Château de Montfrin
Le
donjon de ce château qui domine la vallée pourrait remonter à l'époque
romaine mais nous ne connaissons les seigneurs de Montfrin qu'à partir
de l'époque médiévale. Le château connut des hôtes illustres, il aurait
abrité en 1214 Saint François d'Assise et en 1270, Saint Louis avant son
embarquement pour les croisades. Le 18 octobre 1308 Montfrin est érigé
en baronnie lors d'un échange entre Robert Albaron et Philippe le Bel.
Le 22 avril 1360, François Albaron (fils de Robert) est récompensé par
Charles, Régent du royaume, pour ses services rendus à là bataille de
Poitiers. Sa petite-fille épouse Guillaume de Laudun dit Des Baux. En
1463, leur petite-fille, dame de Montfrin, épouse Guillaume Allemand. Le
25 octobre 1480, leur fils Louis prête hommage et serment de fidélité
en ces termes "je, Louis de Albaron, dit Allemand, chevalier, seigneur
de Lers et des baronnies de Montfrin et de Rochefort". A sa mort, son
frère Jacques hérite de la baronnie. Marié avec Marguerite de Clermont,
il eut un fils qui mourut jeune et trois filles dont la cadette épousa
Louis Monteynard, mais le château passa à la fille aînée qui avait
épousé Bertrand d'Arpajon. Leur fils Antoine épousa Marguerite de Lévi
qui hérita de la baronnie après le décès de son fils Laurent (mort sans
postérité). En 1601, séjour de Marguerite de Valois au château. En 1604,
mort de Marguerite de Lévi. Elle avait institué pour héritier son neveu
Jacques de Cardalhac mais il mourut avant elle et c'est son fils
Antoine de Cardalhac qui hérita de la baronnie qu'il vendit à Mari
Monteynard, co-seigneur de la baronnie. Le château restera dans la
famille jusqu'à 1925. Le 18 janvier 1628, mort de Mari Monteynard, la
baronnie passe à son fils aîné François et à la mort de celui-ci à son
frère Hector. En 1629, passages et séjours de Louis XIII au château de
Montfrin. En mars 1652, Hector obtint l'érection de la terre de Montfrin
en marquisat et fut nommé maréchal de camp du roi puis eut l'office de
sénéchal. Le 7 février 1667, le Parlement de Toulouse condamne Hector à
être banni de France pour mauvais traitements envers ses sujets. En
1792, le mobilier est vendu, les pots-à-feu brisés... mais les
Monteynard reprendront possession du château après la Révolution. En
1810, Hector-Joseph, marquis de Montfrin épouse Clémentine de
Dreux-Brézé. En 1925, vente du château à Robert Servan-Schreiber. De
1942 à 1944, le château est occupé par l'armée allemande et Rommel y
résida. Après les bombardements américains, les F.F.I. s'y installeront
jusqu'en 46. La fille de Robert Servan-Schreiber épouse Pierre
Mendes-France qui écrira dans ce château "La république moderne"...
Le
château de Montfrin présente une situation et un plan remarquable. Il
domine le village mais ses terrasses s'étagent vers la vallée. Son
organisation se définit à partir de l'ancien donjon carré qui forme
belvédère et de la cour qui lui est adjacente. Cette masse
quadrangulaire se prolonge, côté Est, par deux ailes qui enserrent une
vaste cour d'honneur. Celle-ci s'élargit jusqu'aux communs situés un peu
en retrait des ailes et se clôt sur une grille encadrée de deux
pavillons. Le portail en ferronnerie s'ouvre entre deux piliers
surmontés de lions et conduit vers la porte d'entrée du château. De part
et d'autre de cet axe se trouvent les communs qui ne sont pas
rigoureusement symétriques. En effet, l'édifice situé au sud présente
des portes en anse de panier tandis qu'au nord, elles sont en plein
cintre. Cependant, le chaînage d'angle à refends, le bandeau séparant
les niveaux, les fenêtres légèrement cintrées et le muret destiné à
cacher la toiture sont des éléments qui s'harmonisent parfaitement avec
la construction du château. En se rapprochant du château, on arrive dans
la cour d'honneur proprement dite, bordée par les deux ailes du
château. Celles-ci n'ont qu'un étage surmonté d'une balustrade mais
elles réduisent le rez-de-chaussée de la façade d'entrée du château à
cinq travées alors que le premier étage se déploie sur sept travées. Ces
bâtiments laissent voir par l'arcade centrale des échappées sur le
parc, n'étant à ce niveau-là qu'un simple mur, mais leur symétrie et
leur construction en pierre renforcent la majesté de l'ensemble. Y
contribue aussi la riche ordonnance de cette architecture, rythmée par
des pilastres à refends en travées aveugles où se succèdent arcades en
plein cintre et cadres rectangulaires.
