Château de Neaufles-Saint-Martin
Les rois francs de la première et de la seconde race, que le plaisir de la chasse attirait dans la forêt de Lyons ou dans les environs, avaient dans cette région de nombreuses résidences. Dagobert se rendait de temps en temps à sa villa d'Étrépagny. Charles le Chauve convoqua à son château de Neaufle, en 856, les grands du royaume pour aviser aux moyens de résister aux invasions des Normands, si redoutés qu'on avait ajouté aux litanies cette prière: A furore Normanorum libera nos, domine. On sait que nul moyen ne prévalut contre l'audace et la rapacité des envahisseurs et qu'un demi-siècle plus tard ils étaient maîtres du pays. Neaufle formait avec Gisors l'une des plus anciennes appartenances de l'église de Rouen. Les diverses terres que l'église métropole possédait en ces lieux lui avaient été données par Clotaire. Aussi Papyre Masson les désigne-t-il sous le nom de douaire de la Vierge. Un siècle plus tard, l'archevêque de Rouen échangea ce qu'il possédait à Gisors et à Neaufle, contre le domaine de Kelling, sis en Angleterre. Vers le milieu du XIe siècle, Guillaume le Bâtard confia son château de Neaufle à Guillaume Crespin, premier du nom, fils de Gilbert de Brionne, renommé par sa belle défense de Tillières, en 1037, et surnommé Crespin à cause de ses cheveux crespés. Guillaume II, fils de Guillaume 1er, épousa la fille unique de Godefroy d'Etrépagny, et celle-ci apporta dans la maison du Bec-Crespin les terres d'Etrépagny et de Neaufle. En 1290, Neaufle avait pour gouverneur Gaultier de Boisgelin. Dans la guerre que se firent les rois de France et d'Angleterre, cette place suivit la fortune de Gisors. Elle tomba en 1193 au pouvoir de Philippe-Auguste. A cette époque, cette forteresse fut notablement agrandie.
Le
21 août 1359, le régent (depuis Charles V) céda à la reine Blanche
d'Evreux, veuve de Philippe VI de Vallois, en échange de Melun, les
châteaux et villes de Vernon, Vernonnet, Pontoise, Neaufle, toute la
vicomté de Gisors, à l'exception de la ville et du château, puis
Neufchâtel et Gournay. Blanche d'Évreux, qui aurait pu deux fois voir la
couronne d'Espagne se poser sur son front, préféra rester reine de
France; mais elle était sœur de Charles le Mauvais, roi de Navarre, et
cette parenté nuisit beaucoup au rôle qu'elle avait choisi. Elle
habitait Vernon lorsque Duguesclin fut opposé aux Anglais et aux
Navarrais dans le comté d'Évreux. Blanche fit son possible pour nuire au
ravitaillement des troupes françaises et à leur communication. Vernon
étant peu éloigné des lieux où se passait l'action, elle était informée
par des courriers de tous les détails de la bataille de Cocherel
lorsqu'on en vint aux mains. Sur sa conduite en cette circonstance nous
laissons la parole à Pierre Cochon (Chronique Normande): "Blanche, seur
du roy de Navarre, que fu fame du roy Philippe, demourante à Vernon, et
estoit son douaire là assis, laquelle reconfortoit les Navarrois pour
l'amour de son frère. Se avint que messire Bertrand se retray, et fist
passer ses sommages (chenaux portant bagages) oultre la riviere les
nouvelles vindrent à la royne Blanche que les Franchois estoient
desconfis; et, celles nonvelles oyes (entendues) menestriex
commenchèrent à corner, et dames et damoizelles à danser et amener si
grant joye que nul ne le peust penser. Et tantost après mainz (moins) de
hores oires autres nouvellez: de quoi les viellez, furent mises soulz
le banc, et fu la grant joye tournée à grant plor. Et avait la dite
roine Blanche une grant huche plaine de linges, robez et de chausses
semellez à poulaine qui couroient pour le temps à leur donner après la
bataille et pour ce que le roy de Franche oy parler de celle grant joye
et que Vernon estoit trop entre les forteresches des Nauvarrois elle fu
mise hors et out Neaufle et fu assiz là son douaire et out la forest de
Leonz (Lyons) et Gysors et autres terrez entour et environ".
