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samedi 24 janvier 2026

 

Château de Saint-Roman à Villejuif
Le château de Saint-Roman a été construit par la Famille Duret. Jean Duret, capitaine dans le régiment du prince de Conti, achète la seigneurie de Villejuif en 1672 et décide d'y faire bâtir un château et des dépendances.

Le château de Villejuif dit château du comte de Saint-Roman, est un ancien château qui se trouvait dans la ville de Villejuif[1],[2].

Historique

Villejuif, ancien château du Comte de Saint-RomanEugène Atget, 1901.

Après avoir acquis la seigneurie de Villejuif en 1672, Jean Duret, capitaine dans le régiment du prince de Conti, revend en 1674 l’ancienne maison seigneuriale au séminaire de Saint-Nicolas-du-Chardonnet[3], et se fait construire en 1680 un nouveau château[4].

En 1732, le dernier héritier Duret revend la seigneurie à Jacques Molin, chirurgien du roi. Sa sœur Suzanne, épouse d'Antoine de Serre de Saint-Roman, en hérite, et la transmet à son fils Étienne de Serre de Saint-Roman, dont les héritiers seront les derniers seigneurs de Villejuif[5], mais son fils Jacques (1745-1794) toutefois en hérite.

À la Révolution, Jacques de Saint-Roman est guillotiné tandis que son fils Alexis-Jacques de Serre de Saint-Roman fuit en Angleterre.

Villejuif vers 1880, aquarelle d'Albert Capaul. L'église se trouve sur la gauche, le séminaire - aujourd'hui l'hôtel de ville - au centre, et le pigeonner du château sur la droite.

Au début du XIXe siècle et jusqu'en 1845, les audiences du juge de paix de la commune se font dans une dépendance du château, le comte de Saint-Roman renonçant aux droits de location.

En septembre 1900, est percée l'avenue de Saint-Roman (aujourd'hui rue Eugène-Varlin), reliant l'hôtel de ville et les écoles aux derniers vestiges du château[6].

Il est ensuite divisé en logements, puis détruit en 1989[7].

Description

Le puits de la cour de la ferme et, au fond, le pigeonnier, en 1901.

D'après les clichés qu'en a pris Eugène Atget en 1901[8], plus qu'un château à usage militaire, il s'agissait davantage d'une ferme seigneuriale, construite en pierres des carrières d'Arcueil.

Son parc, vendu en 1910, s’étendait entre la rue Jean-Jaurès, l’avenue Paul-Vaillant-Couturier (anciennement avenue des Écoles) et la rue Georges-Lebigot (anciennement rue du Moutier[9]). Au no 3 et 10 de la rue du Colonel-Marchand subsistent quelques vestiges de cet ensemble architectural. Il s'y trouvait aussi un cimetière familial.

L'hôpital Paul-Brousse a été construit sur le terrain de la ferme attenante au château[10].


 

 Château de Saint-Thomas-de-Villeneuve à Bry-sur-Marne


 Château agrandi en 1764 par François Franque pour M. de Silhouette ; vendu comme bien

 Château agrandi en 1764 par François Franque pour M. de Silhouette ; vendu comme bien

 national en 1791;

 très endommagé par la guerre de 1870 et donc très restauré en 1871; parc loti à partir de 1859;

 devient institution de jeunes gens en 1903; acquis en 1924 par les soeurs de Saint Thomas 

de Villeneuve qui font bâtir la chapelle contre la façade antérieure. L'ensemble de la propriété

 comprend un parc, un jardin régulier, des parties agricoles, un colombier et une remise.

château de Saint-Thomas-de-Villeneuve, Bld Gallieni, 94360 Bry-sur-Marne, propriété privée, école.

 national en 1791; très endommagé par la guerre de 1870 et donc très restauré en 1871; parc loti à partir de 1859; devient institution de jeunes gens en 1903; acquis en 1924 par les soeurs de Saint Thomas de Villeneuve qui font bâtir la chapelle contre la façade antérieure. L'ensemble de la propriété comprend un parc, un jardin régulier, des parties agricoles, un colombier et une remise.

château de Saint-Thomas-de-Villeneuve, Bld Gallieni, 94360 Bry-sur-Marne, propriété privée, école.

Nom localInstitut Saint-Thomas-de-Villeneuve
Période ou stylearchitecture rocaille
Typechâteau d'habitation
ArchitecteFrançois II Franque
Début constructionc. 1750
Fin constructionc. 1770
Propriétaire initialAdrien Robert de Frémont d'Auneuil
Étienne de Silhouette
Destination initialemaison de plaisance
Propriétaire actuelCongrégation des Sœurs de Saint-Thomas de Villeneuve
Destination actuelleécole privée
Coordonnées48° 50′ 22″ nord, 2° 31′ 19″ est
PaysDrapeau de la France France
Région françaiseÎle-de-France
Département françaisVal-de-Marne
CommuneBry-sur-Marne


 Château agrandi en 1764 par François Franque pour M. de Silhouette ; vendu comme bien national en 1791; très endommagé par la guerre de 1870 et donc très restauré en 1871; parc loti à partir de 1859; devient institution de jeunes gens en 1903; acquis en 1924 par les soeurs de Saint Thomas de Villeneuve qui font bâtir la chapelle contre la façade antérieure. L'ensemble de la propriété comprend un parc, un jardin régulier, des parties agricoles, un colombier et une remise.

château de Saint-Thomas-de-Villeneuve, Bld Gallieni, 94360 Bry-sur-Marne, propriété privée, école.

 Château agrandi en 1764 par François Franque pour M. de Silhouette ; vendu comme bien national en 1791; très endommagé par la guerre de 1870 et donc très restauré en 1871; parc loti à partir de 1859; devient institution de jeunes gens en 1903; acquis en 1924 par les soeurs de Saint Thomas de Villeneuve qui font bâtir la chapelle contre la façade antérieure. L'ensemble de la propriété comprend un parc, un jardin régulier, des parties agricoles, un colombier et une remise.

château de Saint-Thomas-de-Villeneuve, Bld Gallieni, 94360 Bry-sur-Marne, propriété privée, école.


 Château de Santeny (Val-de-Marne)

2 route de Marolles

94440 SANTENY

Boissy-Saint-Léger (RER A) puis busBus Setra 4012 arrêt Mairie de Santeny


    Ancien domaine du Role ou Rollet. Subsiste à l'entrée le premier château du XVIIIe siècle. Nouveau château, puits et grotte bâtis en 1878 par la famille Brac de la Perrière (Martin). Ensemble de trois grilles portant les initiales A B L. Bassin actuellement comblé. Château XIXe siècle et parties agricoles aménagés en école vers 1960. L'édifice, de plan symétrique, se compose d'un étage de soubassement, d'un étage carré et étage de comble. Gros oeuvre; calcaire; meulière; pierre de taille et enduit partiel. Elévation à travées surmonté d'un toit à longs pans; toit conique ; croupe ; toit à longs pans brisés ; noue.

château de Santeny 94440 Santeny, propriété privée, ne se visite pas.

 Château Smith Champion à Nogent-sur-Marne

Le château Smith-Champion est une propriété du XVIIe siècle, située dans la commune de Nogent-sur-Marne. L'établissement fut légué à l'État en 1943 par les sœurs Smith-Champion.

Aujourd'hui, le château fait partie, comme plusieurs autres demeures historiques nogentaises, des constructions de l'aristocratie et de la bourgeoisie parisienne.

La propriété est entourée d'un parc à l'anglaise de 10 hectares. Bien que l'aspect initial du parc et les perspectives vers le fleuve n'aient pas été conservées, quelques vestiges de fabriques sont encore visibles.

Le château Smith-Champion est une propriété du XVIIe siècle, située dans la commune de Nogent-sur-Marne, qui fut léguée à l’État en 1943 par Madeleine Smith-Champion et sa sœur Jeanne Smith.

Elle a été remise en dotation à la Fondation des artistes.

Histoire de la propriété

La maison fait partie, comme plusieurs autres demeures historiques nogentaises (le Carré des Coignard par exemple), des constructions de l’aristocratie et de la bourgeoisie parisienne qui s’installent sur les bords de Marne au XVIIe siècle. Le climat et la verdure attirent en effet une population aisée qui fait alors édifier des maisons de plaisance avec de vastes jardins sur les coteaux de la Marne[1].

Du XVIIe à la fin du XIXe siècle, la demeure changera 19 fois de propriétaire, parmi lesquels on trouve notamment :

  • Michel et Louis-Camus Destouches à partir de 1713, généraux de Louis XIV, qui font ajouter à la façade du 16 rue Charles-VII les bas-reliefs aux renommées ainsi que des trophées militaires dans le vestibule de la maison.
  • L’abbé Henri Charles Arnauld de Pomponne, à partir de 1731, issu de la grande famille janséniste des Arnauld, Chancelier et Garde des Sceaux, qui fut le fondateur à Nogent-sur-Marne de la confrérie des chevaliers de l’Arc.
  • Jean Pierre Fabre de l'Aude, révolutionnaire et président de l’Assemblée du Tribunat sous le Consulat puis l’Empire[2]

La propriété est entourée d’un parc à l’anglaise de 10 ha réaménagé sur l’emplacement d’un ancien jardin « à la française ». Bien que l’aspect initial du parc et les perspectives vers la rivière n’aient pas été conservées, quelques vestiges de fabriques sont encore visibles.