La travée centrale se distingue par les refends qui la recouvrent
entièrement, par l'ouverture de son arcade et par le fronton arrondi qui
la surmonte. Celui-ci est orné d'un médaillon avec monogramme entouré
de rubans et de guirlandes de fleurs et de feuillage. Cette décoration
s'oppose à la sobriété de la façade d'entrée,Celle-ci est enduite et la
pierre, d'ailleurs soigneusement appareillée, n'apparait qu'aux
premières assises sur lesquelles l'édifice est bâti et au-dessus de la
corniche pour le muret qui cache la toiture. La pierre est également
visible sur le double bandeau qui sépare les deux niveaux et sur les
encadrements de fenêtres. La travée centrale se détache par un mince
décrochement et par le fronton orné du blason des Monteynard qui la
couronne. Quelques marches permettent d'accéder à la porte d'entrée dont
le riche encadrement semble dater du XIXe siècle. En effet, deux
pilastres ioniques à bossages vermiculés supportent un entablement
tandis que des rinceaux de feuillages occupent les écoinçons de la porte
en plein cintre. La fenêtre située au-dessus est aussi soulignée par
une corniche. La façade Sud reprend l'organisation de celle de l'entrée,
mais la travée centrale est plus simple. Encadrée de pilastres à
refends semblables à ceux des angles, elle se termine par une corniche
courbe rappelant les ouvertures du rez-de-chaussée. Les fenêtres de
cette travée se transforment en porte-fenêtres, celle du premier niveau
s'ouvre sur un grand balcon dont les consoles constituent la seule
ornementation de cette façade. Celles-ci forment de grosses volutes
recouvertes de feuillage alors que sur l'agrafe centrale se trouve une
coquille. Une large terrasse comprenant deux bassins s'étend devant
cette façade et l'allée centrale conduit vers la balustrade qui
surplombe les deux autres terrasses qui s'étagent sur le flanc de la
colline.
La façade Ouest , tout en reprenant
les caractéristiques des façades Sud et Est se présente de manière un
peu différente : la pierre n'est pas enduite et reste visible partout,
cependant, contrairement aux autres côtés, les premières assises ne sont
pas appareillées. Néanmoins, la différence majeure concerne les
ouvertures (les fenêtres du rez-de-chaussée ainsi que la porte-fenêtre
du premier niveau sont en arc plein cintre avec la clef en ressaut) et
surtout les niveaux puisque cette face comporte une rangée d'oculis sous
la corniche. Malgré l'escalier qui la signale, la travée centrale est
moins mise en évidence que sur les autres façades car les refends
encadrant la porte-fenêtre du rez-de-chaussée s'arrêtent au niveau du
balcon. Celui-ci, avec ses consoles en volutes ressemble à celui de la
façade Sud. Il faut noter les terrasses s'ouvrant au premier niveau dans
les angles S-0 et N-0, car elles agrandissent le rez-de-chaussée qui
compte alors neuf travées. La façade Nord est très différente des
autres. Rendue plus majestueuse par l'appareillage des pierres, elle
apparaît aussi d'une plus grande nudité : pas de bandeau séparant les
niveaux, pas de travée centrale. De plus, ici, de par la déclivité du
terrain, on compte trois niveaux avec des fenêtres de hauteur
croissante, celles du rez-de-chaussée, les plus petites, sont légèrement
cintrées tandis que celles des étages sont rectangulaires. Seuls, les
refends d'angle et le muret qui surmonte la corniche rappellent le parti
général de l'édifice. Cette façade correspond à la grande galerie du
château, pièce qui sert aujourd'hui de débarras. La cour intérieure
s'ouvre devant le donjon médiéval. Les murs de cette puissante tour
carrée sont traités en bossages rustiques maison peut remarquer un
parement lisse en bas. Les fenêtres, percées ultérieurement sans doute,
sont à meneaux et celles du bas ont dû être refaites récemment.