Il
est à croire que la soeur du roi de Navarre accepta cet échange avec
résignation. Elle visitait souvent les villes et les châteaux qui
faisaient partie de son douaire, mais Neaufle fut son lieu de
prédilection. En 1388, elle y reçut le roi Charles VI et le duc
d'Orléans, ce qui soupèrent et couchèrent au castel. Enfin elle y
termina sa vie et son long veuvage, le samedi 5 octobre 1398. "Et fut
son service fait en la grant église de Rouen et tous prêtres qui
vouldrent chanter messe pour l'âme d'elle ourent III sols parisis". La
baronnie de Tancarville ayant été érigée en comté, le 4 février 1552, en
faveur de Jean de La baronnie de Tancarville ayant été érigée en comté,
le 4 février 1552, en faveur de Jean de Melun, deuxième du nom,
chambellan de France et de Normandie, marié à Jeanne Crespin, dame de
Varenguebec, Étrépagny et Neausle, qui lui avait apporté ces terres en
mariage, la seigneurie de Neaufle fut en partie détachée du nouveau
comté pour être annexée à la baronnie d'Étrépagny. En 1417, cette
baronnie fut portée dans la maison d'Harcourt par Marguerite de Melun,
comtesse de Tancarville, baronne de Varenguebec, Étrépagny, etc., mariée
à Jacques d'Harcourt, deuxième du nom, baron de Montgommery. Jeanne
d'Harcourt, comtesse de Tancarville, baronne de Varenguebec,
d'Étrépagny, etc., petite-fille des précédents, ayant été mariée en 1476
à René II, duc de Lorraine et de Bar, celui-ci la laissa "parce qu"elle
était petite, bossue, et incapable d'avoir d'enfants", pour prendre
comme épouse (d'après une bulle de dispense portant confirmation de ce
second mariage), Philippe, fille du duc de Gueldres. Aussi, par suite de
ce délaissement, la comtesse de Tancarville légua tous ses biens, par
testament fait la veille de sa mort (7 novembre 1488), à François
d'Orléans, premier du nom, comte de Dunois et de Longueville, son
cousin. Jeanne d'Harcourt fut inhumée dans l'église collégiale de
Montreuil-Belloy, près de Guillaume d'Harcourt, son père, le fondateur
de cette collégiale.
C'est ainsi que la terre
de Neaufle entra dans la maison de Longueville. François d'Orléans,
bâtard de Rothelin, gouverneur de Verneuil, baron de Varenguebec,
seigneur de Neaufle, mort en 1600, a été inhumé dans l'église de ce
dernier lieu. Marie d'Orléans, damoiselle de Longueville, fille d'Henri
d'Orléans, deuxième du nom, duc de Longueville, gouverneur de Normandie,
décédé à Rouen le 11 mai 1633, succéda, après la mort de ses frères, à
tous les biens de sa maison. Marie d'Orléans avait épousé, en 1657,
Henri de Savoie, deuxième du nom, qui après avoir été archevêque de
Reims, à l'âge de vingt-six ans, sans être dans les ordres, et avoir
résigné son archevêché à la mort de son frère Charles-Amédée, fut tué en
duel en 1662 par le duc de Beaufort. Il ne laissait pas d'enfants.