Vue du parc, en direction de la Marne.

Jules Smith (1827-1868), père de Jeanne et Madeleine Smith, achète la propriété du 16 rue Charles-VII. Après son décès, son épouse, Léontine, avec son frère Auguste Lesouëf, acquiert la propriété du 14. Jeanne Smith, passionnée de photographie, y vivra tandis que sa sœur Madeleine, artiste peintre, habitera le 16 avec son époux, l’historien Pierre Champion, qui travaillait à l’inventaire et au catalogage des manuscrits et estampes de son oncle Auguste et qui sera maire de Nogent-sur-Marne de 1919 à sa mort.

De 1909 à 1913, pour empêcher la construction d’une route qui aurait partagé en deux le parc de la propriété,les sœurs Smith aidées de Pierre Champion suscitent une campagne de presse basée sur des témoignages indiquant que le domaine était celui dans lequel Antoine Watteau aurait passé ses derniers jours. Cela permet le classement du parc et y interdit définitivement toute construction nouvelle. Des études ultérieures montreront que les témoignages étaient inexacts, le peintre étant mort dans un autre domaine, situé probablement au niveau de l’actuelle sous-préfecture.

Pendant la Première Guerre mondiale, les deux sœurs transforment temporairement les deux maisons accolées en hôpital militaire.

Madeleine, dans son testament, mentionne qu’elle souhaite que celles-ci deviennent un lieu d’accueil et de résidence pour les artistes démunis[3]. Après les décès de Madeleine (1940), de Pierre Champion (1942) et de Jeanne Smith (1943), la demeure et le domaine classé sont légués à l’État, et dès 1945, les deux demeures du 14 et 16 deviennent la « Maison nationale des artistes », qui accueille ses premiers résidents. Le peintre Guy Loë en est le premier directeur.

Depuis 1976, les deux demeures et le domaine font partie de la dotation de la Fondation des Artistes.

La MABA[4] est installée au 16 rue Charles-VII, réaménagée.

La bibliothèque Smith-Lesouëf

Au moment où les Smith-Champion se battent pour conserver l’intégrité du parc vient également l’idée de constituer une bibliothèque-musée autour de la collection de l’oncle Auguste Lesouëf, décédé en 1906. Celui-ci a rassemblé une importante collection d'objets d'art, de livres, d’estampes et de manuscrits, dont un fonds remarquable d’estampes japonaises, aujourd’hui conservé à la Bibliothèque nationale de France. Pour mettre la collection en valeur après le classement du domaine (1909), Pierre Champion et Madeleine décident de construire un édifice dans un style néo-Louis XIII, en briques apparentes et pierre blanche, sur des plans de Théodore Dauphin, architecte en chef des bâtiments civils. Ils attachent une grande importance à l’aspect «ancien» et s’inspirent de bibliothèques canoniques comme la Bibliothèque Mazarine et la bibliothèque municipale d’Amiens pour le jour zénithal qui éclaire la grande salle et les réserves via la verrière. Les décors et notamment la pièce principale dotée d'une galerie à mi-hauteur sont constitués d'éléments anciens récupérés dans des immeubles parisiens alors en démolition[3].

 Château de Valenton (Val-de-Marne)

        Le château fut construit pour Eusèbe Jacques Chaspoux de Verneuil, introducteur des ambassadeurs entre 1725 et 1740. Le château était agrémenté d'une cour, d'un jardin, d'un bassin, d'une fontaine et possédait une ferme, le pavillon, dit "la tourelle", situé à l'extrémité ouest du domaine fut édifié plus tard, soit pour la même personne soit pour le propriétaire suivant, Jean Baptiste Halma de Belmont, qui acquit le château de Valenton en 1752 et mourut en 1774. Le pavillon fut classé au titre des monuments historiques en 1948. En 1839, la propriété fut divisée en deux le long du ru de Gironde. En 1844, le château était en ruine, le corps de logis principal fut reconstruit dans la deuxième moitié du XIXe siècle au même emplacement, vers 1925, il fut flanqué de deux grosses tours, dans l'autre partie du parc un château dit de "la tourelle" fut construit en 1885 par l'architecte Duchemin, le parc de ce château fut loti au XXe siècle.
Ancien château de Valenton couvert d'un toit à longs pans et croupes brisées, aux deux ailes en équerre, à toit en pavillon brisé; pavillon en pierre de taille orné de l'ordre dorique et couvert d'un dôme en ardoise ; nouveau château de Valenton en moellons revêtus d'enduit ; les tours sont en brique portant la marque EM, le toit à longs pans et croupes, et les toits coniques sont en ardoise ; château de la tourelle en pierre de fontainebleau avec brique en remplissage couvert d'un toit à longs pans brisés et flèches en ardoise.

château de Valenton, 12 rue du Colonel Fabien, 94460 Valenton, propriété de la commune, annexe de la mairie.

Le château de Valenton est un château situé sur la commune de Valenton (Val-de-Marne).

Historique

Au XVIIIe siècle

Le château de Valenton du côté de l'entrée dans son état XVIIIe siècle

Le château de Valenton fut probablement construit pour Eusèbe Jacques Chaspoux de Verneuil, introducteur des ambassadeurs entre 1725 et 1740 ; le château était agrémenté d'une cour, d'un jardin régulier, d'un bassin, d'une fontaine et possédait une ferme ; le pavillon, dit la tourelle, situé à l'extrémité ouest du domaine fut élevé un peu plus tard soit pour la même personne, soit pour le propriétaire suivant, Jean-Baptiste Halma de Belmont, qui acquit le château en 1752 et mourut en 1774 ; pour Georges Poisson, l'architecte en serait Contant d'Ivry[1].

Au XIXe siècle

En 1839, la propriété fut divisée en deux le long du ru de Gironde ; en 1844, le château était en ruine ; le corps de bâtiment principal fut reconstruit dans la seconde moitié du XIXe siècle au même emplacement ; vers 1925, il fut flanqué de deux grosses tours ; dans l'autre partie du parc, un château dit de la tourelle, fut construit en 1885 par l'architecte Duchemin ; le parc de ce château fut loti au XXe siècle[1].

Le petit pavillon dit La tourelle a été classé monument historique par arrêté du 16 juin 1948[2].


Période ou styleClassique
TypeChâteau
Destination initialeMaison de plaisance
Propriétaire actuelCommune de Valenton
Destination actuelleVestiges (château, communs, pavillon)
ProtectionLogo monument historique Classé MH en 1948
Coordonnées48° 44′ 50″ nord, 2° 27′ 58″ est
PaysDrapeau de la France France
RégionÎle-de-France
DépartementVal-de-Marne
CommuneValenton

 Château de Villecresnes (Val-de-Marne)

94440 Villecresnes, château des XVIIe-XVIIIe siècles, propriété de la commune, pigeonnier, jardin, cour

       Château et ferme bâtis au XVIIe siècle. Garde-corps, appui de fenêtre central et grille portant les initiales J. M. de la première moitié du XVIIIe siècle. Château surélevé d'un étage et façade antérieure remaniée à la fin du XVIIIe siècle. Bâtiment sud ouest de la ferme démoli entre 1790 (atlas marquisat de Grosbois) et 1810 (cadastre). Communs à l'ouest du château et bâtiment sur rue de la ferme partiellement détruits après 1810. Pigeonnier et remise rhabillés au XIXe siècle. Abreuvoir et puits disparus après 1810 (cadastre).

château de Villecresnes, rue de Cercay, 94440 Villecresnes, propriété de la commune.

