lieux, comte de Galard. C'est à cette dernière que revinrent les terres de Burie et de Montigny en 1755. La comtesse de Galard mourut en 1771, laissant pour héritiers sa sœur aînée, épouse de Louis Guillouet d'Orvilliers, seigneur de Château-Chesnel, elle-même morte sans postérité en 1780, laissant pour héritiers indirects, Jean-Henri Chasteignier du Roure, ancien commandant de la noblesse du Haut-Poitou, et Armande-Éléonore Chateignier de Saint-Georges, demeurant tous deux au château de Toufou et Charles de Béchillon, comte de Vallans, mort à la fin de l'année suivante, laissant pour seuls héritiers les Chasteignier. À la mort du comte de Vallans, la terre de Burie était estimée à 99 000 livres. Du château de Burie, il ne reste aujourd'hui que quelques bâtiments. On a peine à le reconnaître sur la gravure de Claude Chastillon appelée "le chasteau de Beurye en Saintonge". 

 Actuellement, juste derrière l'église, il subsiste un corps de bâtiment couvert d'ardoise, remonté au XIXe siècle, venant s'appuyer aux restes d'une cage d'escalier Renaissance en retour d'équerre sur trois niveaux rythmés par des pilastres, formant un point de jonction avec les restes d'une aile basse de grande qualité dont le soubassement est éclairé par une série d'oculi. Le revers de la cage d'escalier présente de multiples traces d'arrachements et vient s'appuyer sur un contrefort portant une tourelle en encorbellement encore coiffée d'une poivrière. De ce côté, la façade du corps de logis couvert d'ardoise, remonté au XIXe siècle, présente une lucarne décorée d'une statue. Dans le mur de clôture, subsistent les restes d'une porte cochère qui devait être surmontée de créneaux et de merlons fantaisie, et qui fut sans doute un des premiers exemples de ce type en Saintonge, car une pierre remployée à proximité porte le millésime de 1545. En grande partie détruit à la fin du XIXe siècle, le château ne présente plus que les restes d'une demeure de grand intérêt à peu près contemporaine de la reconstruction du château d'Usson. Bien que considérablement amoindri par les destructions successives, le château de Burie a été inscrit à l'IS.M.H. dès 1925, tant en raison de son passé historique que pour la qualité de ses restes d'architecture Renaissance. 

 Éléments protégés MH : la façade nord et la façade sud ; la porte du jardin : inscription par arrêté du 23 février 1925. 

château de Burie 17770 Burie

   

 

Château de Buzay

Au Moyen-Age, les terres sur lesquelles s'élève aujourd'hui le château appartenaient à l'abbaye de Buzay (près de Rouans en Loire-Atlantique) fondée au XIIe siècle par saint Bernard de Clairvaux qui leur donna son nom. Dès 1514, il existait une maison noble appartenant à Mathieu Hiblonneau, aux héritiers de Colas Fort et à Jean Chandenod, comme étant au lieu et place de l'abbé de Buzay. En 1539, son propriétaire, Étienne Donnisson (alias Daumusson) déclarait qu'elle relevait de l'abbaye de Buzay, au devoir de 30 livres à chaque fête de Noël. L'année suivante, François d'Orléans, marquis de Rothelin, prince de Châtellaillon, céda à Guillaume Dujau, seigneur de Ronflac, tous les droits de "fief, juridiction, supériorité" qu'il pouvait avoir sur Buzay. En conséquence, Guillaume Dujau anoblit trois ans plus tard les parties du fief de Buzay qui dépendaient désormais de la seigneurie de Ronflac, et aussitôt, Étienne Donnisson lui en rendit hommage au devoir d'une paire d'éperons blancs à mutation de seigneur ou de vassal. En 1589, Étienne Mignot, acquéreur du fief et seigneurie, en rendit à son tour hommage au seigneur de Ronflac. Cet hommage comprenait sa maison noble de Buzay "avec ses appartenances, cour, jardins, prés et bois qui sont autour, le tout dans un enclos renfermé de grands fossés et cours d'eau". À sa mort, la seigneurie fut divisée en plusieurs parties. En 1604, Daniel, Étienne, Pierre et Jacques Mignot arrentèrent les 4/5e de la maison noble et seigneurie de Buzay à Jehan Barbot, écuyer, qui avait déjà acquis auparavant les autres parties. Il en rendit hommage au seigneur de Ronfiac, dès l'année suivante. Le domaine resta entre les mains de la famille Barbot jusqu'en 1688. A cette date, il fut adjugé à Pierre Harouard, avocat au parlement de Paris, époux de Suzanne Bernon. La maison noble consistait alors en plusieurs corps de logis, celliers, treuils, granges, écurie, Cour, jardins, gardoires et plusieurs arbres fruitiers. Il y fit presque aussitôt faire d'importants travaux. 

