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samedi 17 janvier 2026

 

Château de Kerazan

Sur la route qui, de Pont-l’Abbé, mène à Loctudy, on rencontre la chapelle de Notre-Dame des Croix, sise justement à un croisement de routes, et dont l’origine remonte au XIIIe siècle. Au pied de la croix érigée près de ce sanctuaire, le seigneur de Kerazan recevait chaque année, le jour du Pardon, l’hommage féodal de son voisin de Kervéréguin. Il se traduisait par l’offrande d’un gant d’épervier muni de ses sonnettes, d’un pot de vin, d’un liard de pain et autant de poires. La route en face de la chapelle conduit au château de Kerazan. À quelques centaines de mètres apparaît sa grille d’entrée qui s’ouvre sur de larges avenues, un parc, dessiné au temps des seigneurs du lieu, planté de très beaux arbres et entouré en partie d’une douve remplie d’eau. L'édifice, rehaussé par ce décor qui le rend plaisant, manque d'unité architecturale dans l’ensemble: un bâtiment, appelé le Vieux Manoir, appartient probablement au XVIe siècle avec sa tour carrée couverte en poivrière, le reste de la construction date du début du XVIIIe siècle, sans parler des adjonctions ultérieures. Les combles de cette demeure et de ses dépendances voient le jour par des lucarnes à frontons demi-circulaires chargés d’urnes, ou simplement triangulaires sans ornement, ou encore par des œils-de-bœuf. Les plus anciens possesseurs que l’on connaisse de Kerazan sont les Kerfloux, sergents féodés, héréditaires du Baron de Pont-l’Abhbé. Un Alain de Kerfloux signe, en 1350, un acte qui a trait à la chapelle du château de Pont-l’Abbé, et un Christophe du même nom fonde, en 1540, deux tombes dans l’église de Pont-l’Abbé, lesquelles seront enlevées par la suite. Les Kerfloux disparus de Kerazan, les Riou de Kernuz et les Drouallen s’y installent.

En 1637, René Drouallen, fils de Jacques, natif de Plounévez-Quintin, seigneur de Lesnalec, Lestrenec, Kerandraon et Kerazan, est sénéchal de Pont-l’Abbé. Dans les années 1690, Louis Drouallen, seigneur de Kerazan, est Conseiller du Roi et son alloué au siège présidial de Quimper. Puis Anne-Josèphe Drouallen épouse Yves-René Le Gentil, écuyer, seigneur de Rosmorduc. Ils héritent de Kerazan. Ce Le Gentil de Rosmorduc est riche en titres: Chevalier des Ordres royaux militaires et hospitaliers de Notre-Dame du Mont-Carmel, de Saint Lazare et de Jérusalem, ancien Capitaine au régiment de dragons de Bretagne. À Logonna-Daoulas existe toujours le vieux château des Comtes de Rosmorduc. Un membre de cette famille, René-Hyacinthe, a épousé Catherine-Agathe Fleuriot de Langle, sœur du compagnon de Lapérouse. Puis c’est la Révolution. Louis-Ange-Aimé, ancien officier, fils aîné de Yves-René Le Gentil de Rosmorduc et de Anne-Josèphe Drouallen, abandonne le sol de la liberté, comme disent les administrateurs révolutionnaires, et n’y remettra les pieds que pour prendre du service dans la Chouannerie. Aussi quand les officiers publics se présentent à Kerazan, le 4 septembre 1793, n’y trouvent-ils qu’une paysanne, fermière des Rosmorduc: Marie Poulichet, femme de Corentin Daniel, qui de surcroît est aveugle. L’inventaire se fait sans difficulté dans la cuisine. Mais la pièce appelée "les archives" est fermée à clef et celle-ci est probablement entre les mains de Jacques Royou, ci-devant comptable des Rosmorduc. On fait encore sauter la serrure d’un placard: il contient de la vaisselle. Enfin, on inventorie le mobilier de la chapelle. Deux charrettes sont nécessaires pour transporter ces meubles et effets. Le mobilier sera vendu au château de Pont-l’Abbé: le grand moulin à eau de Kerazan, le moulin à vent de Kergolven, la métairie du Dourdy, le tout acheté par le citoyen Louis Derrien, de Loctudy, pour 42.000 livres. Le 15 thermidor an II (3, le manoir de Kerazan revient au même acquéreur pour 30.000 livres.