 Château de Vincennes (Val-de-Marne94

    Le premier document est un titre de l'abbaye de Saint-Maur-des-Fossés daté de 847, qui fait mention de la forêt de Vilcena, appartenant à la paroisse de Fontenay. En 980, 1037 et 1075 des chartes nous révèlent que cette forêt est devenue la propriété de la Couronne. Dans une bulle d'Eugène III de 1147, elle est appelée Vulcenia. Ces anciens noms de Vilcena, Vilcenna, ou Vulcenia, se transformeront en Vicenne et Vincennes. On n'entend parler pour la première fois de constructions qu'en 1162: Louis VII (1113-1189) avait dans la forêt un rendez-vous de chasse, un hospitium. Philippe Auguste (1180-1223) agrandit cette première habitation qui devient un manoir au milieu d'un parc, le roi ayant fait enclore le bois d'une haute muraille, afin, nous dit Rigord, d'y conserver les daims, cerfs et autres animaux semblables qu'Henri II d'Angleterre lui avait envoyés comme cadeau. Saint Louis (1226-1270) affectionne le séjour "du Bois". Le souvenir de la justice qu'il rendait sous les grands chênes est populaire: "maintes fois il advint qu'en été le bon roi allait s'asseoir au bois après sa messe, et s'accostait à un chêne, et nous faisait asseoir autour de lui, dit Joinville. Et tous ceux, qui avaient affaire, venaient lui parler sans empêchement d'huissiers ou d'autres gens". Le pieux monarque fait construire une chapelle dédiée à Saint-Martin pour recevoir une épine de la sainte Couronne, que lui avait vendue Baudouin II de Courtenay (1248). Il réside souvent dans le manoir avec toute sa Cour; il y assemble le Parlement en 1252 et 1253; il y passe une partie de l'année 1255, et c'est de là qu'il part en 1270 pour sa funeste expédition de Tunis où il trouve la mort. Philippe III (1270-1285) a la même prédilection que son père pour le Bois, dont la solitude cadre avec son caractère mélancolique. Il épouse dans la chapelle Saint-Martin, Marie, sœur du duc Jean de Brabant (1274), et y reçoit le même jour l'hommage d'Edouard 1er, roi d'Angleterre. Un peu plus d'un an après, un drame jette pour la première fois une ombre de tristesse sur la résidence de plaisance "du Bois".
Louis, fils aîné du roi, issu d'un premier mariage avec Isabelle d'Aragon, meurt subitement. La rumeur publique accuse la jeune reine d'avoir empoisonné l'héritier présomptif. On prétend même que cette marâtre a formé le projet de se défaire des trois autres enfants du premier lit, afin de réserver l'accès au trône à sa propre lignée. Elle se défend, et elle accuse Pierre de la Brosse, ancien barbier de saint Louis devenu grand chambellan de Philippe III et l'homme le plus important de la Cour, d'avoir propagé ces calomnies. Elle en appelle au jugement de Dieu. Son frère, le duc de Brabant, se porte garant de son honneur, et comme aucun chevalier n'ose relever son défi, le favori est déclaré coupable et pendu. A la suite de ce scandale, le manoir retrouve son calme. Le roi en augmente considérablement le parc (1274-1275). Philippe IV, le Bel conserve les mêmes goûts que ses prédécesseurs pour Vincennes, où sa présence est constatée en 1285, 86, 89, 90 et 95. Il y épouse, le 2 mars 1294, Jeanne de Bourgogne, fille aînée d'Othon IV, comte Palatin, et de Mahaut, comte d'Artois. A cette époque le château avait pris de l'importance: dans une sentence de l'évêque de Paris, Simon, il est en effet question d'une nouvelle dépendance, la basse-cour de la Pissotte. Le 2 août 1304, Jehanne, reine de France et de Navarre, comtesse de Champagne et de Brie, meurt à Vincennes. Son corps est inhumé au Cordeliers à Paris. Le Parlement se réunit au manoir en 1305 et 1314. Sous Louis X le Hutin, un nouveau drame se passe "au Bois". Enguerrand de Marigny, surintendant des finances de Philippe le Bel, ce roi connu dans l'histoire sous le nom de faux monnayeur, se croyant encore nécessaire et tout puissant sous son successeur, ose s'attaquer en plein conseil à Charles de Valois, qui se pose en chef des barons de France. Pour se venger l'oncle du roi réclame les comptes du règne précédent, et n'ayant pu convaincre le ministre de malversation, l'accuse de magie. Enguerrand est condamné et pendu.
Le 2 juin 1316, Louis X, qui, en secondes noces, avait épousé Clémence de Hongrie, se sentant gravement malade, fait à Vincennes son testament. Il confirme à la reine le douaire de 25.000 livres de rente qu'il lui avait spécifié par contrat de mariage, et y ajoute "la jouissance de sa maison de Vincennes". Il meurt au château deux jours après. Son corps, d'abord exposé dans la chapelle Saint-Martin, est porté à Saint-Denis. Peu après, la reine met au monde à Vincennes un fils, Jean I, qui ne vit que quelques mois. Philippe V, son successeur, reprend le château à Clémence, en lui donnant en échange la tour du Temple et la maison de Nesles (1317). Il meurt à Vincennes le 2 janvier 1322. Son frère, Charles IV, dit le Bel, proclamé roi dans le manoir, révoque au commencement de son règne toutes les aliénations antérieures du domaine royal. Il rétablit ainsi le bois de Vincennes dans son intégrité. Il meurt au château le 31 janvier 1328, laissant la reine avec des espérances; le 1er avril suivant, cette princesse y donne le jour à une fille appelée Blanche, et Philippe de Valois, est proclamé roi en vertu de la loi salique. Philippe VI conserve la même prédilection que ses devanciers pour la résidence du "Bois". Aimant le faste, il y convie la noblesse de toute l'Europe, en sorte que "ce séjour est réputé le plus chevaleresque du monde". On doit signaler sous son règne, les grandes fêtes célébrées à l'occasion du mariage de Béatrice de Bourbon avec Jean de Luxembourg ans la chapelle Saint-Martin (1334); et, comme événements marquants, la réunion de trois grandes assemblées du clergé (1329-1332); celle, en 1336, du Parlement dans laquelle Robert d'Artois est déclaré traître et félon, cet arrêt fut une des principales causes de la guerre dite de Cent ans. Enfin la visite, en 1343, de Humbert II, au cours de laquelle le dauphin du Viennois fait donation de tous ses États à Philippe d'Orléans, fils puîné du roi. On sait que Charles V porta, le premier, le titre de Dauphin. Les dauphins, qu'on voit sculptés sur la porte du Châtelet, sur celle de l'escalier accolé à ce bâtiment, et également sur diverses clés de voûte du donjon, rappellent ce souvenir.
Philippe VI fait commencer les fondations du donjon. Les travaux abandonnés sont repris par Jean II, et achevés par Charles V. Ce roi fait sa résidence favorite de Vincennes. Il y met une partie de ses richesses artistiques et de son trésor, qu'il partage entre le Louvre, Melun et Saint-Germain. Il y donne en 1378 de grandes fêtes en l'honneur de l'empereur Charles IV d'Allemagne. Mais cette réception cause de grandes fatigues à la reine Jeanne de Bourbon qui met au monde avant terme dans le donjon, le 4 février 1378, une fille, Catherine; elle meurt deux jours après. Le souverain, qui l'appelait "le soleil de son royaume", est "très affecté par cette perte. Il continue cependant à s'occuper de toutes les questions politiques avec la même activité et il fait reconnaître le pape Clément VII au lieu d'Urbain VI dans une assemblée notable tenue au château. Il s'éteint à Beauté, près de Nogent-sur-Marne le 6 septembre 138o, ne laissant qu'un fils mineur. Ses frères, le duc d'Anjou, le duc de Berry et le duc de Bourgogne se disputent la régence, et dilapident les trésors amassés dans le château. Pendant cette période, la Cour paraît souvent à Vincennes. En 1400, les travaux de la Sainte-Chapelle sont continués et bientôt abandonnés. Charles VI est fou; il ne poursuit aucune idée. Cependant, en 1417, il sort de sa torpeur. Il cherche à mettre un terme aux scandales causés par la conduite d'Isabeau de Bavière: sur son ordre, le sire de Bois-Bourdon est arrêté dans le parc et jeté dans la Seine, cousu dans un sac. Ce réveil d'autorité est de courte durée. Le malheureux prince retombe sous la tutelle de son entourage, qui l'endort dans des fêtes continuelles à Vincennes pendant que la guerre désole le royaume. En 1420, un inventaire nous montre que tous les appartements sont vides: ils semblent avoir subi les horreurs d'un sac. Le traité de Troyes, qui a reconnu à Henri V le titre de roi de France, a donné le château au souverain anglais. Celui-ci le remeuble pour l'habiter et y meurt en 1422.