Le
belvédère auquel on accède par un bel escalier en vis, est en pierres
soigneusement appareillées mais semble plus tardif. Les murs délimitant
la cour intérieure sont en maçonnerie plus grossière avec des restes de
crépi, cependant les encadrements de fenêtres sont en pierre de taille.
Le mur fermant cette cour à l'Est, (face au donjon), présente deux
fenêtres obturées sans doute pour pouvoir réaliser le décor peint qui
orne la cage d'escalier. On accède à cette cour par un escalier
rampe-sur-rampe situé au Sud du donjon tandis qu'un escalier de même
type mais situé au nord du donjon s'ouvre sur une autre cour, beaucoup
plus petite et couverte d'une verrière. L'escalier monumental occupe
toute la partie Est de la cour intérieure, ce qui correspond à deux
travées de la façade d'entrée. C'est un escalier tournant à gauche à
trois volées droites avec deux repos formant retour d'équerre, sur voûte
porteuse en demi-berceau et trompes d'angles. La rampe en ferronnerie
fait alterner des panneaux composés de motifs ressemblant à des lyres
avec des motifs dorés représentant le chiffre des Monteynard surmonté de
la couronne de marquis. Ce chiffre se retrouve au dessus d'une cheminée
où l'on distingue mieux le "M" et le "D" entrelacés. Ces initiales
pourraient marquer l'alliance des Monteynard avec les Dreux-Brézé, ce
qui permettrait de dater cet ensemble de la première moitié du XIXe
siècle.
La cage d'escalier est entièrement
décorée en trompe-l'oeil dans des tons de beige, en camaïeu. La voûte
porteuse est ornée de motifs circulaires tandis que les trompes
soutenant le palier présentent des trophées guerriers. Ce décor figure
un bel appareillage régulier au rez-de-chaussée et au premier étage des
pilastres cannelés d'ordre ionique qui rythment le mur et soutiennent un
riche entablement. Ces pilastres délimitent des espaces qui sont
creusés de niches, celles-ci contiennent alternativement des statues en
pied et des compositions allégoriques. Sont ainsi représentés les
maréchaux de France, allusion à la charge d'Hector de Monteynard :
Turenne et Condé encadrent Louis XIV tandis que, sur les murs nord et
sud, se font face Catinat et Saint-Amour. Ils sont identifiés par
l'inscription qui figure sur le piédestal de la statue et par le blason
qui surmonte chaque niche. Cependant, au dessus des armes royales,
interrompant la frise, se trouvent les armes des Monteynard. Sur le
grand pan de mur, à l'Ouest, les trois niches sont encadrées de panneaux
décorés de trophées, mais le respect de l'organisation générale
implique un blason. Les murs nord et sud sont occupés par trois niches
mais seule celle située au centre contient une statue, les deux autres
font place à une composition assez singulière d'objets symbolisant une
activité humaine. L'espace situé au dessus des portes est occupé par des
bustes de femmes dans de grands médaillons. Ce décor se poursuit sur le
mur Est où entre les fenêtres, se déploient des trophées. Cet ensemble,
remarquable par sa cohésion stylistique et l'effet du trompe-l'oeil
pourrait dater du XIXe siècle.
Éléments
protégés MH : le château, les communs, les terrasses et les jardins, à
l'exclusion des parties classées : inscription par arrêté du 14 août
1956. Les façades et les toitures du château, la cage d'escalier,
l'enfilade de salons et la chapelle voûtée (aile Sud), les façades et
les toitures des communs, les terrasses et le jardin ordonnancé, la
voûte de la cuisine (aile Nord-Est) : classement par arrêté du 12
novembre 1985.
château de Montfrin 30490 Montfrin
Téléphone : 04 66 57 51 52

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