En 1814, Louis Derrien, veuf deux fois et remarié, meurt à Loctudy et les Normant-Derrien héritent du domaine de Kerazan. Edouard Le Normant s'appelle plus exactement Le Normant de Varannes. Une tradition familiale le fait descendre de Henri Le Normant, l’un des cinq bourgeois de Calais qui, avec Eustache de Saint-Pierre, se livrèrent, en 1347, à Edouard III, afin de sauver leur ville. Cet Henri fut récompensé par Philippe de Valois qui lui octroya des seigneuries et des charges considérables. Un Jean Le Normant fut secrétaire de Charles VII. À la même époque, un Regnaudin du même nom rendit des services au Roi. Un Joseph Le Normant, régent de l’Université d'Orléans, fut maire de cette ville de 1717 à 1725. Edouard Le Normant est son arrière-petit-fils. Il a la vocation de bâtisseur. Sous sa direction s’élèvent des immeubles neufs dans le quartier Mesgloaguen à Quimper, dont un portera un temps son nom. Il construit vers 1840 de nouvelles halles à Pont-l’Abbé: deux maisons contiguës et une galerie cédées en 1853 au maître maçon François-Marie Stéphan. Quant au manoir de Kerazan, il devient la propriété de René Arnoult, notaire, de Pont-l’Abbé, issu d’une famille qui a donné deux maires à cette ville: en 1790, Jacques, avocat et en 1829, Michel, médecin. La fille de René, prénommée Noémie s’unit en 1855 à Joseph Astor, né en 1824 à Ajaccio, fils d’un autre Joseph Astor, originaire du Lot, Colonel qui, après avoir fait les campagnes de la Révolution et de l’Empire, s’était retiré à Quimper, dont il a été maire. En 1901, son éloge funèbre est prononcé à la tribune du Sénat par Armand Fallières, futur Président de la République. Il laisse un fils aussi prénommé Joseph, né en 1859 à Quimper. Esprit cultivé, docteur en droit, amateur d’arts, il vit retiré à Kerazan, avec ses souvenirs, amoureux des arbres et du paysage qui l’entourent. Il enrichit la collection qu’il tient de sa famille, peintures, dessins, gravures...

Il meurt en 1928, et, par testament, il lègue tous ses biens, le domaine de Kerazan et des fermes aux alentours, à l’Institut de France, en précisant : "je veux, par l’emploi de ma fortune et par une institution utile, rappeler le souvenir des miens dans le pays, au bien-être et à la prospérité duquel ils ont consacré une bonne partie de leur vie et le meilleur de leurs efforts". Joseph Astor, outre la création d’un musée, exprimait le vœu que soit dispensé à Kerazan un enseignement d’art appliqué et industriel destiné aux jeunes filles du pays. En 1931, on ouvre à Kerazan un atelier de tapis. C’est un membre de l'Institut, M. Fenaille, qui a eu l’idée de faire apprendre ce métier aux bigoudènes. On apprend également à Kerazan la broderie, spécialité bigoudène, et on compte une vingtaine d’élèves en 1939 sous la direction de deux professeurs, dont Mademoiselle Toulemont qui s’occupera plus tard du musée. En 1946-47 on enseignera aussi la coupe et la couture, ce jusqu’en 1966. Le premier conservateur de la Fondation Astor est M. Georges Souillet, artiste-peintre. Travaillant pour son plaisir, il a parcouru, à bicyclette, la plupart des régions de France, mais Loctudy le retient car c’est, dit-il, l'endroit le plus beau qu’il ait trouvé. Kerazan a l’attrait d’un manoir breton que l’on peut visiter, du moins la partie ouverte au public: le grand salon, la salle de billard, le salon Arnoult, le salon vert de Mme Astor. En fait, c’est encore chez les Astor que l’on est reçu. Le mobilier même parle d’eux. Le connaisseur, l'artiste y verront une intéressante exposition d'œuvres de maîtres Cottet, Maurice Denis, Steinlen, Desvallières. Lucien Simon, et autres, comme Auguste Goy qui nous a laissé d’émouvants témoignages sur le pays de Quimper au siècle dernier.

 Éléments protégés MH : les façades et les toitures du corps de logis & de l'aile en retour Est à l'exclusion des communs du début du XXe siècle attenants au pignon ouest. Les cinq pièces du rez-de-chaussée, la salle à manger, le grand salon, la salle de billard, le fumoir, la bibliothèque. Le parc et ses murs de clôture, y compris les éléments du système hydraulique du XVIIIe siècle (citerne, vivier, canal) et les douves : inscription par arrêté du 24 août 2000. 

 château de Kerazan 29750 Loctudy 

 Téléphone : 06 04 44 35 12 

 

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