 D'après Claude Masse, Pierre Harouard y consacra beaucoup d'argent pour faire des bâtiments qui avaient "peu d'ordre et de cimeterie". En 1698, sa veuve Suzanne Bernon, parvint à se faite adjuger la terre et châtellenie de La Jarne qui sera désormais unie à la seigneurie de Buzay, puis elle épousa en secondes noces Gaspard Bernard, chevalier, seigneur de Marigny, qui put, par la suite, se qualifier un temps de seigneur de La Jarne et de Buzay. Afin d'éviter tout problème éventuel de succession, Suzanne Bernon vendit, moyennant 49 000 livres, la maison noble, terre et seigneurie de Buzay et la châtellenie de La Jarne, à son fils, Étienne-Henri Harouard, sieur du Beignon, négociant, demeurant à La Rochelle. Il acquit par la suite la charge de conseiller secrétaire du Roi maison couronne de France et de ses finances, qui lui assura la noblesse, puis acheta, en 1750, les terres et seigneuries de Saint-Sornin et de La Barre, en Poitou. De son mariage avec Louise Bonneau, fille de Louis Torterue-Bonneau, négociant à La Rochelle, seigneur de Groleau, il eut deux fils: Pierre-Étienne-Louis Harouard du Beignon et Henri-François Harouard de Saint-Sornin. C'est au premier, en qualité d'aîné, que revinrent les terres de Buzay et de La Jarne, tandis que le cadet recevait celles de Saint-Sornin et de La Barre qu'il revendra plus tard pour acquérir le château de La Garde-aux-Valets, en Aunis. Pierre-Étienne-Louis Harouard du Beignon entreprit, à partir de 1771, de faire rebâtir le château de Buzay sur les bases de celui qui avait été reconstruit par son grand-père, quatre-vingts ans auparavant. Il fit appel à l'architecte parisien Ducret, qui en fournit les plans (un seul est signé) et à un entrepreneur rochelais, Henry Tourneur. C'est à sa fille unique, Marie-Louise-Henriette Harouard du Beignon, née de son mariage avec Marie-Agathe Petit du Petit-Val, que revint l'honneur de poser la première pierre, lors d'une cérémonie, le 1er mai 1771. Le chantier ne traîna pas. En 1774, Henry Tourneur passait un marché avec Michel Dutour, maître maçon de La Jarne, pour "parachever tous les ouvrages de maçonneries… pour la construction du château que fait construire mon dit sieur Harouard à sa terre de Buzais paroisse de La Jarne, le tout conforme au plan et élévation de Monsieur Ducret architecte à Paris et à la partie droite du dit château". Dès l'année suivante, l'édifice était terminé et aménagé, excepté le grand salon. C'est donc une demeure neuve qu'apporta en dot Marie-Louise-Henriette Harouard du Beignon à Étienne-Pierre Chérade, comte de Montbron, lorsqu'elle l'épousa, en 1787. 

