Château de Vernonnet dit des Tourelles
Lorsque,
après avoir parcouru Vernon, admiré ses belles promenades et visité sa
vieille église, le touriste arrive à l'entrée du pont, ses regards sont
subitement attirés sur la rive droite de la Seine, par quatre tours
coiffées de poivrières ardoisées, dont les pointes se découpent
nettement sur la verdure sombre du versant du mont Roberge et du Grand
Roule. Ces tours et le bâtiment carré aux quatre angles duquel elles
sont soudées, sont tout ce qui reste de l'ancienne forteresse de
Vernonnet. Les degrés par lesquels on accède aux étages de ce château,
contemporain de celui de Vernon, se trouvent dans le bâtiment central.
Vers la fin du XVIIIe siècle, les quatre tours étaient encore couronnées
de créneaux qui disparurent pour faire place aux poivrières. A la fin
du XIXe siècle nous ne pouvons décrire l'intérieur de ce chastel. Il
fait partie d'une propriété privée, et celui qui la possède refuse de la
laisser visiter, prétextant qu'il y aurait danger d'y entrer. Est-ce un
moyen de se débarrasser des curieux? Peut-être. Mais que faire?
Charbonnier est maître chez lui. On ne peut violer la consigne. Cette
détermination ne laisse pas que d'inquiéter ceux qui s'intéressent aux
vieux monuments de la ville. On se demande de quelle nature sont les
dangers qu'on redoute ? Les murs seraient-ils si délabrés que leur
écroulement soit à craindre ? Des sorciers y tiendraient-ils leur
sabbat, comme, jadis, les chats dans le donjon de Vernon ? On ne sait
qu'en penser. Quoi qu'il en soit, cette interdiction ne présage rien de
bon. On redoute la destruction de ces tours qui produisent un si bel
effet dans le paysage. Ce serait, véritablement, un attrait de moins
pour la ville, et la propriété où elles se trouvent y perdrait beaucoup
aussi, car elles en sont le Clou, si l'on veut bien nous permettre de
nous servir de cette expression de théâtre. Il n'y a rien de bien
curieux à dire sur le château de Vernonnet. Son histoire est, à peu de
choses près, celle de la Tour des Archives.
Le 9 avril
1364, Charles V mandait de Pontoise aux gens de ses comptes d'allouer au
maître de sa chambre aux deniers la somme de 16 livres 10 sous parisis
qu'il avait donnés, par son ordre, pour paiements "à plusieurs fossants
et charpentiers, auxquieux il avoit fait faire certains fossez et
habillement devant Vernonniel". Le 31 décembre 1374, Charles V mandait
de Paris: "Nous confians à plain du sanz et de la loyauté et diligences
de nostre amé vallet tranchant, Johannet d'Estouteville, ycelui avons
fait et establi capitaine et garde du chastel de Vernon, duquel a esté
et estoit nagaires capitaine nostre amé et leal chevalier Hue de
Villers, lequel nous avons fait capitaine de nostre chastel de
Vernonniel au bout du pont de Vernon, et avons ordené qu'il ait et
tiegne en la dicte garde continuelement cinq homines d'armes et six
arbalestriers, et que, tant pour leurs gages comme pour l'estat du dict
Johannet, ycelui Johannet ait seize cents francs par an". Ce Johannet
d'Estouteville, étant capitaine des châteaux de Vernon et de Vernonnet,
avait fait mettre en prose un poème sur la vie de du Guesclin, ayant
pour titre: Le Rommans de Bertrand du Guesclin, jadis chevalier et
connestable de France, en vers, par Tuueller, ou, plutôt, par Cuveliers.
Cet ouvrage, ainsi transformé, en 1387, fut publié en un volume à
Paris, en 1618. Il avait pour titre: "Histoire de messire Bertrand du
Guesclin, connestable de France, duc de Molines, comte de Longueville et
de Burgos, contenant les guerres, batailles et conquestes faites sur
les Anglais, Espagnols et autres durant le regne des rois Jean et
Charles V. Escrit en prose a la requeste de Jean d'Estouteville,
capitaine de Vernon-sur-Sejne, et nouvellement mis en lumière par Claude
Mésnard, conseiller du roy, et lieutenant de la prevoste d'Angers". Il
ne nous reste plus rien à dire sur le château de Vernonnet, sinon qu'en
1793, pendant la Terreur, il servit de prison aux quelques personnes qui
furent arrêtées à Vernon. Elles n'eurent pas beaucoup à souffrir de
leur captivité et furent mises en liberté peu de temps après.
En
1984, un programme de restauration consiste à mettre en place une
partie des pierres originelles conservées par nos aînés. Ainsi un
moignon de tour d'une dizaine de mètres voit le jour. Pendant plus d'un
an on a remonté la tour manquante, dans l'esprit du XIIe siècle et avec
le matériau d'origine, la pierre de Vernon, extraite des flancs de la
vallée. Au total, ce sont environ trente mètres cubes de pierre qui ont
été taillés à la main par des tailleurs de pierre. Les blocs sont
scellés à la chaux grasse, matériau qui offre l'avantage d'une certaine
élasticité. La seule différence par rapport à autrefois, la pierre est
découpée en tranches par une machine avant d'être taillée à la main,
comme au XIIe siècle, la partie intérieure de la tour a été lissée avec
du ciment.
Éléments protégés MH: le donjon : classement par arrêté du 12 janvier 1945.
château des Tourelles 27200 Vernon

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