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lundi 25 août 2025

 

Château de la Chapelle

Le comte Geoffroy Taillefer, vers 1040, donna ce qu'il possédait dans les paroisses de Champmillon et Moulidars, à l'abbaye bénédictine de Saint-Cybard d'Angoulême. C'est pour cette raison qu'il est plusieurs fois question de la terre de La Chapelle, en Champmillon, dans le cartulaire du monastère (1286, par exemple la donation de Gardrat de La Chapelle, guerrier, et de sa femme Clémence). Les propriétaires du fief de la Chapelle rendaient hommage de vassal à suzerain, à l'abbé de Saint-Cybard, encore au XVIIIe siècle. Ces propriétaires étaient, au XVIe siècle, les Faligon (dont l'un, Jean, était lui-même procureur fiscal de l'abbaye de Saint-Cybard, lors des guerres de Religions), puis la famille Maron, au XVIIe siècle et jusqu'en 1737. Cette famille est célèbre dans le monde du cognac, puisqu'elle est celle de Jacques de La Croix Maron (1560-1620), le mythique "inventeur de la bonne chauffe". Nicolas Maron, sieur de la Chapelle, est parrain du petit-fils du fameux Jacques Nicolas de La Mothe et cousin à un autre Nicolas Maron, sieur de la Brée sur Segonzac dont il est très proche puisqu'il le représente en diverses affaires (1676). De 1737 à 1835 La Chapelle fut habitée par Jean-Baptiste Marchais, négociant à Port L'Houmeau, et ses descendants, puis par la famille Labrousse, de Moulidars et, en 1886, Durand. Au début du siècle, il fut dans les mains de Jean Fougerat, pharmacien, inventeur, viticulteur et philanthrope. Depuis quelques années, les propriétaires y mènent une salutaire et talentueuse restauration. Quelques dates gravées ça et là sur la Pierre, sont de précieuses informations pour la construction du château: 1715, sur le pavillon de gauche; 1746, sur une cheminée centrale et 1780, sur une porte de la façade. 

 L'actuel château de La Chapelle date donc du XVIIIe siècle, par son style et par son esprit. L'esprit, c'est celui d'une belle demeure viticole, enrichie dans le dernier siècle de l'Ancien Régime, par un négoce allant croissant. Admirablement disposée, presque isolée, au fait d'une douce colline, la bâtisse sert de faire-valoir aux vignes qui l'entourent, au point de faire penser aux châteaux du Bordelais voisin. Dans une réciprocité quasi-parfaite, l'ensemble des bâtiments est au service de ce vignoble; à droite de la façade du logis, autour d'une vaste cour carrée s'organisent distilleries, chais, granges, écuries et logements annexes. Le décor, le style, il faut bien sûr les chercher dans la maison de maître. Avec ses deux étages sur ses 35 mètres de long, sa façade est soulignée par une balustrade aveugle au devant d'une couverture basse en ardoises, rehaussée à ses deux extrémités par des toitures pyramidales correspondant chacune à une légère avancée du bâtiment. Au rez-de-chaussée, ce sont des portes fenêtres, en arc bombé, comme les fenêtres de l'étage, qui ouvrent sur trois terrasses successives, légèrement dissymétriques, reliées par des escaliers, encadrés de piliers, à des douves rectangulaires. On voit comme le décor des jardins joue ici avec le relief et les éléments naturels du terrain. Les douves sont justement alimentées par une fontaine dont la niche est ornée d'un fronton. A l'intérieur, les salles se succèdent sans donner dans un couloir. La plupart ont gardé leurs boiseries Louis XV ou Louis XVI. On remarquera un escalier inattendu de style Empire à double révolution, qui remplace un précédent à balustres. Deux colonnes doriques contribuent à sa solennité. Dans le mur ouest de l'escalier, se voit une fenêtre à meneau, du XVe ou XVIe siècle, reste du manoir antérieur. D'anciennes portes arrondies, et maintenant murées, se voient aussi à plusieurs reprises. Grâce à ses indices, il est permis de penser que ce château primitif occupait sensiblement les deux tiers droit du corps de logis présent.

Éléments protégés MH: les façades et les toitures; l'escalier intérieur avec sa rampe; la cheminée au deuxième étage du pavillon Sud; les deux terrasses avec leurs murs de soutènement et leurs balustrades ainsi que la fontaine : inscription par arrêté du 30 mars 1976. 

 château de la Chapelle 16290 Champmillon

   

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