 Depuis cette date, le château est toujours entre les mains de leurs héritiers directs. C'est un des édifices des plus complets et des plus homogènes du département. Le bâtiment adopte un plan ramassé, conforme aux conceptions générales du XVIIIe siècle. Le traitement de ses deux façades principales, sur cour et sur jardin ne laisse pas apparaître la double profondeur. La façade antérieure se découvre à travers une grille de fer forgé de belle qualité aux armes des Harouard et des Petit du Petit-Val, entre deux ailes de dépendances à l'architecture rythmée par une série de fausses arcades. Elle s'organise autour d'un pavillon central à combles brisés, formant portique avec pilastres et colonnes colossaux d'ordre ionique, supportant un fronton triangulaire où sont sculptées les armes des commanditaires. De part et d'autre de ce pavillon, se développent deux ailes symétriques terminées par des avant-corps latéraux dont les angles sont marqués par de puissants chaînages d'angle en refends. Çà et là, quelques baies sont discrètement ornées de guirlandes sculptées ou de corps de moulures supportés par des consoles rappelant le style Louis XVI. La façade postérieure, dominant de sa terrasse d'élégants parterres et une longue perspective à travers bois terminée par une rangée de balustres, est d'une conception plus sobre. Son centre est également marqué par le pavillon central à pilastres ioniques supportant un fronton triangulaire sculpté, au centre duquel on a placé une horloge. Les ailes le prolongeant présentent une travée supplémentaire et sont dotées d'un puissant soubassement. Toutes les baies du rez-de-chaussée sont surmontées de guirlandes sculptées, exécutées au début du XXe siècle. Sur le petit côté sud, existe encore une petite chapelle bâtie quelques années avant le corps de logis, possédant une porte d'entrée d'inspiration Rocaille. À proximité, il faut remarquer la maison du régisseur, sans doute du début du XIXe siècle, avec sa sobre façade en pierres de taille d'un style néo-classique plus sévère. L'ensemble de ces bâtiments, le parc et les jardins contribuent à faire du château de Buzay, un ensemble de grande qualité des mieux préservés du pays rochelais. 

 Éléments protégés MH: le château, ses dépendances, sa chapelle et son parc, ainsi que l'hémicycle et l'allée traversant la parcelle du Ranclos, en totalité : classement par arrêté du 4 juin 2004. 

 château de Buzay 17220 La Jarne 

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Château de Callières

L'histoire de la seigneurie de Callières est bien connue car elle appartint pendant plus de 450 ans à la famille qui lui donna son nom, laquelle conserva une bonne partie de ses archives. Le château de Callières était autrefois le siège de la seigneurie de Clérac. Son origine est connue et remonte à une transaction du 20 février 1478, par laquelle Hardouin de Maillé et sa femme Marguerite de La Rochefoucauld, seigneur et dame de Montguyon, délaissaient à Bertrand Ardillon et à son épouse, Jeanne Giraud, l'hôtel noble de Clérac avec "maisons, fuyes, garennes et autres domaines et héritages situés en la paroisse de Clérac", avec droit de basse justice, qui relèverait désormais de Montguyon à foi et hommage lige au devoir d'un "autour sor", le fief de Taillan, et l'hôtel et forteresse d'Auvignac. Bertrand Ardillon n'ayant pas eu d'enfant, Clérac et Le Taillan passèrent aux mains d'une nièce de sa femme, Pérette de Fart, mariée, le 14 mai 1492, avec Jehan de Callières, écuyer, seigneur de La Rivière, près de la Rochefoucauld, en Charente. Quelques mois après, le 17 novembre, Marguerite de La Rochefoucauld, dame de Montguyon, confirmait les effets de la transaction de 1478, et recevait de Jehan de Callières ses hommages pour les hôtels nobles de Clérac et du Pin. Vers 1623, son arrière-petits-fils, Jacques de Callières, ayant entrepris de faire restaurer son château et de relever certaines fortifications, eut maille à partir avec les officiers de son suzerain, le seigneur de Montguyon qui contestait les droits de fortification du château. 