Henri VI d'Angleterre vient plusieurs fois à Vincennes pendant sa minorité. Si le château lui est momentanément repris par le commandeur de Giresmes et Denis de Chailli (1429), il y rentre en 1430, et il en part le 15 décembre pour se faire sacrer à Notre-Dame de Paris. Deux ans plus tard Jacques de Chabannes "eschielle le donjon", pour le compte de Charles VII et s'en empare malgré la résistance de la garnison. Après une dernière tentative infructueuse des Anglais, la place reste aux Français, et, en 1445, le comte de Tancarville en est gouverneur. Les habitants de Montreuil lui demandent de ne plus faire le guet, "les ennemis étant éloignés de plus de 16 lieues". Vincennes redevient une maison de plaisance: le roi se plaît à y retrouver Agnès Sorel. Celle-ci y a un fils, mais elle habitait ordinairement le château de Beauté, où elle meurt en 1450. Il faut noter, en 1461, une visite d'ambassadeurs florentins: le château cause leur admiration, surtout la chambre du Roi, dont tous les ornements sont rehaussés d'or et les murs couverts de boiseries". Ils vantent ses fortifications, "ses neuf hautes tours". C'est d'ailleurs à Vincennes que Louis XI trouve un abri en 1465, pour résister aux attaques des ducs de Berry et de Bretagne, qui, réunis au comte de Charolais, se sont avancés jusqu'à Charenton. L'armée royale et celle des seigneurs restent onze mois en présence. Le roi ne revient plus à Vincennes. Il nomme Olivier le Daim, concierge du château, et le charge d'y recevoir les ambassadeurs d'Aragon (1474). Charles VIII se contente de chasser dans le parc, notamment en 1484. Sa femme, Anne de Bretagne, réside au château pendant l'année 1495; elle possédait en propre un jardin à proximité. Louis XII, dans les débuts de son règne en 1498, visite à plusieurs reprises la forteresse. Puis il en reste dix ans éloigné. En 1508, gravement malade, il pense que la salubrité du "Bois" lui rendra la santé: il y passe plusieurs mois. Il y revient une dernière fois en juin et juillet 1514, à la suite des fêtes du mariage, le 18 mai 1514, de François, comte d'Angoulême, avec Claude de France.
François 1er prescrit d'exécuter un certain nombre de travaux à Vincennes: entre autres, l'achèvement de la Sainte-Chapelle, l'agrandissement du pavillon Louis XI. En 1540, il y est installé avec toute la Cour, et y reçoit les ambassadeurs du Grand Turc. On l'y retrouve en 154: il crée la paroisse de la Pissotte. Sous Henri II, le bois est entièrement coupé, puis replanté, en 1551, la Sainte-Chapelle inaugurée, la translation à Vincennes du chapitre de l'ordre de Saint-Michel effectuée. En 1556, le roi reçoit les plénipotentiaires de Philippe II, envoyés pour traiter de la paix. François II ne paraît pas à Vincennes, contrairement à son frère Charles IX qui affectionne cette résidence. Celui-ci y signe les préliminaires de la paix de Longjumeau (1568). Six ans après, la poitrine malade, il vient s'enfermer dans le donjon, dans l'espoir qu'en fuyant le Louvre où tout lui rappelle les sinistres journées de la Saint-Barthélemy, il échappera aux remords, et retrouvera le calme. Il y meurt dans les bras d'une vieille nourrice huguenote, tandis que le roi de Navarre et Condé, arrêtés par ordre de Catherine de Médicis qui a pris le pouvoir, sont emprisonnés aux étages supérieurs de la Tour. Henri III, fait de Vincennes son lieu de retraite favori (1574-1589). Il s'y enferme lorsqu'il veut se reposer des soucis de la politique. Il en ouvr cependant les grands appartements à l'occasion du mariage, le 23 août 1387, de Louis de Nogaret de la Valette, duc d'Epernon, avec Marguerite de Foix. De grandes fêtes sont célébrées à ce moment. Puis, le bruit des armes trouble le calme revenu dans le logis royal: les ligueurs s'en emparent. En vain le capitaine Saint-Martin y rentre-t-il: il y est bloqué pendant quinze mois par les Parisiens. Obligé de se rendre à Beaulieu, celui-ci, nommé gouverneur par la Ligue, s'y maintient jusqu'au 28 mai 1594, époque à laquelle il se soumet à Henri IV. Ce roi entre solennellement à Vincennes. Pendant son règne, il vient souvent au château, mais sans y séjourner. Gabrielle d'Estrée met au monde dans le pavillon Louis XI un fils, César de Vendôme, en 1595.
En 1596, dans ce même logis, le cardinal Alexandre de Médicis, en qualité de légat, apporte au souverain l'absolution du pape. Louis XIII passe la plus grande partie de sa jeunesse à Vincennes, dans un pavillon dont la première pierre avait été posée en 1610, mais qui ne fut terminé qu'en 1617. Sous son règne, le donjon, qui avait commencé à recevoir des prisonniers sous Louis XI, devient véritablement prison d'État. On peut citer parmi les prisonniers les plus marquants de cette époque, Henri II, prince de Condé, arrêté le 16 septembre 1616. La princesse, sa femme est autorisée à partager sa captivité. Le prince n'est rendu à la liberté que le 20 novembre 1619. Le maréchal d'Ornano (1626), décédé dans sa prison; Marie de Gonzague, fille du duc de Nevers, qui avait voulu épouser Gaston d'Orléans; le duc de Puylaurens (1635), mort au donjon; Jean de YVert (1638); les généraux espagnols Lamboy, Mercy et Landron. Pendant toute la première partie de la régence d'Anne d'Autriche, l'histoire du château n'est encore intéressante que par des détentions de prisonniers illustres. François de Vendôme, duc de Beaufort, plus connu sous le nom de roi des Halles, est mis au donjon en 1643. Son évasion, grâce à la connivence d'un garde, nommé Vaugrimaud, est restée célèbre (1649). Le gouverneur du château de Vincennes, Chavigny, accusé d'avoir manqué de vigilance, est emprisonné à sa place. Puis, les portes de la tour se referment successivement sur le président Charton et sur trois des principaux frondeurs: le Grand Condé, le prince de Conti, et le duc de Longueville. On transféra ensuite les prisonniers au Havre en 165o. Le cardinal de Retz leur succède le 19 décembre 1652. Il est mis au deuxième étage du donjon, "dans une chambre grande comme une église" écrit-il dans ses Mémoires. En 1654, il est transféré à Nantes d'où il s'échappe le 8 août. L'année 1652 est marquée par un événement minime en apparence, mais ayant une grande importance pour notre histoire: Léon de Bouthillier, marquis de Chavigny, gouverneur de Vincennes, meurt le 11 octobre 1652. Colbert, intendant de Mazarin, pousse aussitôt son maître à prendre sa place, afin d'avoir un lieu où mettre à l'abri ses riches collections en cas d'émeute.
Le cardinal obtient la succession. Il ne songe, dès lors, qu'à embellir sa résidence. Il charge l'architecte Le Vau de transformer la forteresse féodale en château moderne. Les remparts de Raymond du Temple sont changés en "galeries rustiques" sur le front sud; des arcs de triomphe s'élèvent, et servent de portes à une cour d'honneur entre deux gros pavillons que le ministre réserve l'un au roi, l'autre à la reine-mère et à lui. Philippe de Champaigne, Michel Dorigny, Baptiste, le Borzone et le Manchole sont appelés pour décorer les nouveaux appartements. L'habitation royale doit être aussi somptueuse que possible: il faut que le roi s'y plaise, et, pour charmer ses yeux, la Marne, détournée à Chelles, doit former des canaux dans le parc. Cependant ces travaux avancent lentement. Les grands corps de logis, désignés aujourd'hui sous les noms de Pavillon du Roi et Pavillon de la Reine (on devrait dire Pavillon de la Reine-mère), sont à peine logeables quand Louis XIV épouse Marie-Thérèse. On y travaille jour et nuit pour permettre au souverain d'y amener la reine à son retour des Pyrénées. La période des fêtes commence, tout est prétexte à divertissements. Pourtant, dans le Pavillon de la Reine, le cardinal Mazarin agonise. Mais il met une coquetterie, qui n'est pas dépourvue de grandeur, à cacher ses douleurs et ses appréhensions. C'est dans son fauteuil qu'il attend la mort, prenant congé de chacun, distribuant des diamants au Roi, à la Reine, à la Reine-mère, à Monsieur, n'oubliant aucun de ses amis, aucun de ses serviteurs, signant jusqu'au dernier moment les dépêches de l'État, et ne tremblant que lorsqu'il reste seul en face de ses souffrances "qui le font hurler" dit Madame de Motteville. Le cardinal Jules Mazarin s'éteint le 9 mars 1661 entre deux heures et trois heures du matin. Le Roi aussitôt prévenu, se lève sous le coup d'une profonde émotion; il pleure un instant, puis, se ressaisissant, appelle auprès de lui ses ministres: le chancelier Le Tellier, Foucquet, et de Lionne. Il leur signifie qu'ils n'auront plus d'autre maître que lui. C'est son premier acte d'autorité.
Le 11 mars, la dépouille mortelle du cardinal est portée dans la Sainte-Chapelle où un service est célébré sans grandes cérémonies. Au mois d'août suivant, la Cour part pour Fontainebleau. L'idylle du roi et de Louise de La Vallière commence aussitôt. Elle a son épilogue à Vincennes. En 1553, c'est dans le Pavillon du Roi que Marie-Thérèse apprend l'infidélité de son époux; que le souverain avoue publiquement sa passion en juillet 1663; et que, reconnaissant ses torts avec une aisance toute princière, il promet à la reine qu'à trente ans, il cesserait de faire le galant. Il ne réclamait que quatre années d'indulgence. Le 17 octobre 1666, Louise met au monde l'enfant qui portera le nom de Mademoiselle de Blois, dans une des chambres des grands appartements de ce même pavillon, celle dans laquelle sera enfermé plus tard le duc d'Enghien. Après son rétablissement, elle quitte Vincennes pour ne plus y revenir; son étoile a pâli, celle de la marquise de Montespan se lève. La fin des amours du Roi avec Mlle de La Vallière marque également celle de la résidence royale. La Cour revient encore pendant l'année 1667 à Vincennes, mais se fixe décidément à Versailles à partir de 1668. Les grands appartements sont démeublés. Un demi-siècle s'écoule ainsi: le grand Roi, sur le point de mourir, se rappelle le château dans lequel s'étaient déroulées les plus belles années de sa jeunesse. Il mande auprès de lui le duc d'Orléans, lui parle du Bois dont "l'air est si bon" et lui ordonne d'y conduire le jeune Roi, son successeur, "aussitôt que les cérémonies relatives à ses obsèques seront finies à Versailles". Huit jours après il meurt. Louis XV et toute la Cour prennent le chemin de Vincennes le 8 septembre 1715, mais ils n'y restent que 72jours. Ni le Régent, ni le duc de Saint-Simon, n'ont pu se faire à l'idée d'un tel changement dans leurs habitudes.