Aussi sa femme vendit la baronnie d'Etrépagny à Nicolas Billy, seigneur
de Beyre, mort en 1726. Marie-Françoise Galland, veuve de ce dernier,
ayant eu en reprise la baronnie d'Étrépagny et les terres et seigneuries
qui en dépendaient, les laissa à son neveu, Pierre-Edmé Galland, maître
à la Chambre des comptes de Paris, mort en 1753, laissant une fille,
Gabrielle-Elisabeth, née en 1731, mariée en 1752 à Michel-Jacques
Turgot, marquis de Sousmont, conseiller du roi et président à mortier au
Parlement de Paris, père du célèbre Turgot, dont Louis XVI a dit: "Il
n'y a que M. Turgot et moi qui aimions le peuple". Le château de Neaufle
fut abattu vers 1647 par ordre du cardinal de Mazarin. Il n'en resta
que la moitié d'une tour et une première ligne circulaire erminée du
côté de la vallée par une courtine.
La tour
présente des détails de construction dans lesquels on a cru reconnaître
des oubliettes. C'est d'abord une conduite qui débouche au sommet d'une
chambre ménagée dans l'épaisseur de la muraille du sous-sol, puis cette
chambre elle-même longue de plus de quatre mètres et haute d'environ
cinq mètres. S'agit-il là d'une sorte de charnier dans lequel on faisait
disparaître pour toujours les cadavres des victimes d'une justice
sommaire ou de quelque vengeance particulière ? C'est ce que nos
recherches ne nous permettent pas d'affirmer d'une façon positive. En
1840, on tenta la destruction des restes de la tour pour se procurer des
matériaux. Cet acte de vandalisme n'eut pas de suite. A la fin du XIXe
siècle, l'administration départementale, dans l'intention de conserver
les derniers vestiges de la résidence de la reine Blanche, offrit 400
francs de rente de tout le terrain entourant l'ancien château, jusqu'à
la seconde ligne circulaire. Ces offres furent rejetées, bien que les
terrains dont il s'agit ne produisent pas annuellement le dixième de
cette somme. Sur le territoire de Neaufle est la Croix percée, élevée
vers le XIIIe siècle à l'occasion de quelque événement dont elle était
destinée à perpétuer le souvenir. Cette croix offre quatre angles
avancés et quatre losanges percés à jour. Elle est ornée sur chacune de
ses arêtes d'une torsade ou câble, ornementation spéciale au XIe et au
XIIe siècle.
Divers historiens mentionnent
encore parmi les possesseurs de la terre de Neaufle les quelques
personnages énumérés ci-après: Le Père Anselme, en rapportant la branche
des seigneurs de Gisors, issue de la très ancienne famille de
Montmorency, cite Payen de Neausle, autrement dit Thibaut de
Montmorency, fils de Geoffroy de Montmorency dit le Riche, surnommé
Payen, chevalier, seigneur châtelain de Gisors et de Neaufle en l'an
1100, comme ayant possédé cette dernière terre à cause de sa mère
Richilde "qui avait de grands biens". Le savant Augustin ne fait pas
connaître, dans son Histoire des grands officiers de la Couronne, les
armes de cette branche des châtelains de Gisors, qu'il fait remonter à
Bouchard de Montmorency, deuxième du nom, père de Thibaut de
Montmorency, connétable de France en 1098. Suivant quelques historiens,
la reine Blanche de Castille, mère de Saint Louis, fut dame de Gisors et
de Neausle. En 1293, Pierre de Chambly, chambellan, est dit seigneur
dominant de Neaufle, cette terre lui ayant été fieffée par Guillaume
Crespin, ce qui fut confirmé en 1303 par Jean de Melun, deuxième du nom,
comte de Tancarville, grand maître de France, qui avait épousé Jeanne
Crespin. Catherine de France, fille de Charles VI, roi de France, et
femme de enri V, roi d'Angleterre, eut aussi, au dire d'Auguste Le
Prévost, la terre de Neaufle dans son apanage.
Éléments protégés MH: le donjon : inscription par arrêté du 17 avril 1926.
château-fort de Neaufles 27830 Neaufles-Saint-Martin
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