 Jacques de Callières dut prendre un avocat et exposer que "ladite maison de clérac était le grand corps de logis tout couvert d'ardoise et fort ancien, qu'il y avait à plusieurs endroits des guérites attachées de tout temps et immémorial, qu'il était bien percé de canonnières et flanqué partout avec une grande basse-cour renfermée de fossés et de grandes murailles avec un pont-levis" dont son père et lui avaient toujours joui paisiblement . En conclusion, il demandait ce qu'il fallait répondre aux officiers de la terre de Montguyon, s'il avait "pouvoir de ne mettre guérite et pont-levis à bascule, comme autrefois et s'il pouvait mettre de l'eau dans ses fossés le tout pour la conservation de sa personne, était seigneur dudit Clérac'. Jacques de Callières dut obtenir gain de cause, car le pont-levis existait toujours en 1788. Son arrière-petit-fils, Charles-Raphaël, seigneur de Clérac, dont le père était mort presque centenaire, épousa, en 1721, Catherine de Bonnevin, dame de Coustolle, qui lui donna trois garçons. L'aîné, qui recueillit le château de Callières, né en 1722, décida de se marier tardivement, en 1783, avec une roturière, Élisabeth Verrier. Cette mésalliance choqua ses deux frères qui s'opposèrent aussitôt à la publication des bans de mariage, décrivant leur future belle-sœur comme "née de parents des plus vils, estant la fille d'un tailleur d'habits de paysan, d'un barbier, d'un sergent de basse justice, d'un fossoyeur de corps morts en qualité de sacristain, d'un boucher enfin accoutumé au sang et au carnage". Ils continuaient, affirmant "qu'elle commença par aller chercher son pain aux portes et passa ensuite à l'état de servante dans plusieurs maisons". 

 L'union eut cependant lieu ce qui permit à Élisabeth Verrier et Charles de Callières de légitimer Louis, le fils qu'ils avaient eus en 1775. Charles de Callières mourut à la veille de la Révolution en 1788. Au mois d'avril, le tuteur de Louis de Callières fit dresser l'inventaire du mobilier du château. Ce document révèle de nombreux meubles anciens, parfois en mauvais état, qui furent vendus aux enchères quelques jours plus tard. Parmi les objets décrits, on mentionne "un vieux coffre en menuzerie et sculté qui n'a pas esté estimé estant destiné pour y metre et serrer les papiers en enciens titres qui sont dans le Trésor attendu qu'ils sont mangés par les rats". Un procès-verbal établi le mois suivant, montre que les bâtiments du château n'étaient pas en meilleur état, la plupart des portes étant pourries et ne fermant pas, la majeure partie des carreaux cassés, les planchers pourris, la couverture "dérangée et couverte de mousses". La petite tour abritant l'escalier possédait en son sommet "une orloge avec sa cloche qui est dérangée et ne pouvait servir sans réparation. Quant au portail, il était si dégradé que l'on paraîssait exposé d'y passer, surtout avec des charettes et chevaux. Quant à la quille du pont- levis elle était tombée en ayant entraîné une partie du mur avec elle, et le lierre grimpait sur les murs". En 1793, Louis de Callières, héritier du château, épousa Marie-Louise de Mallet qui lui apporta le domaine voisin de La Magdeleine. Devenu soldat, il passa la Révolution sans encombre, ce qui permit à sa famille de conserver le château jusqu'en 1945, date à laquelle Charlotte de Callières le vendit à M. Fleurian.

 Situé dans un cadre pittoresque, au bord d'un étang artificiel créé sous l'Ancien Régime pour alimenter les douves du château, aujourd'hui comblées, et servir de vivier, Callières est un charmant corps de bâtiment de la fin du XVe siècle. Le logis pour le maître se situe en fond de cour et se compose d'un pavillon flanqué d'une tour d'escalier ronde, le tout en forte saillie sur les deux petites ailes qui le prolongent à droite et à gauche. L'ensemble de ces bâtiments est couvert d'ardoise, au moins depuis le XVIIe siècle; le pavillon et le corps de logis possèdent de hautes lucarnes à pignon, dotées de pinacles. L'entrée d'origine se faisait par une petite porte à accolade ouvrant dans la tour d'escalier. Tel qu'il se présente et malgré plusieurs percements de baies tardives (XVIIe-XVIIIe siècles), le château de Callières est très représentatif des "hôtels nobles" élevés dans la campagne saintongeaise, dans la seconde moitié du XVe siècle, après le départ des Anglais. 

 Éléments protégés MH: la façade Nord et les toitures du château : inscription par arrêté du 22 août
1949. 

 château de Callières 17270 Clérac