Les grands appartements sont de nouveau fermés. Ils s'ouvrent une dernière fois pour la reine douairière d'Espagne, veuve de Louis 1er, qui y habite de 1725 à 1727. Puis, complètement abandonnés, ils sont concédés à différents particuliers en même temps, d'ailleurs, que d'autres locaux du château. C'est ainsi qu'en 1738 les deux frères Giles et Robert Dubois, s'étant enfuis de Chantilly en emportant les secrets de sa manufacture de porcelaine, obtiennent du gouverneur l'autorisation de monter un atelier dans la tour du Diable, avec l'appui financier d'Orry de Fulvy, conseiller d'Etat. Leur tentative, ayant échoué, est reprise par Charles Adam en 1745, qui constitue une société, et s'installe dans les anciennes cuisines du Pavillon de la Reine, et dans le manège. Charles Adam cède ses droits, en 1762, à Éloy Brichard. Le Roi, sur les conseils de la marquise de Pompadour, entre dans l'affaire, dont les produits reçoivent le nom de porcelaines de France. A partir de ce moment, les commandes affluent. Les ateliers, devenus trop exigus, sont transférés à Sèvres en 1755. Telles sont les origines de la manufacture nationale de Sèvres. En 1753, le Pavillon du Roi est aménagé par Gabriel pour l'École des Cadets. Avec de telles utilisations, les bâtiments négligés tombent en ruine. L'intendant Collet finit par demander 300.000 livres pour les remettre en état en 1777. Le Roi refuse, estimant que le château "n'est bon qu'à démolir ou à utiliser pour des services publics". C'est dans cet esprit d'économie qu'il aliène l'Esplanade et la Basse-Cour en 1781, qu'il supprime par extinction les chanoines de la Sainte-Chapelle en 1784, enfin qu'il ferme la prison d'État, dont les derniers prisonniers sont transférés à la Bastille. Depuis les Princes de Condé, les hôtes les plus illustres de la Grosse-Tour avaient été: Foucquet en 1662; la Voisin avec un certain nombre de ses complices, dont l'abbé Guibourg en 1679; un grand nombre de Jansénistes, dont le père Gerberon en 1707; Diderot en 1749; le marquis de Mirabeau en 1761; Le Prévot de Beaumont en 1769; le marquis de Sade en 1777; et enfin Mirabeau de 1777 à 1780.
Gabriel Honoré, comte de Mirabeau, avait été enfermé en vertu d'une lettre de cachet; il avait été ainsi soustrait à la juridiction du Parlement de Grasse qui le poursuivait pour coups et blessures envers le marquis de Villeneuve-Mouans, et à celle du Parlement de Pontarlier, qui l'avait condamné à mort pour crimes de rapt et de séduction à l'égard de Sophie de Monnier. Il déploya dans sa prison une activité cérébrale prodigieuse, écrivant ses fameuses Lettres à Sophie, des tragédies, des livres licencieux, enfin, un ouvrage sur les Lettres de Cachet. Le donjon inutilisé est alors occupé par une boulangerie philanthropique, puis par une manufacture de plaquettes de fusil, sous la direction de Gribeauval. Lorsque la révolution survient, la résidence royale est dans un tel état de délabrement que l'Assemblée Nationale en prescrit la vente, à charge par l'acquéreur de tout démolir. L'adjudication échoue heureusement. Afin de tirer quelques revenus du domaine, le parc est loué à l'abbé Nodin, comme jardin botanique. Les chanoines survivants, et les particuliers logeant dans les grands appartements divisés en petits logements, sont astreints à payer un loyer. La Sainte-Chapelle est transformée en salle d'assemblée primaire; le donjon, est mis à la disposition de la commune de Paris pour servir d'annexe aux prisons de la ville reconnues insuffisantes. Les clubs révolutionnaires s'émeuvent des travaux effectués pour cette utilisation, et le 28 février 1791, ils se portent sur Vincennes. Ils pénètrent dans le château, et commencent à détruire le donjon qui n'est sauvé que grâce à l'intervention du général La Fayette. Après cette échauffourée, les réparations sont interrompues; le château est livré au Département de la Guerre, le donjon transformé en poudrière, le Pavillon du Roi en prison de femmes de mauvaise vie. En 1812, Napoléon charge le génie d'aménager des casernes, une salle d'armes, de rechercher un emplacement pour le muséum d'artillerie, d'établir des magasins pouvant contenir 100.000 livres de poudre, d'élever des hangars pour des milliers de voitures, de créer des forges et des ateliers pour les ouvriers.
Daumesnil est nommé directeur du nouvel arsenal. Il n'avait alors que trente-six ans. Ses états de service mentionnaient 22 campagnes, 8 drapeaux pris à l'ennemi, 4 généraux faits prisonniers. Avec un tel homme, l'arsenal prend un développement qu'on ne pouvait même prévoir. Aussi peut-il fournir la presque totalité du matériel nécessaire à la campagne de 1814. Lors de la bataille de Paris, dernière étape d'une longue mais glorieuse agonie, c'est le canon de Vincennes qui fait entendre la dernière protestation de la France vaincue. Le matériel confié à la garde du général "à la jambe de bois" est sauvé. Mais Louis XVIII ne sait pas reconnaître un tel dévouement. Le héros est nommé à Condé; il accepte ce poste à la frontière. Sous l'Empire, le vieux fort ne joue aucun rôle. On ne peut que signaler une visite du roi de Portugal (1855); l'effondrement des voûtes de la tour principale qui fait 17 victimes en 1857. Pendant la guerre de 1870 le général Ribourt établit son quartier général à Vincennes, qui reçoit quelques boulets le 23 janvier 1871. Après le siège, le colonel Faltot occupe la place pour le compte de la Commune. Il capitule d'ailleurs à la première sommation du général Vinoy le 28 mai 1871. Le 22 juillet suivant, le vieux fort, qu'avaient épargné la guerre et l'insurrection, est bouleversé par l'explosion d'un dépôt de munitions. Après ces heures tragiques, Vincennes n'a pour ainsi dire plus d'histoire. Il ne reste à noter la création d'une direction d'artillerie en 1871, la visite du roi de Siam en 1898, celle du shah de Perse en 1900; d'Edouard VII, roi d'Angleterre et de Victor-Emmanuel II, roi d'Italie en 1903; d'Alphonse XIII, roi d'Espagne en 1905. En 1936-1940, le château de Vincennes devient le poste de commandement du chef d'état major des Armées. Pendant la deuxième guerre mondiale, de 1940 à 1944, les troupes allemandes occupent le château, elles opèrent des destructions considérables en le quittant en août 1944. Restauré, il abrite les services historiques de l'armée depuis 1948...
Description des bâtiments anciens subsistant:
Le château de Charles V constitue, malgré les adjonctions déplorables qu'on lui a faites, ou les mutilations non moins regrettables qu'il a subies, la partie essentielle du vieux fort, son ossature. L'enceinte, la tour principale, le donjon, la Sainte-Chapelle offrent encore le plus grand intérêt: ils méritent une étude spéciale. La tour principale, qui domine l'une des grandes portes d'entrée, servait à l'origine de logement au capitaine du château. Elle se dresse actuellement de toute sa hauteur au-dessus du pont par lequel on y arrive, étayée en avant par quatre puissants contreforts montant jusqu'à la corniche qui n'est qu'une suite de longs mâchicoulis, et sur chaque côté par un contrefort et une tourelle. Sa façade est percée de hautes fenêtres, correspondant à chacun de ses étages, partagées par un ou deux linteaux, terminées par un tympan aveugle au-dessous d'une archivolte en tiers-point, moulurée d'un boudin s'amortissant sur des colonnettes à chapiteau ornées de feuillage et à bases prismatiques. La porte charretière en tiers-point, avec son archivolte moulurée de trois boudins s'amortissant sur des colonnettes identiques à celles des fenêtres, est surmontée d'un écu aux armes de France supporté par deux anges (restauration par Eugène Viollet-le-Duc), au-dessus duquel s'ouvre une niche encadrée par une arcature en tiers-point, et garnie d'un piédestal sans statue, au-dessus d'une corniche. Celle-ci, interrompue par les fentes pratiquées pour le passage des bras du pont-levis, se continue sur les deux contreforts voisins de la porte, et se retourne en avant pour servir de base à trois autres niches identiques, mais surmontées d'une arcature avec gables aveugles dont les rampants sont ornés de crochets et surmontés d'un fleuron, le tout dans le goût le plus pur du milieu du XIVe siècle. A côté de la porte charretière s'ouvre une poterne en tiers-point réservée aux piétons, munie de son pont-levis particulier se relevant avec un seul bras à l'extrémité duquel est suspendue une fourche de fer recevant les deux chaînes. Un ennemi, qui eut cherché à pénétrer autrefois par l'une ou l'autre de ces entrées, se fût heurté à une porte de bois, puis serait arrivé dans un passage voûté, fermé du côté de la cour par une herse, exposé aux flèches qui lui auraient été tirées par des archers de deux corps de garde latéraux n'ayant aucune communication avec l'endroit où il se trouvait, en même temps qu'aux projectiles tombant d'assommoirs pratiqués à la partie supérieure du passage.
