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lundi 25 août 2025

 

Château de Garde Épée

Le fief de Gardépée relevait de la Châtellenie de Bourg-Charente. Par acte du 7 janvier 1553, Claude Gouffier, grand écuyer de France, seigneur d'Oiron et de Bourg, concède le fief à Jacques Ancelin, marchand à Beauvais-sous-Matha, avec l'autorisation "d'édifier une maison à créneaux tant et seulement sans autre forme de forteresse, avec fuye, vivier, garenne et sera ladite maison dénommée L'espée de Garde". On voyait encore vers 1900 les armes des Ancelin qui portaient de gueule au lion d'or, au-dessus de la porte du pigeonnier. En 1657, les descendants de Jacques Ancelin vendent Gardépée à Pierre Aufroy, marchand bourgeois de Cognac qui épouse la même année Suzanne Bertrand, fille de Jacques Bertrand, sieur du Bouquet en Javrezac. En 1679, Suzanne Aufroy, fille de Pierre Aufroy, épouse Bertrand Richard au Temple de Cognac. Bertrand Richard, sieur de Gardépée, rend hommage à la Comtesse de Miossens au château de Bourg-Charente "à cause du fief et maison noble du lieu de L'Epée de la Garde, appartenances et dépendances qu'il possède par sa femme Suzanne Aufroy". L'hommage consiste en "une épée appréciée à 60 sols et une paire d'éperons dorés appréciés à 20 sols tournois pour raison de huit mâchicoulis percés et ouverts étant au-dessus de l'Espée de la Garde" (acte du 21 juillet 1693). On serait tenté de penser que le portail aurait pu être construit au milieu du XVIe siècle lorsque le seigneur de Bourg autorise une maison à créneau en 1553. En 1713, Pierre de Jarnac, fils d'Ozée-Pierre, notaire royal à Segonzac, juge sénéchal de Roissac, Chazotte... juge de la seigneurie de Bourg, achète Gardépée, qui depuis lors est resté dans la même famille.

 En 1731, un inventaire de Gardépée a été fait lors de la succession de Pierre de Jarnac. Très complet, c'est un témoignage de la vie d'un homme de robe, propriétaire aisé, ayant maison en ville et maison à la campagne au milieu du XVIIIe siècle. On y apprend la constitution du logis tel qu'il était alors, sans étage, et celle des bâtiments l'entourant pour les chevaux et le bétail, le matériel agricole et viticole y compris "deux pressoirs à roues, de nombreux futs et cuves de bois, une chaudière de cuivre sur son fourneau. En plus des meubles, linge en abondance, ustensiles de cuisine et vaisselle dont beaucoup en étain, de l'argenterie, de la faïence de Hollande” des objets précieux dont un petit "crucifix d'ébenne". Pour la nourriture de l'esprit: "une bible, le Praticien français et la Coutume d'Angoumois". Une chapelle a été construite dans l'angle nord-est de l'enceinte et bénie le 15 août 1763 avec l'autorisation de l'évêque de Saintes. Le corps de logis est situé sur un coteau dominant au nord l'Abbaye de Châtres et la plaine de Nercillac, à l'est les bois de pins et le dolmen de Gardépée et au sud la vallée de la Charente et au delà les coteaux couverts de vignobles de la Grande Champagne. 

 La maison donne au nord sur une terrasse et au sud sur une cour intérieure contenant un puits couvert. Cette cour est fermée par les bâtiments d'exploitation et par un mur d'enceinte percé à l'est d'un portail remarquable que l'on date du début de la seconde moitié du XVIe siècle. Ce portail est construit en pierres de taille. Il est constitué de deux portes moulurées en plein cintre. La porte cochère est sans ornement, la porte pour les piétons est encadrée de pilastres plats et surmontée d'un fronton triangulaire mouluré, délicatement orné en son sommet d'une petite urne portant un croissant de lune et à ses angles de petites sphères cannelées reliées par deux arcs en accolade. Sous ce fronton on peut lire dans un cartouche à moulure sculptée de motifs triangulaires cette courte sentence en latin: "Hic Habitabo" (ici j'habiterai). Les deux portes sont surmontées d'un parapet saillant à huit mâchicoulis soutenus par neuf consoles à volutes finement travaillées de trois motifs répétitifs. Le mur d'enceinte en petits moellons et le parapet à mâchicoulis sont surmontés d'un crénelage décoratif bordé d'une moulure, construit en pierre de taille. Quatre consoles finement sculptées scandent la base de la partie haute du mur crénelé. D'autres consoles plus rustiques, côté intérieur, aumême niveau, renforcent le mur en plusieurs points. Chaque merlon est coiffé d'un petit fronton triangulaire. Sous le merlon central de ce parapet a été gravé un autre verset en français qui joue sur le mot Garde, bénédiction scellée dans la pierre par le propriétaire de Gardépée: "Le seigneur soict la Garde de l'antrée et de la sortie" 1562 (ou 1662 la date se lit très mal, et en attendant de trouver plus d'informations, nous aimerions pencher pour une construction du portail avec ses deux portes dans la seconde moitié du XVIe siècle, avec rajout des mâchicoulis, crénelages et texte en 1662). 

 Au dessous un écusson a été martelé. Une tourelle avec une toiture de tuiles plates protégeant l'entrée sur son côté gauche, (deux regards de tir y sont percés), deux petites échauguettes décoratives aux angles sud-est et nord-est, augmentent ce caractère féodal que l'on donnait encore à la fin du XVIe siècle à certaines demeures, surtout pour refléter un statut social et une aisance financière, et pour se défendre à l'occasion: pouvoir s'enfermer derrière de hauts murs, et peut-être décharger son mousquet sur d'éventuels agresseurs. La vaste maison d'habitation à un étage, située sur le côté nord de la cour, a été reconstruite à la fin du XVIIIe siècle sur l'emplacement de l'ancien logis. Elle est prolongée de part et d'autre par deux ailes sans étages plus anciennes. L'aile joignant le mur crénelé à l'angle nord-est de la cour porte un cadran solaire scellé sur sa façade et une pierre gravée de cette maxime: "La prospérité est sujette à l'envye, et l'adversité au mépris, la médiocrité est trop commune, ainsy rien icy bas ne nous peut satisfaire". La date de 1774 est gravée sous le porche. La très grande fuie à l'extérieur de l'enceinte, à droite du portail, date aussi du XVIe siècle. Sa porte en plein cintre est surmontée du blason des Ancelin, sur lequel on distingue deux branches de laurier. Le lion est difficile à déchiffrer. Le toit conique en très petites tuiles plates est percé de deux lucarnes à fronton triangulaire mouluré. Un cordon règnent sur le pourtour, placé sous les petites ouvertures d'entrée des pigeons, était destiné à empêcher les petits mammifères prédateurs d'entrer. 

 Éléments protégés MH: le mur crénelé avec son portail et sa tourelle; la fuie: inscription par arrêté du 30 octobre 1973. 

 château de Garde Épée, route de Gardépée, 16100 Saint-Brice

   

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