Le donjon est une tour carrée de 52 mètres de hauteur, avec des murs de 3 mètres à la base, flanquée de tourelles à chacun de ses angles, ce qui constitue un type assez rare. Son dernier étage est légèrement en retrait sur les autres, de telle sorte qu'un chemin de ronde a pu être ménagé en partie sur l'épaisseur des murs, disposition assez fréquente au XIVe siècle. Ce chemin de ronde offre toutefois une particularité: il s'élargit à l'angle nord-ouest, constituant une terrasse au-dessus de, deux échauguettes jumelées, qui s'accrochent à une épine ou gros contrefort, dans l'intérieur duquel des latrines ont pu être ménagées à tous les étages. Cette plate-forme assurait, nous l'avons dit, le flanquement de la partie nord de la courtine ouest. Primitivement, le donjon possédait son enceinte particulière, qu'un fossé séparait des courtines voisines et de la cour intérieure. Un pont en pierre, avec deux arches en tiers-point, précédait un pont-levis porté par deux échauguettes en avant du châtelet constitué par un corps de logis encadré de deux tours. Sur le mur enserrant la cour carrée au milieu de laquelle s'élève la grosse tour, règne un chemin de ronde, couvert dès le XVe siècle, peut-être même dès le XIVe, et qui a été désigné à partir du XVIIe siècle sous le nom de "galerie". C'est par une fenêtre de cette galerie que s'évada le duc de Beaufort, et c'est de là que Mirabeau causait avec Mmes de Sparre et du Ruault. Aux quatre angles du chemin de ronde, s'élèvent de jolies échauguettes en forme de tourelles, celles du front ouest, ayant sur les arcs ogives de leur voûte des traces d'ornementation: des fleurs de lis or, sur fond bleu. La cour intérieure du donjon est fort rétrécie, d'abord par des constructions relativement modernes accolées au Châtelet, ensuite par des casemates à la Haxo, élevées sur les trois fronts nord, ouest et sud, en 1841. Ces diverses constructions ont remplacé dans la partie nord de la cour, une salle d'assemblée, avec différents locaux réservés au capitaine de la forteresse au XIVe siècle, puis une chapelle, qui, au XVIIe siècle était appelée "église de l'Ordre de Jérusalem"; dans la partie ouest unmagnifique jeu de paume construit pour Louis XIII encore enfant.
Sous Charles V, on entrait au donjon par le premier étage. Cette entrée a été murée depuis; mais on voit l'archivolte de sa porte en tiers-point, noyée dans le mur de la façade Est, ainsi que les deux fentes verticales destinées au passage des chaînes de son pont-levis. Il paraît certain que cette disposition n'existait pas dans le plan primitif, car l'absence d'ornementation donne à la baie bouchée les caractères d'une ouverture pratiquée après coup. D'ailleurs, pour arriver au pont, constitué par des poutrelles reposant sur une pile de maçonnerie, on montait du sol de la cour par un escalier à vis relativement large, dont la cage est ménagée dans une tourelle polygonale qui semble avoir été accolée au Châtelet postérieurement à sa construction. La porte de cet escalier est décorée de deux Dauphins, armes de Charles V, qui donnent la date de cette adjonction. La preuve d'un remaniement, opéré à cette; époque, est encore fournie par l'escalier d'honneur qui relie le premier étage du donjon au second dans l'intérieur de la tourelle sud-est, et qui est la conséquence logique de l'entrée par le premier étage. Cet escalier a été ajouté. Il n'y a pour s'en rendre compte qu'à regarder ses fenêtres de l'extérieur. Celles-ci sont au nombre de cinq: toutes sont encadrées d'un boudin ayant le même profil, mais deux, (fenêtres primitives), sont en tiers point; trois, (fenêtres ajoutées), sont terminées par un linteau. Ces reprises s'expliquent facilement: la construction du château aurait exigé trois campagnes, si l'on en croit une ancienne inscription gravée sur une plaque de cuivre, qui a disparu du mur.
Le donjon s'élève au milieu d'une petite cour dont l'enceinte carrée joue le même rôle qu'une chemise. On y entrait en passant sur un pont-levis, manœuvrant entre deux échauguettes placées en avant d'un châtelet qui se compose de deux tours rondes. Ces échauguettes et ces tours semblent aujourd'hui sortir de terre; mais, au XIVe siècle, elles prenaient leur point d'appui sur le talus du mur d'enceinte. Dans la façade du corps de logis, entre deux tours, dont les salles inférieures servaient jadis de corps de garde, s'ouvre la porte en tiers-point, moulurée d'un boudin reposant sur deux colonnes engagées avec chapiteaux à deux étages de choux frisés. Deux trous d'assommoir sont ménagés, l'un à la partie supérieure de la voûte, l'autre latéralement, à gauche du premier. Ces défenses étaient complétées, en arrière, par une herse et une porte de bois. On trouve ensuite un passage couvert par deux voûtes d'ogives, séparées par un doubleau, et dont les arcs, ornés d'un boudin aminci, terminé par un filet, retombent sur des corbeaux ornés d'un personnage avec phylactère. Une des clés de voûte porte des dauphins, l'autre est mutilée. Sur les murs apparaissent quelques marques de tâcherons. Si nous revenons à la façade du châtelet, nous voyons au-dessus de la porte un bandeau de feuilles de mauve, avec cinq personnages martelés; puis cinq niches, les deux latérales creusées dans le rentrant des tours, toutes surmontées d'une demi-coupole, avec ogives et voutins. Entre les niches extrêmes et les trois niches centrales qui se touchent, un trumeau assez large est orné de deux dauphins et d'écussons martelés. Au- dessus, règne une frise avec arcatures trilobées et gables, puis une corniche avec choux frisés. Plus haut, s'ouvre une fenêtre en tiers-point avec tympan plein polylobé et boudin continu, elle-même surmontée d'une console avec base ornée de choux frisés. Cette console portait primitivement une statue de saint Christophe, peinte. A la partie supérieure des tours et de la façade, règne une corniche moulurée, ornée de feuilles de choux et percée de longs mâchicoulis. Une plateforme (avec créneaux disparus) termine le châtelet, qui était surmonté primitivement d'une tourelle de guet contenant l'horloge.
Charles V avait résolu d'édifier presque en face du donjon une Sainte-Chapelle, pour remplacer la chapelle Saint-Martin. Il posa la première pierre du nouvel édifice en 1379 et institua un chapitre de quinze chanoines pour y célébrer le culte. Mais les murs de l'élégante construction sortaient à peine de terre lorsqu'il mourut. Les travaux furent arrêtés. Continués un instant sous Charles VI, en 1400, ils ne furent repris véritablement que sous François 1er, entre 1520 et 1537, et par Henri II. Le monument, commencé dans le style rayonnant tel qu'il était pratiqué à la fin du XIVe siècle dans le domaine royal, se trouva donc terminé dans le style Renaissance, avec des transitions si habilement ménagées par les architectes successifs, qu'il faut un œil exercé pour les reconnaître. En tous cas le manque d'unité ne choque nulle part. On trouve sur les pierres la trace de reprises caractéristiques correspondant d'abord à trois périodes de grands travaux dont les dates sont définies par des styles différents; fin du rayonnant, flamboyant, et flamboyant avancé. Puis on voit apparaître une quatrième période, nettement marquée par le style Renaissance, correspondant à l'achèvement de l'édifice. C'est bien la succession d'efforts, que révèlent les vieux textes. On a souvent dit que l'architecte de la Sainte-Chapelle de Vincennes s'était inspiré de la Sainte-Chapelle de Paris dans ses plans. S'il y a des analogies entre les monuments, elles sont lointaines, et prouvent seulement que les maîtres des œuvres du XIVe siècle étaient les continuateurs de ceux du XIIIe siècle. On peut donc comparer les deux édifices pour faire ressortir leurs dissemblances et non pour montrer leur filiation. La Sainte-Chapelle de Vincennes est un grand vaisseau, orienté, sans étage, ayant 20,50 mètres de hauteur sous clé, 10,70 mètres de largeur et 33 mètres de longueur sous œuvre.
De tout le château élevé sous Louis XIV, il ne reste actuellement que les deux gros pavillons, le pavillon du Roi qui sert de caserne à un bataillon de chasseurs à pied, et le pavillon de la Reine, qui contient les bureaux du général commandant l'artillerie, l'École d'artillerie, et la chefferie du génie. A l'intérieur de ces bâtiments il n'y a plus ue de rares vestiges de l'ancienne décoration. On ne voit dans le pavillon du Roi qu'un plafond mutilé de Philippe de Champaigne (ancienne chambre de la reine). Le pavillon de la Reine a été un peu plus épargné: l'ancien escalier d'honneur subsiste; la salle des gardes de Mazarin et de la Reine-mère a conservé un plafond de Michel Dorigny, avec son encadrement en bois doré, sa frise de Baptiste et de Philippe de Champaigne. Cette salle a été restaurée pour le duc de Montpensier: on y a rapporté à cette époque trois toiles de Vien et une de Lagrenée, qui sont de belles peintures du XVIIIe siècle. On trouve également l'ancien plafond de la chambre à coucher de Monsieur, par Michel Dorigny (Cabinet du directeur de l'École d'artillerie) et, comme autre curiosité, une salle décorée avec des armes. Une notice ne peut donner que des aperçus d'ensemble; celle-ci suffit cependant à montrer tout l'intérêt du château. Montalembert, dans un discours célèbre, demandait, en 1843, à la chambre des Pairs, de préserver du vandalisme ce joyau d'architecture. Sa motion ne rencontra qu'enthousiastes approbations. Soixante-sept ans après, M. Charles Deloncle, trouvant la question presque au même point, a réclamé, en séance de la Chambre des députés, la désaffectation du donjon (10 février 1910). Il n'a pas été moins applaudi que son illustre devancier. Puisse sa proposition avoir plus de succès. En tous cas, nul doute qu'elle n'ait le plus chaud appui de tous les amis des arts, de tous ceux qui ont le culte de nos grands souvenirs nationaux. (1)

Éléments protégés MH : en totalité, les parties bâties et non bâties du château, à l'exception des intérieurs du pavillon de l'Armurerie (dit orangerie), du pavillon du Harnachement; abords attenants du château situés sur les communes de Vincennes (Val-de-Marne) et de Paris (XIIe arrondissement) correspondant à l'ensemble des terrains et parties bâties délimité au nord par l'avenue de Paris, à l'est par la limite orientale du cours des Maréchaux : classement par arrêté du 19 octobre 1999. (2)

château de Vincennes 94300 Vincennes, tél. 01 48 08 31 20, ouvert au public du 1er septembre au 30 avril de 10h à 17h et du 2 mai au 31 août de 10h à 18h. Fermé les 1er janvier, 1er mai, 1er et 11 novembre, et 25 décembre.

Le château de Vincennes est une forteresse située à Vincennes, dans la banlieue Est de Paris, dont la construction a duré du XIVe au XVIIe siècle.

C'est le plus grand château fort royal subsistant en France et, du fait de la hauteur de son donjon, une des plus hautes forteresses de plaine d'Europe[n 1].

Le château de Vincennes est le siège du service historique de la Défense.

La forteresse est située près de Paris, à environ huit kilomètres de l'île de la Cité, desservie par la gare de Vincennes de la ligne A du RER par la ligne 1 du métro à la station Château de Vincennes.

Contrairement à la plupart des châteaux forts, il n'a pas été implanté sur une colline ou sur le rebord d'une falaise, mais sur un plateau calcaire.

L'alimentation des douves en eau était assurée par le ru de Montreuil, qui descend du plateau de Montreuil. Le trop-plein de ce cours d'eau se jetait dans le lac de Saint-Mandé.

Au Moyen Âge, le site était couvert d'une forêt giboyeuse. Depuis le XIXe siècle, les alentours du château sont urbanisés : l'ancienne forêt subsiste partiellement dans le bois de Vincennes, dont l'étendue est du ressort de Paris.

Histoire

Époque médiévale

Dans l'Antiquité, la zone du château côtoyait une voie romaine reliant Lutèce et Meaux, via Chelles[1]. Cette voie serait, aujourd'hui encore, partiellement reprise par la rue de Fontenay[2].

Le document le plus ancien mentionnant la forêt de Vincennes est la confirmation par Charles le Chauve d'un échange, en 848, entre l'évêque de Paris et l'abbé de Saint-Maur. Tous les actes postérieurs à 980 indiquent le bois comme propriété royale, sans qu'on connaisse les circonstances de son entrée dans le domaine royal[3].

La résidence de loisir (1150-1340)

La statue de Saint Louis au château de Vincennes.

La première construction est une résidence royale aménagée avant 1178 par Louis VII dans la forêt de Vincennes[4].

Elle devient un manoir, résidence royale de villégiature, en 1180, sous le règne de Philippe Auguste. En 1183, un mur est érigé autour du bois pour créer une réserve de chasse[4].

Saint Louis (1214-1270), qui y séjourne souvent, y est représenté par l'histoire traditionnelle en train de rendre la justice, assis sous un chêne. En 1274, Philippe III s'y marie en secondes noces, et deux rois y sont morts : Louis X, en 1316, et Charles IV, en 1328.

La forteresse (à partir de 1340)

Vers 1337, Philippe VI de Valois décide de fortifier le site en construisant un donjon à l'ouest du manoir.

Charles V de France, né dans la forteresse le , en fait sa résidence, le siège de son gouvernement et de la haute administration. Il fait réaliser les travaux prévus par Philippe VI[5][source insuffisante], y ajoutant par la suite l'enceinte monumentale avec ses portes et ses tours. Le donjon est édifié vers 1365[6]. Sa construction a débuté entre 1336 et 1340[4]. En 1369, on installe des machines de guerre sur les terrasses[4]. La grande enceinte de 11 mètres de hauteur est élevée entre 1372 et 1380[4] ; la muraille avec chemin de ronde ceinturant donjon, manoir, Sainte-Chapelle et bâtiments résidentiels, est achevée en 1380.

En 1386, la garnison du château, sous les ordres d'un capitaine, est forte de vingt hommes d'armes : six chevaliers et quatorze écuyers, auxquels il faut ajouter un garde et deux guetteurs au donjon, ainsi que les gardes des trois portes de l'enceinte. Trois ans plus tard, on dénombre un garde de l'artillerie, un artilleur et deux « forgerons canonniers »[7].

Miniature des Très Riches Heures du duc de Berry. La chasse ou le mois de décembre montrant le château de Vincennes vers 1440[8].

Le château de Vincennes, vers 1440, tel qu'il est représenté sur la miniature des Très Riches Heures du duc de Berry, se compose alors de neuf monumentales tours d'enceintes, dont trois sont des tours-portes à pont-levis à flèches. Les tours de plan quadrangulaire permettent l'intégration d'appartements, évitant la construction de logis accolés aux courtines. Elles sont couvertes en terrasse dallées, et pourvues d'un couronnement crénelé à mâchicoulis[9]. La tour maîtresse est cantonnée de tourelles cylindriques montant de fonds[6] et adopte en partie haute un double couronnement crénelé à ses deux niveaux[9].

Lorsque Louis XI de France fait de Vincennes sa résidence, il quitte les appartements royaux du donjon pour un pavillon neuf de plain-pied, édifié en 1470 dans l'angle sud-ouest du château.

La Sainte-Chapelle (à partir de 1380)

Par ailleurs, les reliques de la couronne d'épines conservées à Vincennes ayant été transférées à la Sainte-Chapelle (Paris), les travaux d'édification d'une nouvelle chapelle, confiés à Raymond du Temple, débutent en 1379.

La Sainte-Chapelle de Vincennes devait recevoir un fragment de la relique, demeuré à Vincennes. À la mort de Charles V, en 1380, Charles VI décide de poursuivre les travaux, maintes fois interrompus par la suite.

De la Renaissance à la Restauration

Le château de Vincennes jusqu'au règne de Louis XIII

Les travaux de construction et d'embellissement sont poursuivis sous les ValoisFrançois Ier fait réaménager le pavillon construit par Louis XI pour y résider lors de ses séjours à Paris. Henri II transfère le siège de l'ordre de Saint-Michel à Vincennes ; il confie l'achèvement des travaux de la Sainte-Chapelle à son architecte favori, Philibert Delorme. La chapelle est enfin inaugurée en 1552. En , la cour se réfugie au château de Vincennes où Charles IX, gravement souffrant, décède le  dans les appartements du donjon. François d'Alençon et Henri de Navarre, assignés à résidence à la cour, deviennent les hôtes contraints du château.

Après l'assassinat d'Henri IV, son fils, le jeune Louis XIII, est installé à Vincennes dans l'ancien pavillon de Louis XI et y passe une partie de sa jeunesse.

Le règne de Louis XIV et le choix de Versailles

Le château devient ainsi la troisième résidence royale. C'est de Vincennes que Louis XIV se rendit le , « en habit de chasse » au Parlement de Paris, faire lit de justice pour imposer ses édits fiscaux[n 2].

L'architecte Louis Le Vau construit les ailes (dites « pavillons ») du Roi et de la Reine. Il construit l'aile de la Reine en 1658 et l'aile du Roi en 1661, ces deux ailes reliées par un portique au nord et au sud entourant la cour royale. Le cardinal de Mazarin y décède le  et sa dépouille est exposée dans la Sainte-Chapelle.

Il est un moment envisagé de remplacer les pavillons construits par Marie de Médicis, mais les projets de reconstruction sont abandonnés, car le château de Versailles absorbe trop de ressources. Le château conserve cependant quelques exemples du style Louis XIV précoce dans les grands appartements. Le jardinier Le Nôtre y aménage des jardins à la française ainsi que l'abord du bois de Vincennes, face à la nouvelle entrée sud marquée par une porte monumentale en « arc de triomphe ».

Restitution du grand parterre du château de Vincennes, vers 1670, depuis le 1er étage du pavillon du Roi.

Le château est définitivement délaissé comme résidence royale lorsque le roi s'installe à Versailles, vers 1670. Louis XV n'y a séjourné que quelques mois : il y est envoyé à la mort de Louis XIV en , l'air y étant jugé plus sain qu'à Versailles ; puis le régent l'emmène ensuite à Paris. Louis XVI n'y a fait aucun séjour.

Prison et manufacture royale (à partir du XVIIe siècle)

Le donjon fut aménagé en prison d'État de prisonniers de haute naissance dès le XVIIe siècle. Sa capacité ne lui permettait pas d'héberger plus de quatorze détenus. Le duc de Beaufort, principal chef de la « cabale des Importants », emprisonné sur ordre d'Anne d'Autriche, s'en évade en 1648. Le cardinal de Retz alla y méditer sur la Fronde dans l'ancienne chambre de Charles VNicolas Fouquet, qui avait lancé l'architecte Le Vau, eut également droit aux honneurs de la prison de Vincennes, à la suite de son procès de trois ans (1664) et avant son transfert dans la place forte royale de Pignerol.

Au XVIIIe siècle, il hébergea la manufacture de Vincennes, spécialisée dans la production de porcelaine, qui devint plus tard celle de Sèvres. Le donjon resta prison d'État. Y furent entre autres internés Voltaire, le marquis de Sade (de  à ) et MirabeauDiderot quant à lui ne fut pas emprisonné dans le donjon mais dans un bâtiment attenant à la Sainte-Chapelle désormais détruit[10].

Par un édit de , Louis XVI décide d'aliéner — par la vente ou la démolition — le château parmi plusieurs résidences royales ou bâtiments indépendants de la Couronne qui ne sont plus utilisés et dont l'entretien constitue un gouffre financier, dont ceux de Choisy-le-RoiMadridla Muette et Blois[11],[12].

Les ouvriers prennent d'assaut le donjon en 1791, d'après Christophe Muller, musée de la Révolution française.

Le , les ouvriers du faubourg Saint-Antoine ne voulant pas d'une nouvelle Bastille, tentent de prendre d'assaut le donjon afin de le démolir. Mais l'arrivée des troupes de Lafayette venant épauler la garde nationale parisienne permet de sauver le donjon.

Malgré le changement de régime, le donjon retrouvera sa destination au XIXe siècle. Seules les conditions pénitentiaires vont radicalement se durcir. Ainsi, à la suite des journées des  au , y séjourneront de nombreux républicains de gauche comme BarbèsBlanqui et Raspail (qui en sortira à la faveur de son élection au Parlement et dont les écrits témoignent de son séjour dans l'ancienne chapelle de Charles V).

Arsenal et établissement militaire (depuis 1796)

Vue des fossés et de la tour de la Reine. Un saule pleureur marque l'emplacement où fut fusillé le duc d'Enghien (aquarelle anonyme, vers 1820)[13][source insuffisante].

Louis-Antoine de Bourbon-Condé est exécuté dans les fossés du château, dans le cadre de ce qui est connu sous le nom de l'Affaire du duc d'Enghien.

En 1796, le château fut converti en arsenal, abritant depuis lors la section historique de l'armée. Il fut profondément remanié à cette époque. Les restes du pavillon de chasse initial datant de l'époque de Saint Louis furent détruits. On construisit de nouveaux bâtiments militaires qui existent encore aujourd'hui. En 1804, le duc d'Enghien fut fusillé dans les douves du château sur l'ordre de Napoléon.

Nommé gouverneur du château par Napoléon en , le général Pierre Daumesnil le défendit une première fois en , lors de la bataille de Paris, puis une seconde fois en 1815, lors de l'occupation de Paris par les troupes russes et prussiennes[14],[15],[16],[17],[18]Ces dernières, qui voulaient s'emparer de l'arsenal du château, se heurtèrent à une résistance acharnée. Avec moins de 200 hommes, le général refusa de se rendre, insensible aux pressions et aux tentatives de corruption, bravant le siège du fort durant plus de cinq mois. Il finit par capituler sur ordre de Louis XVIII, mais sortit de la forteresse en brandissant le drapeau tricolore.[réf. nécessaire]

Époques moderne et contemporaine

La porte massive de sortie du donjon provient de la prison du Temple, détruite par Napoléon Ier. L'empereur fut également à l'origine de l'étêtage des différentes tours d'enceinte du château. Le parc fut remanié au XIXe siècle dans le goût des jardins anglais. Napoléon III confia à Viollet-le-Duc le soin de restaurer la chapelle et le donjon et légua administrativement les 9,95 km2 du bois de Vincennes à la ville de Paris.

Le musée de la Grande Guerre vers 1932 au pavillon de la Reine.

Le Mata Hari est fusillée pour espionnage près de la forteresse de Vincennes, au pied de la butte du polygone de tir, lieu habituel des exécutions militaires[n 3].

Lors de la Seconde Guerre mondiale, le château servit brièvement de quartier général à l'état-major du général Maurice Gamelin, chargé de la défense de la France contre l'invasion allemande de 1940. Le , trois divisions de la Waffen-SS en retraite du front de Normandie s'installèrent dans les lieux. Le 30 otages y furent à leur tour exécutés par les forces nazies ; lesquelles détruisirent trois dépôts de munitions installés dans des casemates, au moment de la libération de Paris, dans la nuit du  au . L'incendie dura près de huit jours et provoqua des dégâts irréversibles : une partie des collections fut détruite, le pavillon du Roi était en ruines er celui de la reine partiellement détruit[20].

En 1958, Charles de Gaulle — alors président de la République — forma le projet de quitter le palais de l'Élysée qu'il jugeait trop enclavé dans Paris, sans perspective sur la capitale et pas assez prestigieux pour accueillir le chef de l'État. Il choisit le château de Vincennes comme nouveau logis présidentiel, mais l'opération fut abandonnée pour d'autres priorités[21].

Fouilles archéologiques (depuis les années 1990)

En 1988, un projet de restauration du château est lancé, entrainant dans un premier temps, l'intervention des archéologues. Ils se concentre notamment sur l'emplacement de l'ancien manoir médiéval. Cette fouille programmée dure de 1992 à 1996 et est dirigée par Jean Chapelot, historien, archéologue et créateur du ERCVBE (Équipe de Recherche sur le Château de Vincennes et la Banlieue Est)[22]L'INRAP est également intervenu en 2016[23].

Ces différentes fouilles ont fait appel à de nombreuses spécialités archéologiques : archéologie du bâticéramologie (2 778 carreaux de terre cuite ont été découverts, datant du XIVe siècle)[24]dendrochronologiearchéozoologie.

Une étude menée sur les marques lapidaires, sur un échantillon de 90 000 blocs de pierre, a relevé, en 2004, 713 motifs différents. La glyptographie (l'étude des marques des tailleurs de pierre) témoigne de l'organisation d'un chantier du Moyen-Âge. Plusieurs idées sont proposées sur leur fonction : certaines marques pourraient être la signature du tailleur de pierre, mais les chercheurs penchent plutôt sur l’hypothèse que les marques servaient à la gestion des pierres sur le chantier, pour savoir à quel endroit devait être acheminé telle pierre[25]

Description

La forteresse a plus l'apparence d'une vaste cité fortifiée ou d'une « résidence royale fortifiée »[n 4] que d'un château fort. Le château n'était à l'origine qu'un simple manoir, mais il eut très tôt vocation à abriter, pour de longues périodes, la famille royale avec toute sa domesticité, une partie de l'administration du royaume et l'armée nécessaire pour sa défense.

Donjon

Le donjon du château de Vincennes après restauration (2006).

La place ainsi protégée est occupée par le donjon haut de 52 mètres au-dessus du sol de la cour[26] (le plus haut d'Europe et comparable[réf. nécessaire] à celui du château de Coucy haut de 54 mètres et d'un diamètre de 31 mètres, construit entre 1225 et 1240 et détruit en 1917), des bâtiments administratifs, civils et militaires, et une chapelle. Au Moyen Âge, l'ensemble permettait à plusieurs dizaines de milliers de personnes de vivre sur place. Quand Jacques Androuet du Cerceau dessine le château dans l'album Le premier volume des Plus excellents bastiments de France, en 1576, l'enceinte est encombrée ; « elle renferme une véritable ville »[27]. Le donjon a été conçu pour abriter le roi de France en cas de danger. Il est à lui seul une place forte. De larges douves, un châtelet et deux ponts-levis assurent sa défense. Le niveau le plus bas sert de réserve d'eau et de vivres. Le premier et le deuxième étage sont les appartements royaux. Les trois autres niveaux supérieurs accueillent les domestiques et les militaires. Au XIVe siècle, les tuyaux en terre cuite sont remplacés par des tuyaux en plomb[28]. Les eaux usées sont évacuées par un système d'égouts[29]. Un compte de travaux datant de 1365-1367, mentionne une « chambre des bains »[30].

Mur d'enceinte

Il est composé d'un long mur d'enceinte de plan quadrangulaire, flanqué de trois portes et de six tours de 42 mètres de hauteur, qui se développe sur plus d'un kilomètre et protège un espace de plusieurs hectares (330 × 175 m).

La gravure de Pierre Nicolas Ransonnette, réalisée sous Charles V le Sage, montre neuf tours, détaillées ci-dessous, en référence à la légende des Neuf Preux[31] :

Vue du château de Vincennes sous Charles V (XIVe siècle) par Pierre Nicolas Ransonnette (1745-1810), graveur ordinaire de Monsieur.
  • A : tour du Village
  • B : tour de Paris
  • C : tour du Réservoir
  • D : tour du Diable
  • E : tour des Salves
  • F : tour de la Surintendance
  • G : tour de la Reine
  • H : tour du Bois
  • I : tour du Roi
  • K : donjon